‹ Précis du paludisme [electronic resource]Chapitre 24 sur 52 · PU ÉCIS DU PALUDISME · texte numérisé non relu

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les fièvres continues, il n'avait certes pas distingué de la malaria la fièvre typhoïde.

Mercatus, vers la fin du xvie siècle, décrivit les accès pernicieux dans les fièvres intermittentes, particulièrement dans les tierces.

Avec Torti (début du xvme siècle), on commence à différencier plus exactement les fièvres paludéennes des fièvres d'autre nature, et on le fait à l'aide de l'écorce du Pérou (quinquina), qui venait d'être apportée en Europe. Torti divisa les fièvres à quinquina en deux groupes, les intermittentes et la subcontiuue. Les intermittentes forment un groupe, défini par le retour périodique d'accès séparés les uns des autres, et elles sont quelquefois accompagnées (comitatse) de symptômes fort graves, dits pernicieux, dont il donnait une classification.

Quant à la subintrante ou subcontinue, elle est caractérisée par l'absence d'apyrexie nette, mais présente des rémissions et exacerbations à jours fixes. Chez elle, pas de symptôme unique comme dans les comitees, semblant dominer la scène morbide, mais plusieurs symptômes dont aucun n'est prépondérant, ce qui la fait appeler solitaire. Comme le fait observer Kelsch, la description de la fièvre subcontinue maligne est analogue à la fièvre qu'il a décrite avec Kiener sous le nom de rémittente paludéenne typhoïde.

Torti se posait le problème de la distinction à faire entre ces subcontinues et les continues, et c'est ainsi qu'il fût conduit à parler de la fièvre proportionnée. Les fièvres proportionnées sont, d'après lui, des hybrides composés d'une fièvre périodique subintrante et d"une continue rémittente. Aujourd'hui, nous disons qu'il s'agit d'associations morbides ou d'infections mixtes. Torti

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voyait que dans ces fièvres il y avait deux éléments, un justiciable de Pécorce de quinquina, un autre que cette écorce n'influençait en rien, et ces deux éléments étaient associés en proportion variable. Et cela même n'est-il pas admissible de nos jours, et ce vieux mot de proportionnée ne doit-il pas être conservé? Nous n'avons pas hésité à le faire, dans plusieurs de nos travaux, à l'exemple de M. Kelsch, et nous le conservons dans ce précis.

Au xviu6 siècle encore, Morton, contemporain de Torti, innove en parlant non pas seulement d'humeurs mauvaises, peccantes, mais d'un germe externe ; il donne pour cause aux fièvres intermittentes et aux synêques (analogues des subcontinues de Torti) : 1° l'air palustre, chargé de particules hétérogènes et vénéneuses, inspiré et mêlé aux esprits (humeurs) ; 2° la saison d'automne. L'influence marécageuse et l'influence climatérique étaient donc mises en évidence.

Lind, en 1777, établit pour la première fois la distribution géographipue des fièvres paludéennes, mais il ne sut pas distinguer les accidents bilieux du paludisme d'avec la fièvre jaune. Lind était un médecin anglais qui écrivit plusieurs ouvrages sur les maladies des gens de mer et des Européens aux pays chauds.

Baumes, dans son Traité des fièvres intermittentes (1821), dit que les miasmes sont de deux ordres, les uns éminemment contagieux, provenant de la cohabitation des hommes et de la malpropreté, donnent lieu à des fièvres putrides, malignes et nerveuses (typhoïdes et ataxiques) d'un caractère essentiellement continu; les autres, émanant des lieux marécageux, donnent naissance à des fièvres intermittentes et rémittentes, cura

bles par le quinquina, et laissant souvent à leur suite une cachexie spéciale.

