‹ Précis du paludisme [electronic resource]Chapitre 49 sur 52 · Cacodylate de soude. .. . 6 gr · texte numérisé non relu

Cacodylate de soude. .. . 6 gr

Alcool phénique X gouttes.

Eau distillée et stérilisée. 100 —

soit 0 gr. 05 par centimètre cube ; commencer par un quart de seringue.

Le cacodylate de fer est peu employé :

Les cacodylates de quinine qui ont été isolés sont inusités.

L'arrhénal est encore appelé nouveau cacodylate, sel arsenical B.

C'est au point de vue chimique, du méthyl arséniate disodique. ne donnant pas lieu comme le cacodylate, à un oxyde de cacodyle par décomposition, et étant par conséquent moins irritant.

Après une communication de M. le professeur Gautier, de l'Académie de Médecine, le docteur Bellel expérimenta ce sel dans les fièvres paludéennes d'Algérie, et il obtint d'excellents résultats, qui ne furent pas confirmés par d'autres observateurs. On le donne à la dose de 0 gr. 05 centigr., 0 gr. 10 centigr. en injections hypodermiques, en pilules ou en solutions.

PRÉCIS no PALUDISME

Pour notre part, nous n'avons pas vu que l'arrhéna] eût une supériorité, donné par ingestion, sur les préparations arsénicales anciennes. Le cacodylate en injections hypodermiques est préférable.

Chlorhydrate de phênocolle. — Poudre blanche, cristalline, soluble à 17° dans 16 parties d'eau. C'est un antithermique et aussi un analgésique. F. Pucci, sur 20 cas traités avec le chlorhydrate de phénocolle a obtenu 17 guérisons, deux cas douteux, un insuccès. Il le donne à la dose de 0 gr. 15 à 0 gr. 25 centigr., quatre ou cinq heures avant l'accès, mais dans la journée entière, il atteint la dose de 0 gr. 50 centigr. à 1 gr., qui peut être porté à 2 gr. ou 2 gr. 50. Chez les entants, il donne 0 gr. 50 à 0 gr. 75 centigr. On doit donner le médicament pendant 4 ou 6 jours, pour obtenir un résultat durable.

Moncorvo qui le donna à des enfants au Brésil, à la dose de 0 gr. 25 centigr. à 0 gr. 30 centigr. par jour en fut très satisfait.

Comme la toxicité du sel est nulle, il est possible d'augmenter les doses indiquées.

Cupreïne. Quinéihyline. Quinopropyline. — Ces corps ont été extraits du quina copréa et ont étéétudiées par Laborde, Grimaux et Bourru.

La cupreïne méthylique ou quinéthyline serait plus active que le sulfate de quinine dans le paludisme.

Les expériences sont trop peu nombreuses pour rire concluantes.

Bleu de iné/Jujlène.-Ve ce que cette substance colorait fort bien les hématozoaires, Guttmann et Ehrlicb eurent l'idée de l'employer dans le traitement du pâludisme. Ils donnèrent le bleu à quelques malades atteints

TRAITEMENT

de fiùvre intermittente à la dose de 50 centigr., par fraction de 10 centigr. toutes les trois licures, et pendant une huitaine de jours. Les résultats furent favorables.

A Madagascar, le docteur Durbee dit avoir obtenu des succès dans les névralgies palustres à l'aide de pilules contenant 10 centigr. de bleu, et données à raison de 5 à 6 quotidiennement.

Boinet, à Marseille, aurait été également satisfait de celte médication (0 gr. 6l) centigr. à 1 gr. de bleu par jour) dans des cas d infection paludéenne récente.

Laveran n'ajamais observé d'effets bien nets, et nous nous souvenons des expériences auxquelles nous assistions dans son service, comme stagiaire, en 1892, expériences qui furent eu partie négatives. Laveran conseilla cependant d'user ce médicament en cas d'intolérance de la quinine et dans les cas de fièvres intermittentes légères.

Il est certain qu'il faut se méfier d'une telle substance, dont la pureté n'est pas toujours parfaite.

Eucalyptus. — Cet arbre a été considéré comme l'arbre sauveur en Algérie et dans d'autres contrées infestées de paludisme. Il a contribué, en raison de ses racines absorbantes, à assainir nombre de régions, et l'on a voulu trouver dans ses feuilles ou son écorce des substances capables d'agir sur les fièvres intermittentes.

Quelques auteurs auraient obtenu des succès avec de la teinture d'encalyptus, à la dose de 4 gr. par jour. On l'a abandonnée à l'heure actuelle.

Tanin. — Bourlier et Alix l'ont prescrit à des doses assez fortes (4 gr. par jour) dans des tisanes, prises en abondance, et s'en sont montrés satisfaits. Ces doses élevées de tanin ne doivent pas être bien supportéés par

l'appareil digestif, et nous doutons de leur efficacité dans le paludisme.

Antipyrine. — Elle n'a guère qu'un avantage, c'est de rendre la quinine plus soluble et plus supportable. Cependant, d'après Antony, on aurait pu la donner avec succès dans les fièvres rebelles à la quinine.

Pambotano. — On utilise l'écorce de cet arbre, dont le nom botanique ect Calliendra Houstoni, de la famille des Légumineuses Papilionacée. On le rencontre dans les terres chaudes du Mexique (Vera-Cruz).

Plusieurs chimistes ont étudié cette plante (Nicolas de Arellano, Moralès, du Mexique, M. Villejean). Ils y ont trouvé du tanin, des matières grasses, une résine soluble. M. Bocquillon a isolé un glucoside. M. G. Pouchet a isolé une résine active, un alcaloïde, ce dernier en très petite quantité (thèse de Dinan, Paris 1896).

C'est Valude qui le fit connaître en France, eu communiquant les bons résultats obtenus dans le traitement des fièvres paludéennes de Vierzon.

Nous même avons expérimenté cette substance que nous avons donné en décoction à la dose de 80 gr. dans une tisane, dans de l'infusion de corossol, par exemple, que nous trouvions aux Antilles avec facilité. La décoction de Panbotano est en effet très nauséeuse, et son administration provoque parfois des vomissements. Nous avons également expérimenté un élixir. Nos résultats ont été excellents, et nous avons souvent vu la fièvre coupée définitivement après l'absorption d'une dose unique. La médication peut être donnée en plein accès ; la fièvre ne tarde guère à tomber, au milieu de sueurs abondantes (Académie de Médecine, août 1895).

11 serait désirable que l'on pût se procurer ce médica-

TRAITEMENT

ment en France. Malheureusement cela est très difficile, nous ignorons pour quelles raisons.

Aujourd'hui l'on vend sous le nom de Galaya, un produit qui se rapproche du Pambotano, et dont nous n'avons nulle expérience.

Cryogénine. — C'est la première fois que l'on parle de ce médicament comme antipaludéen. On ne le connaît guère que comme un anlithermique merveilleux, dans la fièvre des tuberculeux et dans les fièvres symptômatiques. Nous avons eu l'idée de le donner dans des accès intermittents palustres, et les trois cas que nous avons traités se sont terminés rapidement par la guérison. 11 a fallu 2 gr. par jour, un gramme avant l'accès (quelques heures avant) et un gramme au milieu de l'accès, si celui ci se produisait. L'accès suivant a semblé jugulé, et l'apyrexie a pu ère considérée comme définitive.

Il n'y a pas de conclusion à donner pour l'instant. Nous engageons les praticiens à poursuivre les opérations en ce sens, d'autant mieux que la cryogénine est absolument inoffensive, et est infiniment mieux tolérée que la quinine.

C'est une semi-carbazide aromatique isolée et préparée par Lumière. Elle se présente sous la forme d'une poudre cristalline blanche, peu soluble dans l'eau. Sa toxicité est nulle. Jusqu'à présent on ne l'a donnée qu'en ingestion.

Teinture de Warburg (mentionnée par Manson). — Elle contient de la quinine avec d'autres médicaments, et réussirait même quand la quinine aurait échoué. On la donne à la dose de \ grammes, deux fois par jour.

