‹ Précis du siècle de Louis XV (volume 2)Chapitre 16 sur 42 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Prise du maréchal de Belle - Isle. L'emperèàr Charles VII meurt, mais la guerre n'en est qtie plus vive.

ILe roi de France, immédiatement après la prise de Fribourg, retourna à Paris, où. il fut reçu comme le vengeur de sa patrie , et comme un père qu on avait craint de perdre. Il resta trois jours dans Paris pour se faire voir aux habitants, qui ne voulaient que ce prix

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Le roi, comptant toujours maintenir l'empereur, avait envoyé à Munich, à Cassel et en Silésie , le maréchal de Belle-Isle, chargé de ses pleins-pouvoirs et de ceux de l'empereur. Ce général venait de Munich, résidence impériale , avec le comte son frère : ils avaient été à Gassel , et suivaient leur route sans défiance dans des pays où le roi de Prusse a partout des bureaux de poste qui , par les conventions établies entre les princes d'Allemagne, sont toujours regardés comme neutres et inviolables. Le maréchal et son frère, en prenant dès chevaux à un de ces bureaux, dans un bourg appelé Elbingrode , appartenant à l'électeur d'Hanovre ç forent arrêtcs'piar le bailli hanovrien , maltraités, et bientôt après transférés en Angleterre, ^ifc<tovèiribrë tyfo* Le

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chic de Belle-Isle était prince de l'Empire, et, par cette qualité, cet arrêt pouvait être regardé comme une violation des privilèges du collège des princes. En d'autres temps, un empereur aurait >cngé cet attentat; mais Charles VII régnait dans un temps où Ton pouvait tout oser contre lui , et où il ne pouvait que se plaindre. Le ministère de France réclama à la fois tous les privilèges des ambassadeurs et des droits de la guerre. Si le maréchal de Belle-Isle était regardé comme prince de l'Empire et ministre du roi de France , allant à la cour impériale et à celle de Prusse, ces deux cours n'étant point en guerre avec l'Hanovre, il parait certain que sa personne était inviolable'. S il était regardé comme maréclial dc France et général , le roi de France offrait de payer sa rançon et celle de son frère, selon le cartel établi à Francfort, le 18 juin 1743, entre la France et l'Angleterre.. La rançoti d'un maréchal de France était de cinquante mille livres, celle dun lieutenant général de quinze mille. Le ministre de George II éluda cès instances pressantes par une défaite inouïe : il déclara qu'il regardait messieurs de Belle-Isle comme prisonniers d'Etat. On les traita avec les attentions les plus distinguées, suivant les maximes de la plupart des cours curopéanes , qui adoucissent ce que la politique a d'injuste et ce que la guerre a de cruel par tout ce que l'humanité a de dehors séduisants.

•. L'empereur Charles VII , si peu respecté dans l'Em pire, et n'y ayant d'autre appui que le roi de Prusse, qui alors était poursuivi par le prince Charles, craignant que la reine de Hongrie ne le forçât encore de sortir de Munich, sa capitale, se voyant toujours le jouet de la fortune , accablé de maladies que les cha-

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griiis redoublaient, succomba enfin, et mourut à Munich à lage de quarante-sept ans et demi, =20 janvîet 1745= en laissant cette leçon au monde y que le plus haut degré de la grandeur humaine peut être le comble de la calamité. Û n'avait été malheureux que depuis qu'il avait été empereur. La nature dès-lors lui avait fait plus de mal encore quç la fortunée. Une complication de maladies douloureuses rendit plus violent^ les chagrins de lame par les souffrances du, corps, et le conduisit au tombeau. U avait la goutte et la pierre; on trouva ses poumons, son foie et son estomac gangrenés y des pierres dans.ses reins, un polype dans son cœur; on jugea qu'il n'avait pu, dès long- temps, être uh moment sans souffrir. Peu de princes ont eu de meilleures qualités. Elles ne servirent qu'à son malheur, et ce malheur vint d'avoir pris un fârdeau qu'il ne pouvait soutenir.

'-Le corps de cet infortuné prince fut exposé vêtu à l'ancienne mode espagnole; étiquette établie par Charles-Quint, quoique depuis lui aucun empereur n'ait été espagnol , et que Charles VU n'eût rien de commun avec cette nation. U fut enseveli avec les cé-. rémonies de l'Empire , et dans cet appareil de la vanité de la misère humaine, on porta le globe du monde devant celui qui, pendant la courte d née de son empire, n'avait pas même possédé une petite et malheureuse province; on lui donna dans quelque^ rescrits }e titre d'invincible, titre attaché par l'usage à la dignité d'empereur , et qui ne faisait que mieux sentir les malheur* de celui qui l'avait possédée.