Au commencement du xixe siècle, Broussais révolutionne les doctrines en abandonnant les recherches de la spécificité étiologique pour ne voir partout qu' « irritation ». Plus de fièvres bilieuses putrides, ni nerveuses, mais des gastro-duodénites, gastro-entérites et gastrocéphalites. Un grand trouble en résulta, car si, au xviir3 siècle, on commençait à entrevoir la différenciation des grandes pyrexies, fièvre typhoïde, typhus et paludisme, les nouvelles théories remettaient tout en question et éloignaient de la vérité. Heureusement, et par compensation, l'on s'orienta, du fait de ces doctrines, vers une science précise, l'anatomie pathologique, qui devait conduire à de si beaux résultats.

Un des élèves de Broussais, Bailly, se rendit en Italie (1820) et crut trouver dans l'estomac et l'intestin des paludéens la gastro-entérite, se compliquant dbe gastrocéphalite et de gastro-splénite, et pour expliquer la fièvre intermittente qu'occasionnaient ces phlogoses, il parla de l'excitation alternative des systèmes cérébral et abdominal, excitation se produisant facilement chez les habitants des pays marécageux. En France, de semblables gastro-entérites donneraient naissance à une fièvre inflammatoire continue. Le quinquina est donc inutile et dangereux. 11 faut s'attacher à diminuer l'inflammation et pour cela la saignée est le meilleur des moyens.

Nepple, exerçant dans les Dombes (1835), quoique appartenant à l'école broussaisienne, reconnaît que l'inflammation n'est tous pas dans toutes les fièvres paludéennes,et il donne du sulfate de quinine aux malades qui ont de l'embarras gastrique simple ou bilieux à la place de la

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gastrite et de l'hépatite franches que Bailly décelait dans tous les cas. Cependant, il n'élimine pas la théorie de l'inflammation, et saigne largement.

Il était réservé à Maillot de ruiner à peu près complètement les théories de son illustre maître Broussais, en matière de paludisme. Les médecins militaires, au début de la conquête de l'Algérie, saignaient beaucoup leurs malades, mais ils donnaient aussi du sulfate de quinine à petites doses, quand la fièvre était nettement intermittente. Pour les fièvres continues, il semblait à ces médecins que c'étaient des gastrites, gastro-entériles, des gastro-céphalites, dans lesquelles le quinquina n'avait rien à faire. Maillot distingua la subcontinue maligne, avec ses deux variétés (rémittente et pseudo-continue), et il donna dans celte fièvre de la quinine, absolument comme dans les fièvres intermittentes. Il est certain que Maillot a dû confondre souvent la fièvre typhoïde avec ces continues et rémittentes, car il ne parle pas du tout de la grande pyrexie, déjà si bien décrite en France par Bretonneau (1820) et surtout Louis (1829). On sait que c'est quelques années plus tard, en 1840 seulement, que L. Laveran devait reconnaître l'existence en Algérie de la dothienentérie.

Mais les observations pourtant fort nettes de L. Laveran restèrent lettre morte pour beaucoup de médecins de l'armée, qui s'obstinèrent pendant longtemps à ne décrire que des fièvres marécageuses. Le docteur Armand (1854) parlait de fièvre à masque typhoïde, et raillait les jeunes confrères qui, arrivés en Algérie depuis peu, appliquaient le diagnostic de fièvre typhoïde à des manifestations rémittentes d'origine absolument marémmalique.

Le célèbre Boudin (1857) ne proclamait-il pas l'antagonisme de la malaria et de la fièvre typhoïde?

A propos du diagnostic, nous aurons à revenir sur d'autres théories, qui eurent cours pendant longtemps en Algérie, notamment sur les fièvres climatiques, auxquelles nous donnerons une explication conforme à nos idées modernes sur la spécificité morbide.

Ce qui précède nous indique que les classifications des fièvres furent variées et souvent peu claires. Si les types intermittents étaient assez bien définis, il n'en était pas de même des types continus et rémittents. Pour les accès pernicieux, on s'est contenté pendant longtemps d'en donner une énumération plus ou moins longue (Alibert), et la pathogénie n'en a jamais été clairement indiquée.