Acide phênique. — Dans un cas deDieulafoy, la fièvre intermittente fut jugulée complètement avec des inj.ee-

tions d'acide phénique. On sait qu'il n'est pas sans inconvénients pour l'économie d'injecter de l'acide phénique sous la peau ; l'abaissement thermique qui se produit est le résultat d'une altération profonde du sang. Aussi a-t-on renoncé à son emploi dans la fièvre typhoïde. On obtenait ce résultat de faire évoluer les fièvres typhoïdes sans fièvre, mais leur gravité n'en était pas diminuée. Il est probable que si cette médication se généralisait, on observerait les mêmes effets d'ans le paludisme. D'ailleurs le cas de Dieulafoy est resté unique, croyons-nous.

Mélange de quinine, d'arsenic et de fer. — Ce mélange a été préconisé parBacelli dans la malaria chronique, et est très répandu en Italie. Le fer et l'arsenic étant des reconstituants, il n'est pas étonnant que ce mélange dans lequel entre aussi le spécifique, ait des effets utiles.

Opothérapie, Sérothérapie. — Alexeïeff et Critzmann (1895) pensèrent à donner en ingestion de la rate et de la moelle osseuse de bœuf pour combattre le paludisme. De même Danilewsky et Cohnstein. Les résultats étaient encourageants.

Nous avons essayé l'ingestion de rate il y a plusieurs années dans le paludisme chronique. Nous n'en avons pas été très satisfait, d'autant mieux que les malades éprouvaient une grande répugnance à absorber ces aliments qui devaient être pris crus.

On trouve, dans le commerce, des capsules ou tablettes dosées à 0 gr. 25 (une à trois fois par jour) et de l'extrait glycérine pour injections hypodermiques.

Nous avons obtenu d'assez bons effots dans le paludisme aigu et chronique, des lavements de poudre d extrait hépatique Les lavements d'huile de foie de m, .rue,

TRAITEMENT

qui pour nous, sont la véritable médication des complications hépatiques de la fièvre typhoïde, trouvent leur indication dans les cas où le paludisme se porte principalement sur le foie. Est-ce comme produit hépatique qu'agit l'huile de foie de morue ou comme reconstituant? Nous ne pouvons pas le dire, mais nous publierons un jour les résultats obtenus avec les lavements d'huile de foie de morue dans la fièvre typhoïde (forme hépatique) et dans le paludisme. Nous donnons dans ces cas là un lavement quotidien de 250 grammes d'huile de foie de morue.

Les injections de sérum d'animaux réfactraires au paludisme, de la chèvre (Gros), du cheval, ne paraissent pas avoir été suivies d'effets favorables.

Médications adjuvantes. — On a pensé pendant longtemps que la quinine ne pouvait agir seule, et qu'il fallait faire précéder son administration d'un évacuant, vomitif ou purgatif, ou d'une saignée. Les évacuants sont inutdes, font perdre du temps, et l'on sait que dans les cas graves, il faut se presser et administrer aussi vite que possible le spécifique.

Quanta la saignée, elle a ses indications dans le cas de congestions intenses (pulmonaires ou cérébrales), mais elle ne doit pas être employée systématiquement comme le voulait Broussais pour diminuer l'irritation. Et surtout on ne doit pas la répéter plusieurs jours de suite, comme on le faisait alors qu'on la pratiquait largement. D'ailleurs la saignée était considérée par beaucoup comme le meilleur moyen d'acclimatement. On prenait modèle sur les anciens habitants du pays, qui dans la zone inlertropicale, étaient anémiés considérablement et résistaient au paludisme dans une certaine mesure. On croyait que cette

anémie providentielle préserverait à elle seule du paludisme ét l'on cherchait à obtenir l'anémie le plus rapidement possible, la saignée étant le moyen le plus pratique. Une telle théorie a dû produire des désastres; elle est aujourd'hui justement abandonnée.

Indépendamment des évacuants et de la saignée, il est utile de donner quelques conseils sur la conduite à tenir pendant un accès de fièvre.

Durant la période de frisson, il est utile de réchauffer le malade à l'aide de briques chaudes, de fers chauds etc. et en le couvrant modérément. Une potion tonique (acétate d'ammoniaque, 2 grammes teinture de cannelle 4 grammes) sera un adjuvant excellent.

Durant la période de chaleur, l'antipyrine trouve son indication si la céphalalgie est très marquée. Le plus simple, c'est de donner l'antipyrine en même temps que la quinine, pendant l'apyrexie, quitte à répéter la dose d'antipyrine (1 gr.) au milieu de l'accès, si la céphalgie s'est manifestée, en dépit de la médication. Bertrand et Klynens conseillent de donner deux doses de poudre de Dower de cinquante centigrammes chacune à une demiheure d'intervalle. La poudre de Dower calme l'agitation et hâte l'apparition du stade de sueur. Ce médicament, comme tous les opiacés, a des inconvénients ; il pousse à la constipation et congestionne l'encéphale.

Durant la période de sueur, le malade évitera les refroidissements. 11 changera plusieurs fois de flanelle et de chemise, et se reposera, dans des draps frais, silôl que cette période sera terminée. En dépit du bien être qu il ressent alors généralement, il ne reprendra pas immédiatement ses occupations, co qui serait une grave imprudence.

TRAITEMENT

Si, la fièvre passée, les phénomènes bilieux qui ont pu être plus ou moins intenses pendant l'accès ( fièvre intermittente bilieuse), persistent encore, il l'audra recourir aux évacuants, et de préférence à l'ipéca en lavage (4 grammes dans un litre de tisane à prendre dans la journée), à des purgatifs comme le calomel (0 gr. 60 à 1 gramme en une fois), à la glace prise en quantité modérée. La glace est un véritable médicament dans les pays chauds, à condition qu'on sache la manier. Au cours d'un accès, quelques petits morceaux de glace dans la bouche entretiennent une fraîcheur agréable, et s'opposent, par une lubréfaction constante, à la production d'infections secondaires : gingivites, amygdalites, etc.. La glace prise à petites doses a des effets digestifs indéniables, et en cas d'excès de bile dans l'intestin ou l'estomac, elle paraît stimuler les fonctions de ces organes et hâter l'évacuation de la bile. Il n'en est pas moins vrai que l'abus des boissons glacées est condamnable. L'on a vu souvent des accès pernicieux pris pour des insolations survenir chez des paludéens, à la suite d'une absorption d'un grand verre d'eau glacée.

Quand, suites des accès de fièvre, les digestions restent troublées par les vomissements bilieux ou alimentaires, par la torpidité de l'estomac et des organes digestifs, il faut à peu près supprimer l'alimentation carnée, recourir au lait, aux œufs, et faire boire du thé léger chaud aux repas. Il n'y a d'ailleurs rien de plus désaltérant que les boissons chaudes, et nous voyons avec plaisir que dans certaines maisons d'Alger, on prend l'habitude, pendant la saison chaude, de servir du thé ou du café au lait chaud, au lieu de limonades glacées qui augmentent la torpidité de l'appareil digestif, parce que la

glace y esl distribuée trop largement. C'est d'ailleurs une imitation des habitudes anglaises, qui ont cours non seulement dans les Iles Britanniques, mais aussi aux Indes, et le « five o'clock », adopté en France par snobisme, est une pratique hygiénique, qu'il faut donc encourager.

Dans le cas d'une fièvre rémittente ou continue, il faut aussi se préoccuper de l'état de l'appareil digestif, mais après avoir donné la quinine, en injecLions le plus généralement. Contre l'état nauséeux, l'eau chloroformée saturée rend quelques services. Nous avons l'habitude de la dédoubler et d'en donner une cuiller à café toutes les heures. Quand la fièvre rémittente prend une allure grave, il faut recourir aux procédés recommandés dans toutes les maladies iufectieuses, potions toni-simulantes, injections de sérum artificiel et même bains froids si la fièvre se prolonge plusieurs jours.

En cas d'hyperthermie, les bains froids conviennent encore très bien, ou à leur défaut les lotions froides et les grands lavements d'eau froide. On dit qu'il y a hyper- • thermie quand le thermomètre dépasse 41°.

