TRANSMISSION DU PALUDISME
paludisme se propageait par l'air (mal'aria, mauvais air, émanation des marais) ou par l'eau. Aujourd'hui on abandonne de plus en plus ces explications pour accepter l'idée de la transmission par la seule piqûre du moustique. Le professeur Grassi est un de ceux qui ont proclamé le plus explicitement cette opinion. Laveran en est également très partisan, disant que ce mode de transmission est le seul démontré.
On peut se demander cependant si la piqûre du moustique est absolument indispensable, et si les œufs et larves des moustiques ingérés en même temps que l'eau potable ne sont pas susceptibles, quand ils proviennent de moustiques infectés, de transmettre la maladie. Il y a bien à cet égard une expérience de Ross qui fit avaler à un homme des gorgées d'une eau dans laquelle des moustiques remplis de sang palustre étaient morts, après y avoir déposé leurs œufs, et communiqua ainsi, au bout d'une dizaine de jours, une fièvre assez caractéristique avec infection du sang par les hématozoaires. Mais cette expérience n'a pas été confirmée, et Ross lui-même n'a pu la reproduire.
D'autre part, Patrick Manson estime que la piqûre de 'anophèles n'explique pas tout, partieuhèrement les laits de bouleversement des terres. Il y a des localités qui deviennent insalubres à la suite de travaux ayant eu pour résultat de remuer le sol. Ces travaux n'ont pas fait va-ier le nombre des moustiques, et ceux-ci qui étaient inof- |ensifs]avant les travaux, seraient-ils capables de devenir infectants après eux? Il faut convenir qu'une telle objection est sérieuse et doit être prise en considération
Legram fait une objection assez ingénieuse à la théorie du moustique. U faut, dit-il, que l'hématozoaire accom
plisse une partie de son évolution dans le corps du moustique, avant de communiquer par l'intermédiaire de la piqûre de celui-ci, la fièvre paludéenne. Dès lors comment concilier ce fait avec les expériences des Italiens, qui ont transmis la maladie par l'injection de sang paludéen dans le tissu sous-cutané ou dans les veines d'individus sains ? On peut répondre qu'il n'y a rien de contradictoire dans les deux procédés de transmission, mais qu'à côté de la piqûre du moustique, il est possible de supposer, sans pouvoir le démontrer encore, d'autres voies de propagation. Le contact d'une plaie fortuitement ou intentionnellement, avec du sang de paludéen, est peut-être capable de faire éclore le paludisme.
Quoiqu'il en soit, la piqûre de moustique est la seule voie bien établie de transmission du paludisme à l'homme.
Aussi n'est-il pas inutile, croyons-nous, d'ajouter quelques mots sur la capture et l'élevage des moustiques ; pour plus de détails, nous renvoyons au livre de Sergent, qui nous servira de guide.
Pêche des larves. — Avec une sorte de filet à papillon, mais en toile perméable, au fond duquel on a fixé un quart de soldat, on recherche les bords d'une mare, surtout aux endroits caillouteux, et on retire brusquement. L'eau s'écoule par les pores du sac, et dans le quart, on aperçoit sur l'eau, les larves que l'on aspire avec une pipette dont l'extrémité effilée a été sectionnée. Les larves se transportent vivantes dans un ilacon à large ouverture, non rempli jusqu'au goulot. 11 est très difficile de recueillir des œufs d'anopheles dans les mares, car ces œufs ne sont pas agglutinés entre eux comme ceux des culex ; on les voit péniblement à l'œil nu.