On crut que la cause de la guerre ne subsistant plu% le calme pouvait être rendu à l'Europe. On ne pouvait

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offrir Pempire au fils de Charles VII, âgé de dix-wpt ans. On se flattait, en Allemagne, que la reine de Hongrie rechercherait la paix comme un moyen sûr de placer enfin son mari, le grand duc, sur le trône impérial; mais elle voulut et ee trône et la guerre. Le ministère anglais, qui donnait la loi à ses alliés, puisqu'il donnait l'argent, et qui payait à la fois la reine de Hongrie, le roi de Pologne et le roi de Sardaigne, crut qu'il y avait à perdre avec la France par un traité , et k gagner par les armes.

Cette guerre générale se continua, parce quelle était commencée. L'objet n'en était pas le même dans son principe. C était une de ces maladies qui, à la longue, changent de caractère. La Flandre, qui avait été respectée avant 1744? était devenue le principal théâtre; et l'Allemagne fut plutôt pour la France un objet de politique que d'opérations militaires. Le ministère de France, qui voulait toujours faire un empereur, jeta les yeux sur ce même Auguste II, roi de Pologne, éleoteur de Saxe, qui était à la solde des Anglais; mais la France n'était guère en état de faire de telles offres. Le trône de l'Empire n était que dangereux pour quiconque n'a pas l'Autriche et la Hongrie. La cour de France fut refusée : l'électeur de Saxe n'osa ni accepter cet honneur, ni se détacher des Anglais, ni déplaire à la reine. Il fut le second électeur de Saxe qui refusa d'être empereur. '■ ■

II ne resta à la France d'autre parti que d'attendre du sortdes armes la décision de tant d'intérêts divers, qui avaient changé tant de fois, et qui, dans tous' leurs changements', avaient tenu l'Europe en alarma.

Le nouvel électeur de Ikvièrej Ma^Èien-Jbsepb^

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était le troisième de père en fils que la France soûle* nait. Elle avait fait rétablir l'aïeul dans ses Etats; elle avait fait donner ffimpire au père, et le roi fit ttù nouvel effort pour secourir encore le jeune prince. Six mille Hessqis h sa solde, trois mille Palatins et treize bataillons d'AlIcmahds, qui sont depuis long-temps dans les corps des troupes de France, s étaient déjà joints aux troupes bavaroises, toujours soudoyées par le roi. »

Pour que tant de secours fussent efficaces, il fallait . que les Bavarois se secourussent' eux-mêmes; mais leur destinée était de succomber sôus les Autrichiens *t ils défendirent si malheureusement l'entrée de leur pays, que, dès le commencement d'avril, le nouvel électeur de Bavière fut obligé de sortir de cette môme capitale que son père avait été forcé de quitter tant de fois. =aa arril 17 44 = Les malheurs de, sa maison le forcèrent enfin d ? avoir recours à Marier-Thérèse ellemême, de § renoncer à l'alliance de la France, et dè recevoir Vargent des Anglais comme les autres.

Le parti qu'on prit fut de se défendre en Italie et en Allemagne, et d'agir oflensivement ' en Flandre: c était Fancien théâtre de la guerre , et il n'y a pas un . seul champ dans cette province qui n ait été arrosé de sang. Une armée vers le Mein empêchait les Autrichiens de se porter contre le roi de Prusse, alors allié de la Fiance, avec des forces trop supérieures. Le ma- • réchal de Maillebois était parti de l'Allemagne pour (Italie ; et le prince de Conti fut chargé de la guen* vers le Mein , qui détenait d'une espèce toute con* traire à celle qu'il avait faite dans les Alpes, * Le roi voulut aller lui-même, achever en. Flandre

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\ les conquêtes qu'il avait interrompues Tannée précédente. Il venait de marier le dauphin avec la seconde î infante d'Espagne, au mois de février iy45 î e * C* | jeune prince, qui n'avait pas seize ans accomplis, se pré- | para à partir, au commencement de mai, avec son père | Le roi , abandonné de ceux pour qui seuls il avaft j commencé la guerre , fut obligé de la continuer sans avoir d'autre objet que de la faire cesser; situa tioi* triste qui expose les peuples , et qui ne leur promet j nul dédommagement.

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