Les accès pernicieux nécessitent la même médication adjuvante, et la saignée vient parer au danger des congestions menaçantes.

Laveran recommande aussi les révulsifs sur la tète et les révulsifs aux extrémités et les sangsues. Il préconise également une potion au chloral (4 gr.) utile chez les palustres alcooliques. Nous donnons une potion qui peul s'appeler potion de Lanccreaux (4gr. de bromure de potassium et 4 gr. de chloral) pour calmer les phénomènes délirants chez les alcooliques eu proie à un accès -rave

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Il faut songer que le chloral a une action déprimante sur la fibre cardiaque et surveiller cette action.

L'accès algidc nécessite comme médication adjuvante les stimulants les plus énergiques (injections d'éther, d'huile camphrée) ; à l'intérieur : acétate d'ammoniaque, liqueur de Hoffmann à haute dose, et le vin de Champagne glacé.

Paludisme chronique et cachexie -palustre . — Le vin de quinquina et l'extrait de quinquina sont d'excellents toniques, en même temps que des adjuvants de la médication spécifîque;il faut veiller seulement à ce qu'ils ne produisent pas de troubles digestifs (Laveran).

Les préparations à base de fer et d'arsenic sont également très utiles pour combattre l'anémie. Nous avons vu que certains faisaient de l'arsenic, un remède égal à la quinine, quelques-uns le considérant comme supérienr. Il faut le donner à titre d'excellent reconstituant général : liqueur de Fowler, liqueur de Pearson, liqueur de Boudin, cacodylate de soude en injection, etc.

Hydrothérapie . — Elle est excellente dans le paludisme chronique, mais doit être réglée avec prudence. Il faut éviter de donner des douches en jet sur la'rate, ce qui a pu produire des accès violents, et même des accès permicieux (Laveran).

Les bains de mer qui peuvent provoquer également l'éclosion de nouveaux accès de fièvre, reconstituent l'organisme, et peuvent amener des guérisons définitives, alors que toutes les médications avaient échoué.

En somme les procédés physiques sont à conseiller, mais sous la surveillance étroite du médecin, qui talera son malade et mesurera la médication aux réactions que présente celui-ci.

Rapatriement. — C'est souvent le seul moyen de guérir le paludisme rebelle, mais il faut savoir que ce rapatriement ne doit pas être brusque. Certains anglais rapatriés en Angleterre ont présenté des accès hémoglobinuriques, une fois de retour dans leur pays, alors qu'ils n'en avaient jamais eu aux Indes. Il serait donc utile de ménager une transition entre les zones tropicales et les zones tempérées, pour éviter les accidents dont nous venons de parler. C'est donc avec juste raison que le professeur Brault (d'Alger) avait demandé, il y a quelques années aux Ministres de la guerre et des colonies d'installer à Alger pour les militaires revenant des colonies un sanatoire, qui leur aurait permis de reprendre des forces avant de retourner en France, en plein hiver, comme cela arrive parfois. Il est fâcheux que cette demande n'ait pas eu de suite.

Les Anglais aux Indes, les Hollandais à Java, ont eu l'idée de construire des sanatoires ou même de véritables villes d'hiver où les paludéens, les anémiés et même tous les hahitants du littoral vont se réfugier pendant la mauvaise saison (Hivernage). Dans des contrées particulièrement insalubres, ils ont pu éviter le paludisme. On sait qu'une altitude peu considérable suffit pour se mettre à l'abri de la maladie. Dans les colonies françaises, on a été moins bien inspiré. Les stations d'altitude du camp Jacob, à la Guadeloupe, de Balata à la Martinique, que j'ai visitées, il y a un peu plus de dix ans, ne sont pas assez confortables pour atteindre le but cherché. El dans ces stations ou campements, le paludisme est absent, les maladies des pays tempérés (bronchites, pneumonies) el aussi la dysenterie ne font pas défaut, ce qui tient à la

TRAITEMENT

défectuosité des baraquements construits pour abriter les troupes.

Cependant on se préoccupe actuellement de mener à bien l'édification de sanatoires mieux appropriés à leur destination, et en Indo-Cbine particulièrement, les recherches en ce sens sont, paraît-il, proches d'aboutir,

Traitement hydro-minéral. — Laveran pense que les eaux de Vichy peuvent donner de bons résultats, mais il redoute l'excitation qu'elles produisent. Fayrer et Young ont recommandé les eaux de Corlsbad (cités par Laveran). Nous croyons que les eaux ferrugineuses sont plus indiquées que les autres dans la convalescence du paludisme. Le 1er est un élément très utile dans les anémies et particulièrement dans l'anémie symptomatique des pays chauds, mais les préparations pharmaceutiques sont difficilement supportées et produisent des troubles digestifs. Au contraire, le fer incorporé à une eau minérale, est mieux absorbé. Les sources ferrugineuses françaises à recommander sont : Orezza (en Corse) , Forges-les-Eaux (Seine-Inférieure), Bussang (Vosges). Le Bauché (Suisse), Lamelon (Sources les alpes, Souverain, dans l'Hérault, Luxeuil (Haute-Saône). Orezza et Forges-les-Eaux doivent être préférées. A l'étranger, c'est Spa (Belgique) qui est la station de choix des paludéens. Les eaux de Forges qui sont acidulées et ferru- ■ ineuses (protocrénate de fer) ont une action tonique et reconstituante. Fait important, elles ne constipent pas, et leur action sédative sur le système nerveux est très marquée.

Elles ont également des propriétés diurétiques, rares avec les eaux ferrugineuses (D« Mathon). Les stations arsenicales (La Bourboule) sont également très utiles.

Traitement des accidents provenant de la rate. — Les pointes de l'eu, les révulsifs de toute nature sont utiles pour atténuer les phénomènes douloureux, dus à la périsplenité. On a escayé de faire diminuer le volume de la rate à l'aide d'injections d'ergotine et d'ergolinine, pratiquées dans le parenchyme spleuique. Elles ne sont pas sans danger (Laveran). Un traitement plus inoffensif nous a donne quelques bons résultats : ce sont les pulvérisations d'éther sur la région splénique, pulvérisations qui pratiquées plusieurs fois par jour, atténuent les douleurs de la région, et semble également diminuer la tuméfaction de l'organe. Si la sclérose fibreuse a envahi le parenchyme de la rate, tous les traitements échoueront.

La splénectomie a été faite plusieurs fois dans le cas de rate ectopiée, de rupture de la rate, de rate extrêmement tuméfiée (Lieilring, Olgiati , Hartmann, Jounesio. Brault). Jonnesco, professeur à Bucharest, a pratique 22 extirpations de la rate. D'après lui, l'opération en ellemême ne présenterait pas plus de danger que les autres opérations abdominales. Les modifications de la crase du sang à la suite de ces opérations déterminées par Vaquez et Jonnesco, n'entravent pas l'hématopoièse ; les globules blancs et rouges s'augmenteraient même après l'opération.

Montuori constate que, pendant les quinze premiers jours qui suivent l'extirpation de la rate, le pouvoir bactéricide du sang reste normal, puis il diminue et disparaît presque complètement; mais cette modification est passagère et au bout de quatre mois environ, le sang a repris son action prolectrice (Roger, Mal. Infectieuses, p. 1208).

TRAITEMENT

Il y a encore beaucoup d'inconnu louchant les effets sur le sang de l'enlèvement de la rate, mais jusqu'à présent les observations autorisent à supprimer ce viscère, en cas d'accidents graves.

HUITIEME PARTIE Prophylaxie

Au dernier congrès international d'hygiène, tenu à Bruxelles (septembre 1903), après les importantes communications de M. Billet, des professeurs Celli Firket Phlehn, Ross, Bernard, Vedy, Schoo, Raynaud,' etde sir Patrick Manson, leCongrès vota les conclusions suivantes les premières sur la proposition du professeur Manson les secondes sur la proposition du professeur Celli.