Nous croyons qu'il est absolument rationnel de décrire les types de fièvre, suivant l'espèce ou lavariété d'hématozoaire qui les conditionne. Nous ne pensons pas qu'il soit utile de distinguer entre les formes rémittentes et les formes continues, parce qu'entre les deux courbes thermiques caractéristiques de chacune de ces formes, il y a place pour des courbes intermédiaires de passage, qui enlèvent la possibilité de toute différenciation. Il reste donc les types intermittents d'un côté, les types rémittents ou continus de l'autre. Quant aux fièvres bilieuses, nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire d'en faire une division spéciale qui tend à jeter la confusion dans l'esprit des élèves. En les décrivant à part, on s'imagine qu'il s'agit d'une entité morbide spéciale, alors qu'il ne s'agit que de symptômes bilieux ou hépatiques au cours d'une fièvre paludéenne.

Fièvres Intermittentes. — Voici, d'après les descriptions classiques, comment l'on divise les fièvres inter-

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mittentes. — 1° Types. Les trois principaux types de fièvre intermittente régulière sont:

La quotidienne, un accès tous les jours; . La fièvre tierce, un accès tous les deux jours ; La fièvre quarte, un accès tous les trois jours. Bien d'autres peuvent être décrits, mais sont pour la plupart des combinaisons plus ou moins compliquées des types précédents. Ainsi, la double tierce se signale par un accès tous les jours, l'accès du second jour ressemblant à celui du quatrième, l'accès du premier ressemblant à celui du troisième, et ainsi de suite. La double quarte est caractérisée par un accès deux jours de suite, un jour d'apyréxie, deux jours de fièvre et ainsi de suite, l'accès du premier jour ressemblant à celui du quatrième, celui du second jour à celui du cinquième, etc. Dans la triple-quarte, il y a un accès tousles jours.

La fièvre quotidienne a-t-elle alors une individualité propre? Elle n'est peut-être qu'une double-tierce ou une triple-quarte, parce que les caractères tirés de la ressemblance d'un accès avec l'autre sont souvent schématiques. Ce qui le prouve, c'est qu'un accès peut empiéter sur l'autre, le devançant ; alors la lièvre est dite anticipante, ou bien l'accès peut être retardé ; alors la fièvre est dite retardante, tout cela venant encore compliquer la succession des accès et rendre confuse toute division basée sur la régularité des types. Au point de vue symptomatique, la fièvre quotidienne n'est donc pas nettement déterminée ; mais au point de vue étiologique, l'on peut dire qu'elle est mieux établie. Dans certains types de fièvre quotidienne, on trouve les gros amibes des types espacés (tierce et quarte), tandis que dans certains autres, on ne trouve que les petits amibes propres aux

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lièvres tropicales et estivo-automnales, etc. Certains auteurs ont voulu décrire un parasite spécial pour la fièvre quotidienne, et certains autres en ont même décrit deux, un pigmenté, un non pigmeuté, les deux donnant des croissants, qui n'existent pas dans les types espacés. Il esta peu près établi que le parasite des fièvres quotidiennes est le même que celui des fièvres dites malignes connues sous plusieurs dénominations, tropicale, estivoautomnale, tierce-maligne, etc.

D'autres types intermittents existent peut-être, mais paraissent bien arbitrairement établis. Ce sont : la fièvre quintane, trois jours d'apyrexie après un premier accès, qui no revient que le cinquième jour ; la fièvre sextane, quatre jours d'apyrexie; la fièvre septane, cinq jours d'apyrexie ; la fièvre mensuelle, un mois d'apyrexie.

Les types doublés sont peu fréquents et mal déterminés. Ils sont caractérisés par deux accès survenant le même jour, quotidienne doublée, tierce doublée, quarte doublée. Nous ne croyons pas que des recherches parasitologiques aient porté sur ces types.

