CHAPITRE IX
Ls prhtce de Conti force les { passages des Alpes. Situation des affaires d'Italie.
Louis XV, au milieu de tous ces efforts, déclara la guerre au roi George II , et bientôt à la reine de Hongrie^ qui la lui déclarèrent aussi dans les formes, de ne' fut de part et d autre qu!une cérémonie de plus* Ni FEsriaene ni Naples né déclàrèrent ïa guerre, mais ilsïa
lent. \ ! v *
Don Philippe, à la tête de vingt mille Espagnols dont le marquis de là Mina était lé général , et le prince de Conti, suivi de vingt mille Français 7 inspirèrent
tous deux à leurs troupes cet esprit de confiance et de courage opiniâtre dont on avait besoin pour pénétrer dans le Piémont , où un bataillon peut à chaque pas arrêter une armée entière , où, il faut à tout moment combattre entre des rochers , des précipices et des torrents , et où la difficulté des convois n'est pas un des moindres obstacles. Le prince de Conti, qui avait servi en qualité de lieutenant général dans la guerre mal- . heureuse de Bavière , avait de l'expérience dans sa jeunesse. . ...
Le premier d'avril i?44? l'infant don Philippe et, lui passèrent le Var, rivière qui tombe des Alpes, et qui se jette dans la mer dcGènes, au-dessous de Nice. Tout le comté de Nice se rendit ; mais pour avancer il fallait attaquer les retranchements élevés près de Ville-Franche., et après eux: on trouvait ceux de la forteresse de Montalban au milieu des rochers qui forment une longue suite de remparts presque inaccessibles. On . ne pouvait marcher que par des gorges étroites, et par . des abîmes sur lesquels plongeait l'artillerie ennemie, et il fallait, sous ce feu, gravir de rochers en rochers. On trouvait encore jusque dans les Alpes des Anglais à combattre ; Vomirai Mattheus , après avoir radoubé ses vaisseaux, était venu reprendre l'empire de la n*er. Bayait débarqué lui-même. à Ville-Franche. Ses soldats étaient avec les Piémontais , et ses canonniers servaient l'artillerie. Malgré ces périls, le prince de Conti se présente au pas de Ville-Franche, rempart du Piémont, haut de près de deux cents toises, que le roi de ' . Sardaigne croyait hors d'atteinte , et qui fut couvert de Français et d'Espagnols. L'amiral anglais et ses matelots furent sur le point d'être faits prisonniers.
74 PRÉCIS ÙV SrÊCLE DE LOUIS XV.
= 19 juillet 1744= On avança, on pénétra enfin jusqu'à la vallée de Château - Dauphin. Le comte de Campo-Santo suivait le prince de Conti, à la tête des Espagnols, par une autre gorge. Le comte de Campo- Santo portait ce nom et ce titre depuis la bataille de Campo-Santo où il avaitfait des actions étonnantes; ce nom était sa récompense , comme on avait donné le nom de Bitonto au duc de Montemar après la ba-
- taille de Bitonto. Il n'y a guère de plus beau titre que celui d'une bataille qu'on a gagnée.
Le bailli de Givri escalade en plein jour un roc sut lequel deux mille Piémontais sont retranchés. Ce
- brave Cheverf , qui avait monté le premier sur les remparts de Prague, monte à ce roc un des premiers ; et cette entreprise était plus meurtrière que celle de Prague. On n'avait point de canon : les Piémontais
„ , foudroyaient les assaillants avec le leur. Le roi de Sardaigne , placé lui-même derrière cçs retranchements , animait ses troupes. Le bailli de Givri était blessé dès le commencement de l'action; et le nparquisde Villemur j instruit qu'un passage non moins important venait d'être heureusement forcé par les Français, envoyait ordonner la retraite. Givri la fait battre ; mais les officiers et les soldats trop animés ne Pécoutent point. Le lieutenant-colonel de Poitou saute dans les premiers retranchements; les jgrenadiers s'élançeht les uns sur les autres; et, ce qui est à peine croyable , ils passent par les embrasures mêmes du canon ennemi , , dans l'instant que les pièces ayant tiré'reculaient par leur mouvement ordinaire ; on y perdit près de deux, mille hommes , mais ils n'échappa aucun Piémontais,; Le rôi de Sardaigoe au désespoir voulait se jçter lui-,
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inêmc aa milieu des attaquants , et on eut beaucoup de peine à le retenir : il en coûta la vie au bailli de
Mais il en avait coûté encore moins qu'on ne devait s'attendre dans un tel terrain. Le comte <ie Campo- Santo, qui ne put i arriver à ce défilé étroit et escarpé où ce furieux combat s'était donné, écrivit au marquis dë la Malina , général de l'armée espagnole sous don Philippe : II se présentera quelques occasions où nous ferons aussi bien que les Français; car il nest pas possible de faire mieux. Je rapporte toujours les lettres des généraux ? lorque jy trouve des particularités intéressantes; ainsi je transcrirai x encore ce que le prince de Conti écrivit au roi, touchant r cette journée : C'est une des plus brillantes et des plus vives actions qui se soient jamais passées) les troupes y ont montré une valeur au-dessus de l'hurhanité. La brigade de Poitou, ayant M. d'Agenois à sa tête, s'est couverte de gloire. La bravoure et la présence d'esprit de M. de Chevert ont principalement décidé l'avantage. Je vous recommande M. deSolémi et le chevalier de Modène; La Carte a été tué; votre majesté, qui connaît le prix de l'amitié, sent combien j'en suis touché. Ces expressions d'un prince à un roî sont des leçons de vertu pour le reste des hommes 7 et Fkistoire doit les conserver.
Pendant qu'on prenait Château-Dauphin , il fallait* emporter ce qu on appelait les barricades; c'était un passage de trois toises entre deux montagnes qui s'élèvent jusqu'aux nues» Le roi de Sardaigne avait fait' couler dans ce précipice la rivière de Sture qui baigne*
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cette vallée. Trois retranchements et un chemin couvert par-delà la rivière défendaient ce poste,qu'on appelait les barricades; il fallait ensuite se rendre maître du château de i)cmont, bâti avec des lirais immenses sur la tête d'un rocher isolé, au milieu de la ^vallée de Sture; après quoi les Français, maîtres des Alpes, voyaient les plaines du Piémont. Ces barricades furent tournées habilement par les Français et par les Espagnols, la veille de l'attaque de Château -Dauphin. On les emporta presque sans coup férir, en mettant ceux qui les défendaient entre deux feux, Cet avantage fut un des chefs -d'oeuvre de l'art de la guerre; car il lut glorieux, il remplit l'objet proposé, et ne fut pas sanglant.