I. — Le Congrès, convaincu de l'importance pratique du rôle des moustiques dans l'étiologie du paludisme, insiste auprès de tous les gouvernements des pays naludiques pour que :

lo Les officiers, administrateurs ou employés, avant d entrer au service de ces pays, fassent preuve de connaissances pratiques quant à cette notion et à ses applications : FF

2o Dans tous ces pays, les établissements d'instruction qu . s dépendent du gouvernement ou des missions ou qu Us soient de toute autre nature, soient invités à 'inscrire dans eurs programmes d'enseignement les notions

relatives a la propagation du paludisme elles application pratiques qui en découlent ; PP"cauons

3o Les officiers, administrateurs et employés ignorant ces connaissances ou se refusant systématiquement à les appliquer, soient considérés comme impropres au service dans les pays paludiques.

IL — La septième section du Xlll" Congrès international d'hygiène reconnaît que les moyens psychylactiques

contre la malaria sont :

L'immunisation artificielle médicamenteuse par les sels

de quininé :

La desinfection spécifique du sang des malanques par

les sels de quinine ; La protection mécanique des habitations et des parties

découvertes du corps ;

L'isolement des malades ;

La destruction des moustiques ;

Les travaux d'assainissement, hydrauliques et agricoles. , ; . .

Parmi les moyens susdits, on doit choisir ou même combiner ceux qui s'adaptent à la localité et à la population qu'il s'agit d'assainir. »

Ces notions nouvelles sur la prophylaxie du paludisme avaient déjà été formulées dans une instruction de 1 Académie de Médecine, sous forme de rapport au nom d une commission composée de MM. Vall.n, Ivelsch Railhet Blanchard, Laverin, rapporteur (BulL de Mécleccne, 29 mai 1900). Elles sont de nouveau mise > relief dans le récent volume de Laveran sui Ï*PWÏ laxie du paludisme (Aide, mémoires. Pans 1904,. De puissants efforts ont été tentés dans tous les pay

du monde pour réaliser cette prophylaxie rationnelle Nou^ne pouvons qu'en esquisser les tn* > P™££ renvoyons pour plus de détail aux travaux du professeur

PROPHYLAXIE

Celli, président de la ligue italienne antimalarique, au remarquable rapport de M. Billet au Congrès de Bruxelles de 1903, rapport extrêmement documenté, et aux ouvrages précédemment cités.

Nous allons dans l'étude de la prophylaxie antimalarique suivre les propositions dans l'ordre où elles sont énumérées ci-dessus (vœu du professeur Celli). Cet ordre est voulu ; les moyens de prophylaxie se suivent d'après leur importance et leur facilité d'exécution pratique. Nous ajouterons quelques considérations sur l'hygiène générale dans les pays palustres.

I. — Immunisation artificielle médicamenteuse parles sels de quinine.

L'Anopheles par sa piqûre, transporte le germe du paludisme de l'homme malade à l'homme sain. Il en résulte que si à l'aide de la quinine, on arrive à tuer dans l'organisme de tous les paludéens de la région l'hématozoaire, les anophèles ne pouvant plus l'infecter seront devenus inoffensifs.

D'autre part, si un tel résultat ne paraît pas devoir être odtenu pratiquemeni, il y aura lieu de chercher à rendre l'organisme réfractaire à la maladie, à l'aide de la quinine, administrée préventivement, c'est à proprement parler ce qui constitue l'inimunisation artificielle médicamenteuse, que nous avons à étudier. Nous en avons d'ailleurs parlé déjà à l'occasion de l'imunité contre la malaria.

On n'a pas encore trouvé la formule exacte qui convienne à la prophylaxie médicamenteuse du paludisme. Laveran (rapport de l'Académie), conseille de prendre, sous forme de pilule ou de vin de quinine vingt centigrammes de sulfate de quinine tous les jours ou qua-

rante cenligramm.es tous les deux jours. Celli Ta donnée de diverses façons. Il a eu recours à l'enquinine d'abord, dont il se déclara satisfait, mais qu'il dutabandonner, à cause de son prix élevé. Il donna en 190L, 20 à 40 centigrammes de bisulfate et de chlorydrate de quinine (chez les enfants, la moitié), en 1902. il employa le chlorhydrate acide aux mômes doses, et aussices mêmes sels à la dose de 2 grammes tous les sept à dix jours. Le résultat de ses observations fût que le traitement prophylactique quotidien est plus efficace que le traitement discontinu, à intervalles presque hebdomadaires. Il fait remarquer que l'on s'habitue facilement au médicament, et qu'au bout de quelques jours d'administration, les symptômes gênants ordinaires ne se produisent plus, tandis qu'avec un repos de plusieurs jours ces symptômes se reproduisent à chaque nouvelle administration. M. Billet recommande de donner 0 gr. 30 à 0 gr. 50 cent, de quinine, répétés tous les deux ou trois jours, et il ajoute à la quinine l'arrhénal, dont nous contestons la valeur, avec beaucoup d'autres. Au reste, les mélanges de quinine, d'arsenic et de fer, expérimentés en Italie, se sont montrés inefficaces, et avaient pour résultat de prédisposer à la maladie par la fatigue stomacale qu'ils entraînaient. Les médecins belges, au Congo, donnent une fois par semaine, à jour fixe, un gramme de sulfate de quinine ou 80 centigrammes de chlorhydrate. En cas d'intolérance, ils donnent un demi-gramme de quinine deux fois par semaine (Bertrand et Klynens).

La quinine prophylactique semble donc être regardée comme efficace par la plupart des auteurs. Cependant, il y a quelques contradicteurs. Ainsi, l'an dernier, au Congrès de Bruxelles, le docteur Védy, médecin belge, expose

PROPHYLAXIE

des faits très intéressants, que nous croyons utile de rapporter : « En 1895, dit-il, lors de mes débuts en Afrique, il était d'usage, pour se prémunir contre la malaria, de prendre tous les jours, à peu près 30 à 50 cent, d'un sel de quinine.

« Pendant la première quinzaine de séjour en Afrique, l'état de santé de tous fut excellent (13 européens). A partir de celte époque, quelques-uns de nos voyageurs ressentent de la céphalalgie ou de la lassitude ; puis tout à coup l'accès malarique typique se déclare... Sur 35 européens, venus récemment d'Europe, les résultats ne lurent pas plus encourageants. Comme les précédents, ces européens prenaient à peu près régulièrement leur sulfate, de quinine depuis lear arrivée au Congo. La plupart furent atteints de fièvre paludéenne durant le premier mois passé à Stanleyville où ils vivaient dans le même état d'inaction que sur le steamer qui les avait amenés en ce lieu. L'arrivée de leur chef d'expédition, qui remplaça cette inaction par un travail soutenu, suppléa à l'insuffisance de la quinine Je crois pouvoir

conclure de ces observations que la dose de 30 à 50 centigrammes de sulfate de quinine prise tous les jours n'était pas suffisante pour proléger efficacement l'explorateur contre la malaria, quand l'activité corporelle n'intervenait pas pour augmenter la résistance à l'envahissement du parasite malarien Dans la suite, j'eus

l'occasion de rencontrer nombre de voyageurs ayant consommé les sels de quinine à des doses fortes et qui allaient môme jusqu'à un gramme et demi par jour, mais qui éprouvaient de graves troubles digestifs à la suite de cette médication. » — En dépit de la précision de telles observations, l'opinion générale est que la quinine doit

être employée à titre prophylactique et à petites doses seulement. Peut-être, dans les cas du docteur Vedy, les voyageurs en question avaient-ils commis des l'autes contre l'hygiène générale, que l'emploi de la quinine ne doit pas supprimer : excès de boisson ou d'alimentation entraînant l'embarras gastrique, qui a pour conséquence d'empêcher l'absorption du médicament.

La prophylaxie par la quinine ne pourra pas de longtemps s'étendre aux indigènes, et il faudra la réserver aux Européens, seuls capables encore de la pratiquer, d'où nécessité d'éloigner les habitations européennes des agglomérations indigènes de sept ou huit cents mètres ou même d'un kilomètre. Il sera bon d'administrer la quinine prophylactique aux serviteurs indigènes appelés à vivre avec les Européens (Bertrand).