Beaucoup de causes viennent influencer l'ordre chronologique des accès : l'organisme humain plus ou moins altéré, le parasite plus ou moins vivace, etc. Un choc, un traumatisme peut réveiller un hématozoaire depuis plus ou moins longtemps endormi ; ce choc, ce traumatisme ne pourraient-ils pas, par contre, entraver l'éclosion d'un accès imminent? Quant au traitement, son action est également indubitable.

Nous étudierons les caractères de l'accès, à propos de chaque type, mais d'ores et déjà nous pouvons rappeler la pathogénie de l'accès envisagé d'une manière générale.

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La parasitologie nous l'indique assez clairement. C'est au moment où le corps parasitaire arrivé à maturité se rompt et répand dans l'organisme ses spores que l'accès éclate. La biologie de l'hématozoaire n'est pas assez connue pour aller plus loin que la constatation d'une pareille coïncidence, ce qui est cependant un fait bien acquis. Au moment de la rupture de la rosace, s'échappe-t-il un poison pyrétogène ? Ou bien les hématozoaires viennentils irriter en grand nombre les centres thermiques cérébro-spinaux ? Deux hypothèses qui ne sont que des hypothèses. Quoi qu'il en soit, pendant l'apyréxie, les hématozoaires paraissent s'être réfugiés dans la rate et sont rares dans le sang périphérique, ce qui n'est pas absolument démontré, puisque ces hématozoaires peuvent être décelés dans la circulation générale, même pendant l'apyréxie, et qu'il nous a été possible, à propos du parasite de la quarte, d'indiquer les modifications que subit l'hématozoaire pendant les deux jours qui suivent l'accès de fièvre et précèdent l'accès du troisième jour. La pathogénie est en somme calquée sur celle de la fièvre récurrente, du typhus récurrent, les spirilles d'Obermaier se tenant dans la rate pendant l'apyréxie et se répandant dans le sang périphérique pendant toute la durée de la fièvre.

Caractères généraux de l'accès intermittent. — Comme caractères généraux de l'accès intermittent, nous pouvons dire qu'il survient à peu près à la même heure et qu'il comprend presque toujours trois phases, le frisson, la chaleur, les sueurs. La première et la dernière phase peuvent manquer, surtout en cas d'impaludation ancienne. Ainsi, dans le cas d'absence de frissonnes malades ne s'aperçoivent pas de l'accès ; certains disent

qu'ils ont la fièvre chaude, par opposition à la lièvre froide ou en froid, cette dernière caractérisée par un frisson intense, forçant l'attention des sujets.

Il semble qu'il y ait un rapport entre les diverses phases ou périodes de l'accès ; par exemple plus le frisson serait long, plus élevée serait la fièvre et plus profuses seraient les sueurs (Manson).

Période prémonitoire.— On a décritde la courbature, un malaise général, de la céphalalgie surtout des douleurs sphériques ou hépatiques, des névralgies intercostales, etc., comme signes précédant l'accès, quelquefois le précédant de très loin, d'un ou deux jours par exemple. Ce sont des signes dépendant des individus, mais n'ayant pas de portée générale. L'accès survient souvent brusquement, surprenant par exemple les moissonneurs en plein travail des champs.

Frisson. — C'est le symptôme le plus expressif de la fièvre intermittente. Le malade en proie au frisson est agité de tremblement dans tout le corps ; il claque des dents et éprouve le besoin d'accumuler sur lui des cou vertures épaisses. Toute sa peau est hérissée de petites élevures, c'est la chaire de poule. La surface du corps et surtout les extrémités ont une température inférieure à la normale, mais la température rectale est déjà élevée. Les nerveux, pendant cette période, présentent des symptômes variés ; les hystériques ont parfois des crises. La céphalalgie et la rachialgie peuvent exister, à un degré plus ou moins intense. Le pouls est rapide et comme contracté, analogue au pouls du rétrécissement aortique. Des nausées et des vomissements accompagnent souvent la période de frisson. Ces vomissements sont parfois simplement alimentaires, mais souvent bilieux. La rate et le

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foie sont souvent douloureux, mais il est difficile de constater la tuméfaction de ces viscères, surtout dans le cas d'impaludation récente.