L'emploi préventif de la quinine a été l'objet de récentes observations, mais il y atrès longtemps qu'on avait songé à employer ce médicament à ce titre. Les découvertes sur l'infection parles moustiques ont favorisé l'extension de cette pratique, puisqu'il faut avant tout protéger tout le monde pour empêcher les anophèles de s'infecter et de propager la maladie.

C'est ainsi qu'en Algérie, Sézary et Cornebois avaient employé avec succès les petites doses de sels de quinine (0 gr. 15 à 0 gr. 20 cent, par jour) et avaient pu, dans les°centres les plus malsains, préserver les habitants sou. mis à celte médication.

Quennec, Vincent et Burot disent que la quinine employée à la dose de 0 gr. 30 cent, par jour et même à la dose de 0 gr. 50 à 0 gr. 75 n'a pas pour effet de supprimer absolument la lièvre, mais de rendre celle-ci moins grave.

PROPHYLAXIE

11 faut conclure que la quinine prophylactique a fait ses preuves dans nombre de pays, surtout en Italie, mais que dans la zone intertropicale, si elle a donné des résultats satisfaisants assez souvent, elle a échoué parfois. Il n'en est pas moins vrai qu'elle doit être recommandée comme un des moyens les plu= faciles à faire accepter par les Européens dans la défense contre le paludisme.

II. — Désinfection du sang des malariques par les sels de quinine. — Il faut soigner les paludéens non seulement pour eux-mêmes, mais pour les autres, afin de supprimer une cause d'infection des moustiques propagateurs de la maladie.

Koch a beaucoup contribué à répandre cet*e notion, en montrant l'importance du traitement individuel pour la prophylaxie. Il a montré également que dans les pays chauds le paludisme existait souvent à l'état latent, c'està-dire que le sang des habitants de la région, particulièrement des enfants indigènes, contenait l'hématozoaire, bien que celui ci ne provoquât jamais d'accès. Ces indigènes sont l'origine, en beaucoup de circonstances, de l'infection anophélienne ; il faut donc dépister ces cas latents et les traiter énergiquement, jusqu'à ce que les hématozoaires aient complètement disparu du sang.

M. Schoo, en Hollande, a fait, il y a deux ans, des expériences qui méritent d'être retenues ; la méthode de Koch y est quelque peu battue en brèche, ou du moins sa valeur pratique est contestée. Une prophylaxie intense par laquinine fut faite dans certains villages marécageux, et malgré cela les anophèles s'infectèrent, ce qui peut tenir, dit Schoo, à trois circonstances : 1» L'existence de cas latents, qui n'existent pas en Hollande ; 2°A ce que les malades n'auraient élé traités qu'après avoir eu quelques

atteintes et avoir infecté des moustiques, obstacle bien difficile à surmonter ; 3° A ce que les malades seraient encore contagieux pour les moustiques pendant l'emploi de la quinine.

Ce dernier point se conçoit facilement, puisque, nous le savons déjà, la quinine n'a que peu d'influence sur les croissants (gamètes des fièvres estivo automnales, tropicales, etc.) et ces gamètes survivant à la médication sont l'origine des rechutes. Il s'ensuit que les anophèles peuvent très bien s'infecter en absorbant du sang contenant des croissants. D'où cette conclusion, que la méthode de prophylaxie par la quinine administrée aux malades, ne peut suffire à elle seule pour faire disparaître le paludisme d'une région.

Celli lui-même, avait reconnu qu'il y a des fièvres résistant aux traitements les mieux conduits. En dépit de la quinine, les récidives se montraient toujours. Aussi faut il continuer le traitement, bien que la maladie soit en apparence guérie, c'est-à-dire le continuer pendant toute l'année, en augmentant de surveillance aux approches de l'épidémie annuelle.

III, — La protection mécanique des habitations et des parties découvertes du corps.— Ce moyen de prophylaxie est coûteux, et présente de grandes difficultés pratiques. Il peut être mis en usage dans les grandes exploitations, pour les ouvriers de l'Etat ou des grandes compagnies. Celli reconnaît qu'il sera difficile de faire pénétrer une telle pratique chez les paysans italiens : pour qu'elle réussisse, il faut que ceux chargés de l'utiliser pour leur propre compte, soient convaincus de son utilité, ce qui n'est pas encore.

Le principe sur lequel on s'appuie, vient de ce qu'il

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faut éviter à tout prix, la piqûre du moustique infecté. Quelques expériences encouragèrent les pouvoirs publics et les particuliers à favoriser la protection mécanique. C'est ainsi que Sambon etLow, envoyés par Manson sur la côte d'Ostie (juin 1900), séjournèrent pendant la saison d'été dans cette région insalubre, en travaillant dans les marais, en effectuant des terrassements, sans prendre d'autres précautions que ne rentrer le soir dans une cabane construite ad hoc et très bien protégée contre les moustiques. Ni l'un ni l'autre, ni aucun de leurs serviteurs ne furent atteints de la maladie, alors que tout autour, les habitants du pays furent en proie, comme chaque année, aux accès de fièvre.

En Algérie, le docteur Ed. Sergent a organisé une campagne antipaludique en été-automne 1902, à la gare de l'Aima, localité particulièrement insalubre. Les résultats ont été, d'après eux, encourageants, et le Gouvernement généralde l'Algérie a le projet de fairedesexpériences plus étendues. L'année 1902 et l'année 1903, pendant lesquelles d'autres observations furent prises, n'ont pas été très fiévreuses . Au contraire, l'été de 1 904 en raison des pluies abondantes de l'année, paraît se signaler par une épidémie sérieuse qui permettra de juger de l'efficacité des mesures de protection mécanique que l'on a l'intention d'employer. D'après le docteur Gros, les mesures recommandées par les frères Sergent ne sont pas exécutées d'une façon sérieuse. Il l'a constaté en Algérie, à la gare de l'Aima {Bulletin médical de V Algérie, juillet 1904).

Voici, d'après Celli, comment on doit concevoir la prophylaxie mécanique contre les piqûres de moustiques. « La maison d'habitation sera entourée d'une large vé-

ranci ah extérieure, à réseaux métalliques devant la porte d'entrée, pour le séjour des personnes à l'air libre et au frais. 11 y aura des portes d'entrée également à réseaux et à fermeture automatique spontanée , une porte semblable fermera les escaliers, afin de mieux défendre la chambre à coucher. Pour la protection des cheminées, le moyen le plus utile qu'on ait trouvé, a été d'introduire un diaphragme, c'est-à-dire un châssis en fer avec réseau métallique, dans le conduit de la cheminée, à travers uné ouverture linéaire faite dans le mur de la cuisine ou de la chambre supérieure ; chaque 10 ou 15 jours on retire le diaphragme pour le débarrasser de la suie, et on le remet en place sans avoir l'inconvénient de la fumée.

Dans les maisons de campagne, on ne peut et on ne doit appliquer aucune protection à la porte extérieure d'entrée aux étables ; mais il faut l'appliquer, au contraire, à la porte intérieure de communication entre l'étable et la maison .

Là où on aura à se mettre aux fenêtres, il sera bon que les réseaux soient placés de manière à Faire une entroflexion en bas, afin que l'on puisse y avancer la tête. Dans le choix des réseaux, il conviendra d'adopter ceux en fil de fer zingué, vernis au feu avec des substances résistant à l'air marin, qui est le plus corrosif.

Pour protéger les parties découvertes du corps contre les piqûres des insectes, on se sert de chapeaux avec voiles et visière de très mince réseau métallique et de gants d'étoffe épaisse, pour qu'ils ne soient pas traversés par le dard des moustiques.

L'ancienne moustiquaire suspendue au lit du malade, est de plus en plus abandonnée, car elle ne donne qu'une fausse sécurité. Généralement mal attachée, elle est sou-

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vent déchirée ou dérangée par les mouvements des dormeurs, qui dans les nuits tropicales, ont le sommeil agité.

Les réseaux métalliques sont d'un prix élevé. A leur défaut, on peut employer du tulle ou du coton, dont le prix est très bas. Les mailles des réseaux métalliques ou des tissus ne doivent guère avoir plus de deux millimètres de diamètre.