Chaleur. — Les frissons s'atténuent progressivement, mais il ne faut pas croire qu'il y ait une limite bien tranchée entre cette période et celle qui précède. On dit que le frisson dure de une heure à trois heures ; mais il est impossible d'être plus précis. Ce qui est vrai, c'est qu'à un moment donné, le malade cesse de percevoir d'une façon continue le froid intense, dont il souffrait tant au début de l'accès. 11 sera alors alternativement secoué de frissons et alternativement incommodé par des boufiées de chaleur, de la congestion de la face, alors qu'il se sent progressivement réchauffé. Le pouls devient plus ample, restant toujours rapide. C'est alors que la température atteint son acmé, 40-41" et quelquefois plus, sans que la vie du malade paraisse immédiatement en danger.

Sueurs. — - La phase de chaleur a une durée très variable, une heure, deux heures, six heures, toute une journée. A cette phase succèdent des sueurs abondantes, extrêmement profuses. Une sensation de détente, d'apaisement général accompagne généralement ces sueurs, et le bien-être s'accentue encore quand cesse la transpiration. La température devient alors hyponormale et y demeure parfois jusqu'à l'accès suivant. La phase de sueurs a une durée également très variable.

Durée de V accès.— D'après Manson, lamoyenne toulà fait générale serait entre six et. dix heures, le stade de chaleur durant de trois à quatre et le stade de sueur de deux à quatre heures. Tout cela est bien arbitraire et soumis à toutes les modifications possibles, même sans qu'une médication quelconque soit intervenue.

Température clans V accès. — Certains observateurs ont étudié avec le plus grand soin la température dans l'accès intermittent, et Laveran a recommandé de prendre dans ce cas la température toutes les heures, pour se rendre compte du début et de la fin de l'accès. On a pu se convaincre alors que le début de la phase de chaleur ne coïncidait pas avec le commencement de l'élévation thermique.

La température a déjà dépassé la normale quand le frisson commence. La température s*élôve généralement tout d'un coup, surtout dans les pays tempérés, et c'est parla rupture brusque de l'équilibre du milieu organique et du milieu ambiant, que l'on explique le frisson. Ce dernier est en effet, moins marqué dans les pays chauds. D'autres fois, la température s'élève graduellement, tout à fait graduellement, pour atteindre son acmé (40-4t°,42° et même 44° et 46° d'après quelques observations.)

Ces hautes températures peuvent évidemment s'observer, mais il est fort probable que le temps pendant lequel elles se sont montrées, a du être fort court ; autrement la vie aurait été supprimée, du fait même de l'élévation de température.

Symptômes généraux de l'accès. — 11 peut y en avoir un grand nombre mais leur variété exclut toute énumération complète.

Le foie et la rate sont tuméfiés, mais d'une manière inconstante. Dans les types bénins, cette tuméfaction est peu apparente. 11 en est de même de la douleur qui accompagne l'augmentation de volume de ces organes. Quelquefois le malade éprouve de violentes douleurs non seulement au niveau du foie et de la rate, niais aussi au creux de l'estomac (épigastralgie), susceptibles de s'irra-

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dierdo tous les côtés, et de simuler des coliques hépatiques, des névralgies intercostales, phréniques, etc. Les symptômes bilieux exislent souvent pendent toutes les phases de l'accès, et acquièrent une telle intensité parfois qu'on a appelé alors la fièvre « bilieuse» ce qui prête à confusion. Ces symptômes bilieux consistent en vomissements jaunes ou verts, ictère ou subictère, diarrhée ocre ou verdàtre. Des hémorrhagies peuvent apparaître de divers côtés : ce sont les épistaxis qui sont le plus fréquentes. On a coutume de les expliquer par l'état du sang, altéré par la destruction globulaire. Avec les idées actuelles sur la pathogénie des hémorragies dans les maladies infectieuses, ii faut se demander si ces épistaxis ou autres hémorragies ne proviennent pas de l'adultération de la cellule hépatique par le virus paludéen.

Urines. — Assez abondantes et limpides pendant la période du frisson ce qui s'expliquerait par l'augmentation de la pression sanguine pendant cette période (Riégel d'après Laveran) elles deviennent rares et très chargées pendant la période de chaleur et de sueur. L'accès terminé, on constate une polyurie plus ou moins marquée. L'urée et les chlorures sont augmentés, surtout pendant la période de frisson. Les phosphates, au contraire diminuent pendant les stades de frisson et de chaleur et augmentent pendant la défervescence (Manson).

Il y a quelquefois de l'albumine, mais elle n'est pas constante. Il en est de même du glycose, que certains auraient rencontré.

Des recherches assez intéressantes ont été faites sur la toxicité urinaire pendant l'accès intermiltent.Roque et Lemoine (1) ont montré que la toxicité urinaire augmen

(1) Roque et Lemoine. Recherches sur la toxicité urinaire dans 1 impaludisme. (Reo. de mecl, 1890, p, 926.)

tait singulièrement après les accès, ce qui semblerait faire croire que l'on assiste à un véritable phénomène critique,à une décharge urinaire. Le coefficient urotoxique qui, avant l'accès, est de 0.13 à 0.2 monte après l'accès à 0,542-1,244 et plus. Les recherches de Mossé ont confirmé les précédentes. Dans les accès pernicieux l'urine n'est pas toxique. D'après Rummo et Bordoni (Roger, p. 190, loc. cit.) dans la fièvre intermittente le sang est moins toxique cependant qu'à l'état normal, mais il détermiue chez les animaux des troubles particuliers, notamment des paralysies à marche progressive.

L'augmentation de l'urée a ceci de particulier qu'elle commence avec le frisson, avant même l'élévation thermique. Le docteur Sidney Ringer (d'après Manson), a observé que lorsqu'on réussit à empêcher le retour de la fièvre par la médication, il y a, pendant un certain temps une augmentatien périodique de l'urée, précisément les jours où l'accès aurait du éclater.

La description de l'accès qui précède, est toute schématique. Nous avons eu soin d'indiquer que de nombreuses variations étaient possibles; le fait d'un accès pouvant avancer sur l'autre, de manière à produire des accès subintrants, le fait d'accès pouvant être retardés, indique que la physionomie des accès peut être complètement bouleversée. Le fait aussi que les diverses périodes peuvent être allongées ou raccourcies, est un nouvel élément de complication.

Il est donc illusoire de vouloir donner une classification basée sur l'intermittence et surtout sur la régularité de l'intermittence. Nous préférons reprendre la discussion étiologique et décrire successivement les fièvres qui sont en rapport avec le parasite de la fièvre quarte, celui

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de la fièvre tierce et celui de la fièvre estivo-automnale, quotidienne, tierce maligne, irrégulière, etc.

Fièvre quarte (Parasite : Plasmodium malariae). Fréquence. — C'est évidemment celle qu'on observe le plus rarement. Voici la statistique empruntée à Mannaberg :

Maillot, à Bône (Algérie), sur 2.338 cas de malaria, 26 quartes.

Finot, à Blidah, sur 4.211 cas de malaria, 21 quartes. Durand de Lunel, à Tunis, sur 625 cas de malaria, 6 quartes.

Osier de Baltimore, sur 616 cas de malaria, 5 quartes. Laveran, en Algérie, sur 311 cas de malaria, 7 quartes.

Griesinger, à Tùbingen, sur 414 cas de malaria, 3 quartes.

Mannaberg, sur 144 cas de malaria, 4 quartes,

Crombie, durant un séjour de vingt ans aux Indes, n'observa guère qu'un cas de quarte, mais Ross en avait rencontré à Madras.