En ce qui concerne la protection du visage et des mains des personnes, on rencontrera de grandes difficultés par suite de l'incommodité de semblable appareil. Cependant pour les ouvriers qui travaillent la nuit, il sera bon aies habituera ne sortir que protégés de la sorte. Pour compléter la défense, il sera utile de serrer le bas du pantalon avec des élastiques, et d'attacher le voile du visage, à la partie intérieure du veston, de manière a ce qu'aucune portion de peau ne puisse s'offrir aux piqûres.

D'autres procédés ont été mis en pratique pour éloigner les moustiques, mais ils n'ont pas la même efficacité que les précédents. C'est ainsi que les appareils de ventilation, panktias, ventilateurs électriques, etc., chassent plus ou moins les moustiques. A Colon, nous avons vu les marins employer un procédé commode et peu connu, et dont nous avons personnellement profité. Dans les paquebots amarrés au warf du port, les hublots des cabines restent naturellement, en raison de la chaleur, ouverts toute la nuit, et les moustiques pénètrent dans les cabines en piquant les personnes endormies. Le^ serins avaient imaginé d'allumer une grosse lampe à un mètre ou deux du hublot des cabines; les moustiques étaient attirés par cette lumière et ne rentraient pas dans

l'intérieur des cabines, restées absolument obscures. D'ailleurs, par la simple précaution de ne jamais entrer avec une lumière dans notre chambre a coucher, nous avons pu, en Tunisie notamment, éviter les piqûres des moustiques qui, sans cette précaution, nous assiégeaient toute la nuit.

IV. — Isolement des malades. — La théorie de l'infection anophélienne exige cette mesure, qui n'est pas toujours réalisable. Il faudrait éviter le voisinage des paludéens et aussi des indigènes, qui sans être atteints d'accès de fièvre, conservent néanmoins pendant longtemps l'hématozoaire dans le sang. C'est pour cela que l'on recommande aux Européens de s'établir loin des agglomérations indigènes.

Dans les hôpitaux, les malades paludéens devraient être isolés etprotégés des piqûres par des toiles ou réseaux métalliques.

V. — Destruction des moustiques. — Ce sont non seulement les moustiques, mais leurs larves, à la destruction desquels on doit pousser. Chaque étang, chaque mare, chaque flaque d'eau stagnante peut donner asile à des milliers de larves d'anophiles ; cela fait comprendre les difficultés que l'on doit éprouver à la mise à exécution d'un pareil procédé.

Tout d'abord, tuer le moustique adulte est absolument impraticable. On a cependant cherché à le faire, à l'aide de procédés nombreux et variés, et dont on trouve la nomenclature dans les minographies spéciales, notamment dans le rapport de Billet, déjà cité.

Les cônes dits fidibus, les poudres de pyrèthre, de crysanthème (zanzolina), très populaires dans le Midi de la

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France et en Italie, servent à engourdir les moustiques mais ne les tuent pas.

Il est plus commode de détruire les œufs et les larves C'est le pétrole versé dans les flaques d'eau, les bassins des jardins, les mares, qui est le meilleur moyen de destruction. Ross l'a expérimenté en grand à Sierre-Leone. Sergent, en Algérie, l'a combiné avec la protection mécanique contre les piqûres. Gelli dit que les résultats de laboratoire furent très encourageants, mais que dans le champ indéfini de la pratique, les difficultés furent telles qu'on ne pourra guère de ce côté, sinon en des cas exceptionnels, obtenir la suppression de la malaria.

Il faut à peu près 10 à 20 centimètres cubes de pétrole par mètre carré.

Pour savoir si la pétrolisation est suffisante, il faut qu'à la surface de l'eau, on distingue une pellicule irisée. Les larves qui viennent respirera la surface de l'eau sont rapidement asphyxiées, et si l'on veut réussir complètement, il faut renouveler assez fréquemment la pétrolisation, deux fois par semaine en moyenne.

On a également essayé la poudre de chrysanthème qui, mêlée à l'eau, empoisonne les larves.

Les systèmes basés sur la destruction des larves nécessitent le concours d'un grand personnel, coûtent cher, et dans certains pays, les bestiaux ne veulent pas boire l'eau pétrolisée. Ils ne sauraient donc être recommandés à titre exclusif.

On a pensé à combattre les moustiques et les larves par leurs ennemis naturels. Pour les moustiques, on a cité les demoiselles ou libellules, les araignées, etc., mais on ne voit pas comment on pourrait utiliser leur voracité vis-à-vis des moustiques.

Pour les larves, il semble que les poissons rouges ou cyprins en sont très friands, mais cela est contesté. Les larves des libellules se nourriraient également des larves de moustiques.

Des eaux suffisamment salées empêchent le développement des larves de moustiques. Streri en Italie a imaginé une pompe qui permet de refouler l'eau de mer dans les canaux d'eau stagnante, où pullulent les larves.

Le larvicide est une couleur d'aniline qui, dissoute dans l'eau, empoisonnerait les larves et aurait été de quelque utilité autour de Bologne.

Dans toute campagne antipaludique,ilfaut tenircompte de la biologie des larves des divers moustiques qui s'y rencontrent.

Ainsi les larves d'Anophèles ne se trouvent pas dans les eaux courantes, ni dans les eaux salées ou sulfureuses, ni dans celles qui servent au rouissage des plantes textiles; elles ne se retrouvent pas davantage aux embouchures des cours d'eau et ne dépassent pas une altitude de 1300 mètres. Elles vivent par contre dans les eaux stagnantes, plus ou moins polluées, alcalines, acides, calcaires ou ferrugineuses, et y recherchent de préférence les parties où croissent les végétaux. Les larves des culex, elles, se développent dans les eauxsulfureuses, et encore dans celles qui renferment les produits de la macération dn lin ou du chanvre. (Perrone.)

Le major Ronald Ross, dans une note fournie au Congrès d'hygiène de Bruxelles de 1903, et que nous résumons en la traduisant, a donne les résultats de la lutte contre les moustiques, entreprise à Ismaïlia. à la Havane

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et à Hong-Kong. A Ismaïlia, du i« janvier au 30 juin de l'année 1903, il n'y eût que trois fiévreux à l'hôpital, au lieu de 52, dans la période correspondante de l'année 1902. A la Havane, en 1900, avant le commencement de la campagne contre les moustiques, il y eût 325 décès causés par la malaria dans la ville ; en 1901, année où la campagne commença, il n'y eût plus que 151 décès ; en 1902, année pendant laquelle la campagne continua avec le plus de vigueur, il y eût 77 décès ; et pour les cinq premiers mois de l'année 1903, seulement 21 décès. A Hong-Kong, les chinois fournirent en 1900, 887 décès, 541 en 1901 et 393 en 1902.

Ces renseignement avaient été fournis à Ross par le major Penton (Ismaïlia), le colonel Gorgas (la Havane), et un rapport médical officiel (Hong-Kong.)

Ces résultats sont fort démonstratifs évidemment, mais ils ont été obtenus grâce à l'énergie que l'on déploie habituellement à l'occasion des essais d'une nouvelle méthode de prophylaxie. Pour qu'ils se maintiennent, il faut que cette énergie du début se maintienne constamment, sans défaillance, et c'est ce qu'il y a de plus difficile à réaliser.

VI. Travaux d- assainissement hydrauliques et agricoles. — Leur efficacité dans la prophylaxie du paludisme a été reconnue de tout temps, et l'on a toujours vanté la culture pour faire disparaître les foyers malarigènes. La plupart des travaux d'assainissement ont pour but de tarir les marécages, en les asséchant, de faire perdre au sol l'humidité, élément qui intervient, nous l'avons vu, dans la genèse de la maladie. Aujourd'hui, on sait que ces travaux ont pour effet de s'opposer à la pullulation des moustiques, qui déposent leurs œufs dans

les mares, flaques d'eau, bassins, etc., partout où il y a de l'eau stagnante.