Il y a des localités qui semblent plus propres à développer la quarte que d'autres. On connaît l'observation de Trousseau., qui avait remarqué la prédominance de la quarte à Saumur, alors qu'à Tours c'était la tierce qui était la plus répandue. Dans les provinces sud de la Corée, la quarte serait beaucoup plus fréquente que la tierce (Mannaberg). Il en serait de même en Kabylie (Sorel, Treille et Legrain).

La saison ne parait pas non plus indifférente. Le professeur Celli fait remarquer que la fièvre quarte est partout une fièvre d'automne, ce qui s'observe dans toute l'Italie, même dans la province de Syracuse, et si parfois,

comme à Rome, en 1901, elle commence plus tôt, elle se prolonge beaucoup plus que les autres fièvres en automne. La période d'incubation, sans doute plus longue dans ce type de fièvre, ne suffit peut-être pas pour expliquer à elle seule la cause d'une marche épidémique si particulière.

On a dit que c'était une fièvre d'acclimatés ou bien de cachectiques palustres : si cela était, elle s'observerait partout, alors qu'il y a des contrées, particulièrement les contrées tropicales, où elle est à peu près inconnue.

Gravité. — Elle est de toutes les fièvres intermittentes la moins grave. Elle ne donne lieu ni à des accès pernicieux, ni à de la cachexie paludéenne. Treille et Legrain ont insisté sur le peu de gravité de la quarte. Ils en ont fait une fièvre intermittente parfaite, bien distincte des fièvres continues, rémittentes, etc., qui, d'après eux, ne devraient pas être décrites sous la même étiquette «paludisme », dénomination dont on abuse, disent-ils. Leurs critiques sont justifiées par les errements de beaucoup de médecins qui confondent les manifestations fébriles les plus diverses avec les manifestations paludéennes, qui ne découvrent pas la fièvre typhoïde, quand celle-ci est un peu a typique, qui, en un mot, sont hypnotisés par la fréquence du paludisme dans les pays où ils exercent.

Quoi qu'il en soit, de l'opinion de MM. Treille et Legrain on doit convenir qu'ils ont donné de bonnes descriptions cliniques de la quarte. M. Legrain, exerçant à Bougie, en Kabylie, en observe assez souvent, et il a pu les étudier, en les laissant évoluer, ce qui ne parait pas avoir d'inconvénient. 11 a conservé des malades pendant

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des mois à l'hôpital et a vu que ces malades avaient engraissé, en dépit des accès de quarte dont ils étaient atteints régulièrement.

Ce résultat n'est nullement paradoxal. Il s'agissait de pauvres ouvriers, d'Arabes faméliques, qui transportés à l'hôpital, se trouvaient dans une situation, jusqu'alors inconnue, de confort et de repos. D'un autre côté, l'accès n'arrivant que tous les trois jours, le sang a le temps dans l'intervalle, de reformer ses globules rouges. Cette rénovation des hématies se faisait très rapidement : il en résultait que l'anémie ne se montrait pas chez ces individus soignés à l'hôpital.

La parasitologie nous a donné des renseignements intéressants sur la gravité de la quarte. La fièvre quarte est une lièvre bénigne, en raison même de la virulence supposée de son parasite. L'hématozoaire, agent causal de la quarte, ne donne pas de croissants, qui sont caractéristiques des fièvres graves, et quand même le sang contient plusieurs générations de parasites, de manière à donner en clinique, des doubles et des triples quartes, ce type de fièvre est et demeure bénin, tant qu'il reste pur. Dans ces cas là, l'anémie globulaire peut se montrer, plus dans la triple quarte que dans la double, plus dans la double que dans la simple, si le traitement n'intervient pas, car la quarte guérit mal spontanément; mais les accidents pernicieux ne se produisent pas si les organes sont sains ; or la fièvre quarte n'adultère pas les organes, comme le fait la fièvre estivo-automnale des italiens, et s'il se produit des accidents pernicieux chez un malade atteint de fièvre quarte, c'est que ce malade avait des tares organiques antérieures, du côté du rein, du côte du foie, du côté du cœur, etc.

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