Drainage. — Il consiste à garnir le sous-sol de tubes d'argile, poreux ou non, ajustés bout à bout, qui absorbent l'eau du sol et la conduisent dans une tranchée et de là dans une rivière voisine, où tout simplement à une profondeur plus grande, où l'iiumidité sera inoffensive. On voit qu'un sol a besoin d'être drainé, quand en y enfonçant un bâton, à une profondeur de 40 ou 50 centimètres, il se forme un trou au fond duquel il y a de l'eau.

Quand la couche d'argile est voisine de la surface et qu'elle n'est pas trop épaisse, on peut la perforer au moyen de puits qui amènent l'eau de la surface dans les couches sous-argileuses. C'est ce qu'a fait M. Chambrelent, ingénieur, dans les Landes, qui ont été assainies

par ce procédé.

Endiguement. — Sur le bord de la mer, et dans le

cas où le sol est à un niveau inférieur à la mer, près de l'estuaire de certains fleuves, il se forme des dépressions marécageuses, qu'on évitera en construisant des digues puissantes, soit au bord de la mer, soit au bord des fleuves, dont les débordements plus ou moins périodiques ne pourront plus se faire. L'avivement n'est qu'une variété d'endiguement. Il consiste à construire une digue à la périphérie d'un étang ; dans celte partie l'eau est peu profonde, la profondeur allant en diminuant du centre vers les bords. Grâce à la digue, la profondeur deviendra plus grande, et les bords de l'étang ne seront plus humides, même en été ; il n'y aura plus de danger à ce que l'eau s'évapore, laissant à sa place une sorte de marécage.

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Dessèchement des marais et des étangs. — Il faut détourner l'eau, au moyen de canaux vers la mer ou vers la rivière. Si le niveau du marais ou de l'étang est inférieur au niveau de la mer, il est nécessaire d'installer de puissantes machines d'épuisement.

Le colmatage consiste à détourner dans le marais ou dans l'étang les eaux d'une rivière très limoneuse ; le limon en se déposant finit par combler le marais. (Etangs de Narbonne comblés par les canx limoneuses de l'Aude.)

Ces mesures doivent s"appliquer également aux marais salants qui. lorsqu'ils sont mal entretenus, laissent pénétrer l'eau douce, deviennent très dangereux.

Les ouvriers, employés à ces travaux courent de gros risques. Les vases retirées souttrès septiques, et il convient de les désinfecter. On l'a fait en 1892, à l'occasion du curage du canal de Versailles. Il a suffi de 500 grammes de sulfate de fer, et d'un kilogramme de chaux vive par mètre cube de vase à extraire pour obtenir une stérilisation suffisante. Grancher et Thoinotont vu que quatre cobayes inoculés avec les boues non désinfectées succombèrent à la septicémie de Pasteur, tandis que quatre cobayes inoculés avec des boues traitées, ne présentèrent aucun symptôme (Langlois).

Inondations. — Si un étang est déssèché incomplètement, il devient très dangereux, et en l'inondant largement, on fera disparaître la cause d'insalubrité qui provenait de cet imparfait assèchement.

Culture et plantations. — C'est par la culture que la plaine de la Mi tidja s'est assainie. C'est aussi par la culture qu'une partie de l'Agro Romano en Italie, estdevenu moins insalubre.

Certains arbres doivent être préférés à d'autres en matière d'assainissement vis-à-vis du paladisme. Tel l'eucalyptus, dont les racines absorbent l'humidité et assèchent rapidement le sol, car cet arbre a une croissance très rapide. L'eucalyptus éloignerait les moustiques, mais les feuilles ou les autres parties de l'arbre ne jouissent pas, comme on le croyait, de propriétés fébrifuges. On a pu faire vivre parfaitement des larves de moustiques anophèles dans une infusion de feuilles d'eucalyptus.

D'autres arbres ont été préconisés, comme le filao (Vincent et Burot), l'héliante ou tournesol (Laveran), le houblon (Valentin).

Les bambous, dont la croissance est prodigieuse, ont également des propriétés asséchantes qu'il y a lieu d'utiliser.

Les moyens dont nous venons de parler en dernier lieu sont destinés à améliorer le sol, au point de vue agricole, en même temps qu'ils contribueront à la disparition des moustiques et de leurs larves.

Mais il s'en faut que l'agriculture marche toujours pareillement à l'assainissement, que celui-ci soit toujours la conséquence de celle-là. En etlet, au point de vue de la lutte antipaludéenne, l'idéal, c'est d'arracher complètement le sol; mais l'agriculture, tout en bénéficiant du drainage, des plantations, ne s'accommoderait pas d'un assèchement complet. Il lui faut au contraire, dans beaucoup de circonstances, des irrigations étendues, lesquelles peuvent favoriser le développement des anophèles. Aussi faut-il se garder, en matière de paludisme, des exagérations, et proportionner la dépense aux exigences de la culture et de la prospérité d'un pays. Il faut, en un mot, savoir renoncer dans certains cas, aux procédés que la

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théorie indique comme les meilleurs, et faire un choix judicieux entre tous ceux qui ont été mis en avant.

Hygiène publique et hygiène privée dans le paludisme, — Ce qui vient d'être dit montre que dans la lutte contre le paludisme, toutes les forces sociales doivent intervenir. Il faut la collaboralion de tous, des particuliers comme des pouvoirs publics, et cette collaboration doit être intelligente et soutenue.

Hygiène publique. — Les gouvernements se sont préoccupés des dangers que font courir aux populations les épidémies renaissantes de fièvres palustres. C'est surtout dans les colonies qui sont presque toutes situées dans les pays chauds, que la lutte est devenue acharnée, surtout depuis que les découvertes sur la propagation de la maladie ont donné à la prophylaxie une base rationnelle. Jusqu'à ces dernières années, on était persuadé que la lutte était impossible, que la malaria était en un mot inévitable. Aujourd'hui, l'horizon s'est éclairci, et l'on croit fermement, au contraire, à l'assainissement des colonies, grâce aux mesures prophylactiques.

Les gouvernements ont pris part au combat, en engageant les savants à poursuivre leurs travaux, en les encourageant par des subventions, des missions. Ross, en Angleterre, Koch en Allemagne, Celli et tant d'autres, en Italie, les médecins du Congo belge, n'auraient pu mener à bien leurs recherches, sans l'appui du gouvernement de leur pays. En France, les gouverneurs de nos colonies secouent l'apathie de la métropole, où les questions d'hygiène sont encore si peu comprises.

Le général Galliéni, à Madagascar, doit avoir une place à part au milieu de la pléiade des grands organisateurs, qui considèrent que l'hygiène doit venir au premier rang

des moyens capables d'assurer le développement des colonies. En ce qui concerne le paludisme (rapport à l'Académie de Médecine, séance du 12 juillet 1904, par M. Kermorgant), la lutté est ardue et la maladie continue à faire des ravages dans certaines parties de l'Imerina centrale et du Fianarantsoa. M. Kermorgant fait remarquer que les recrudescences du paludisme coïncident avec le travail des rizières et la coupe du riz et aussi avec une plus grande pulullation des anophèles. Ce n'est pas dans les rizières que les moustiques déposent leurs œufs, mais dans les nombreux trous, dans les excavations autour des habitations et des rizières. Il paraît même que le paludisme est plus grave que sous l'ancien gouvernement malgache, qui prescrivait d'assécher les rizières, une fois la récolte terminée. Aujourd'hui, les Betsiléo, au lieu d'assécher les rizières, les inondent; de là formation d'un marais éminemment malarigène (Dr Beigneux). Dans une circulaire du 13 juillet 1903, le général Galliéni recom mande de nouveau l'assèchement des rizières, pratique tombée en désuétude, et insiste pour que les indigènes fassent disparaître tous les trous d'eau voisins des habitations, se servent de moustiquaires et de grillages métalliques, mesures qui ne sont pas acceptés complaisamment. Au contraire, l'absorption de quinine, qu'on distribue gratuitement, est fort prisée des indigènes.

En Algérie, le gouverneur général actuel, M. Jonnart, a mis dans son programme l'assainissement du pays et la lutte contre la malaria. Ce qui contribuerait à faciliter l'assainissement des localités encore insalubres en Algérie, ce serait l'application à la colonie de la loi sur l'hygiène publique du 15 février 190:2. Malheureusement, en dépit de nos efforts, nous n'avons pu obtenir l'applica-

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tion de cette loi, qui se heurte à des difficultés d'ordre financier .

Comme nous l'avons montré récemment au Congrès Colonial de Paris (mai 1904), il faudrait s'inspirer des principes contenus dans cette loi, et rendre un décret qui sans tenir compte de la réglementation financière votée par le Parlement français, assurerait immédiatement l'exécution en Algérie des mesures que commande l'hygiène moderne. Nous imiterions en ce cas, le gouverneur de l'Afrique Occidentale, M. Roume, qui a trouvé le moyen d'extraire de la loi les dispositions immédiatement applicables et fait rendre par le Ministre des Colonies, un décret (14 avril 1904), qui en assure l'exécution dans son gouvernement. Plus récemment (17 juin), M. Roume, ouvrant la session du Comité supérieur d'hygiène et de salubrité publique de l'Afrique Occidentale, rappelait avec éloquence ce qu'il fallait faire pour l'assainissement des villes, qu'il fait reposer sur ces deux données ; adduction d'eau saine sans contamination possible, enlèvement des matières usées sans stagnation possible. Il rappelait aussi les ravages que fait le paludisme dans la colonie, s'appuyant sur des chiffres de 1903. A l'hôpital de Saint- Louis, sur 535 entrés, 292, soit 54 0/0 sont dus au paludisme et à ses dérivés ; à Dakar, la proportion s'élève à 63 0/0, à Gorée, à 48 0/0, à Kayes, à 55 0/0, à Conakry, à 60 0/0, à Porto-Novo, à 73 0/0.

Les gouvernements interviennent aussi par des lois ou des règlements touchant des points spéciaux.

En France, dit Laveran,il y a une loi, du 17 juillet 1860, qui oblige les communes et les particuliers, à mettre en valeur les marais et les terres incultes. Cette loi est lettre morte.

En Algérie, l'Etat fait distribuer de la quinine, qu'il vend à bas prix (0 gr. 50 cent, les 10 grammes) et donne gratuitement aux indigents.

Comme le dit Celli, il faut toute une législation sanitaire contre la malaria. En Algérie, on attend tout du pouvoir central, et les municipalités ne font pas assez pour assainir leur territoire.

En Italie, le Parlement a voté le 23 décembre 1900, une loi qui permet à l'Etat de vendre la quinine à bon marché, et le 2 novembre 1901, une autre loi qui oblige les patrons à traiter gratuiteme par la tn quinine leurs ouvriers. Cette loi établit également la défense obligatoire contre la pénétration des moustiques dans toutes les habitations des ouvriers qui travaillent directement ou indirectement pour le compte de l'Etat dans les endroits similaires.

Ilestnécessaire pourtousles pays d'allerplusloin. Il faut régler le travail dans les lieux infestés par la malaria, et en Italie, on a déjà obtenu que des règles prophylactiques nouvelles et rationnelles soient imposées dans chaque contrat d'adjudication des travaux publics, dans les lieux infectés par la malaria. Nous avons déjà demandé que de pareilles mesures fu-sent prises en Algérie, et que la malaria contractée dans des travaux, soit assimilée à un accident du travail, tel qu'il est défini par la loi de 1898.

Un député, M. Breton a déposé le 5 décembre 1901, une proposition de loi touchant les maladies professionnelles. D'autre part, une commission extra parlementaire a été chargée de rechercher les maladies dont la profession est la cause organique, exclusive et essentielle. Bien que l'on ne semble viser que les intoxications saturnine, oxycarbonée, etc., il serait bon que les professions, telles

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que celles de terrassiers, laboureurs, s'exerçant dans des pays palustres fussent protégées, comme on a tenté de le faire en Italie.

Celli dit encore : « Il faut une loi qui, dans les localités malariques, oblige les propriétaires déterre à construire, et leur donne pour cela toutes facilités, lesquelles font défaut ou sont insuffisantes, des maisons d'habitation pour les paysans à demeure stable, et à locaux de refuge pour ceux à demeure temporaire (Celli, Archives italiennes de biologie, tome XXXVII, fasc. II, p. 33, traduction Bouchard) .

Enfin, le gouvernement doit développer l'instruction antimalarique dans les écoles primaires, dans les écoles de commerce, dans les écoles d'agriculture, dans les écoles coloniales, etc.

Hygiène privée. — Toute faute contre l'hygiène prédispose au paludisme. Aussi, chacun devra-t-il se pénétrer de cette vérité.

L'habitation du colon devra être bâtie suivant certaines règles. On l'édifiera sur une hauteur, loin du littoral, loin des agglomérations indigènes (paludisme latent, mais infectant chez les enfants de ceux-ci). Elle sera protégée contre le soleil et contre l'humidité, très bien ventilée, tout cela indépendamment des mesures spéciales de protection contre les moustiques. L'humidité devra être considérée comme l'ennemi le plus dangereux, et on s'efforcera d'assécher parfaitement le sol et le sous-sol. Les fondations devront donc être soignées tout particulièrement. Le rez-de chaussée, toujours suspect dans les pays chauds, en raison du voisinage du sol, ne servira pas de lieu d'habitation. Les chambres à coucher seront à l'étage supérieur.

L'alimenlalion doit être soumise à des régies également précises. On sait que les écarts alimentaires coûtent cher dans les pays chauds, et que par l'embarras gastrique qu'ils occasionnent, ils prédisposent aux atteintes du paludisme. Certains aliments, en particulier la graisse, sont mal digérés, et en raison du surmenage hépatique auquel leur assimilation donne lieu, doivent être soigneusement évités. L'alcool devra être pris en très petite quantité dans les pays chauds, toujours pour cette raison qu'il agit sur le foie, l'organe qui, après la rate, est le plus vivement touché par le paludisme.

Les apéritifs (amers, absinthe, etc.) exercent une action nocive sur le système nerveux, qu'ils déprécient après l'avoir excité.

Il faut surveiller les sorties. C'est avant le lever du soleil et après son coucher, que l'on contracte le paludisme, parce que pendant le jour les moustiques sont endormis et ne piquent pas. Si l'on est obligé de sortir la nuit, le port du costume antimalarique dont nous avons parlé protégerait suffisamment, mais Ton ne trouve que difficilement des personnes voulant s'astreindre d'une manière continue a revêtir semblable costume.

Dans le jour, on se garantira des ardeurs du soleil, l'insolation pouvant favoriser l'éclosion des fièvres palustres.

Il est bon de faire bouillir ou de filtrer l'eau destinée à la boisson : c'est une bonne précaution, surtout si le paludisme peut se transmettre par l'absorption des œufs ou des larves d'anophèles contenus dans l'eau d'alimentation.

Les soins corporels ne doivenf'pas être négligés. Nous avons vu qu'un médecin belge, le docteur Védy, attri-

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buait à l'inaction des voyageurs la facilité avec laquelle ils contractaient le paludisme, au Congo, alors que l'exercice les rendait plus aptes à résister à la malaria. L'exercice, nous le croyons, est indispensable, à la condition qu'il ne mène pas au surmenage.

L'hydrothérapie est la pratique hygiénique la plus impérieuse dans les pays à fièvres. Elle permet de se maintenir à l'abri de l'anémie, même pendant les plus fortes chaleurs. Les baini de mer, s'ils ne sont pas trop prolongés et trop répétés, ont des propriétés toniques, qu'on doit utiliser.

Bref, l'amélioration de toutes les conditions hygiéniques de l'existence, l'augmentation du bien-être général contribueront àatténuer l'endemicité malarique, ce que l'on peut exprimer en rappelant un vieux proverbe toscan, cité par nombre d'auteurs « La cura délia Malaria sla nella pentola ; le remède de la malaria est dans la marmite » ce qui veut dire que le paludisme, s'il fait des ravages parmi les populations faméliques, s'il décime les individus tarés physiquement, est beaucoup moins à craindre pour les organismes bien nourris, dont les moyens de défense sont intact et puissants.

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