‹ Précis du siècle de Louis XV (volume 2)Chapitre 17 sur 42 · I " CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

I " CHAPITRE XV

Siège de Tournai. Bataille de FontenoL

Le maréchal de Saxe était déjà en Flandre à la tête de l'armée, composée de cent six bataillons complets et de cent soixante et douze escadrons. Déjà Tournai ,, cette ancienne capitale de la domination française, était investi. C'était la plus forte place de la barrière. La ville et la citadelle étaient encore un des chefs-d'œuvre du maréchal de Vauban ; car il n'y avait guère de place en Flandre dont Louis XIV n'eût fait construire les fortifications. •

Dès que les états généraux des sept Provinces apprirent que Tournai était en danger , ils mandèrent tpi'il fallait hasarder une bataille pour secourir la ville; Ces républicains , malgré leur circonspection , furent ! alors les premiers à prendre des résolutions hardies. Ait 5 niai 1745 * les alliés avancèrent à Cambron , à tept Keues de Tournai, Le roi partit le G de Paris avec

le dauphin. Les aides-de-camp du roi^ les menins da dauphin les accompagnaient.

La principale force de Farinée ennemie consistait en vingt bataillons et vingt-six escadrons anglais, sous le jeune duc de Cumberland, qui avait gagné avec le roi son père la bataille de Dettingue : cinq .bataillons et seize escadrons hanovriens étaient joints aux Anglais. Le prince de Valdeck , à peu près de l'âge du duc de Cumberland , impatient de se signaler, était à la tête de quarante escadrons hollandais et de vingt-six bataillons. Les Autrichiens n'avaient , dans cette armée , que huit escadrons. On faisait la guerre pour eux dans la Flandre , qui a été si long-temps défendue par les armes et par l'argent de l'Angleterre et de la Hollande : mais à la tête de ce petit nombre d'Autrichiens était le vieux général Kœnigsek,qui avait commandé contre les Turcs en Hongrie , et contré les Français en Italie et en Allemagne. Ses conseils devaient aider l'ardeur du duc de Cumberland et du prince de Val* deck. On comptait dans leur armée au-delà de cinquante-cinq mille combattants. Le roi laissa devant Tournai environ dix-huit mille hommes^ qui étaient postés en échelle jusqu'au champ de bataille; six mille pour garder lçs ponts sur l'Escaut et les communications* . . :

avait la^plus juste confiance. Le comte de Saxe avait déjà mérité sa' grande réputation par de savantes retraites en Allemagne et par sa campagne de 1744 5 ^ joignait une théorie profonde à la pratique. La vigilance, le secret, l'art de savoir diflérer à propos un projet , et celui de l'exécuter rapidement } le. coup

précis du siiciE de tours xr.. iog

cPœil , les ressources, la prévoyance étaient ses talents, de l'aveu de tous les officiers : mais alors ce général, consumé dWe maladie de langueur , était presque mourant. Il était parti de Paris très malade pour l'armée ; Fauteur de cette histoire Fayant môme rencontré avant son départ , et n'ayant pu s empêcher dé lui demander comment il pourrait faire dans eet état de faiblesse le maréchal lui répondit : // ne s'agit pas de vivre , mais de partir.

Le roi étant arrivé le 6 mai 1745 à Douai , se rendit le lendemain à Pofotachin près de l'Escaut , à portée des tranchées de Tournai, De-là il alla reconnaître le terrain qui devait servir de champ de bataille. Toute Tannée, en voyant le roi et le dauphin, fit entendre des acclamations de joie. Les alliés passèrent le 10 et la nuit du n à faire leurs dernières dispositions. Jamais le roi ne marqua plus de gaité que la veille du combat. La conversation roula sur les batailles où les rois s étaient trouvés en personne. Le roi dit que depuis la bataille de Poitiers aucun roi de France n'avait combattu avec son fils , et qu'aucun depuis Saint-Louis n'avait gagné de victoire signalée contre les Anglais ; qu'il espérait être le premier. H fut éveillé le premier , le jour de Faction : il éveilla luimême à quatre heures le comte d'Àrgenson , ministre de la guerre, qui dans Finstant envoya demander au mâréchal de Saxe ses derniers ordres. On trouva le maréchal dans nne voiture d'osier qui lui servait de lit, et dans laquelle il se faisait traîner quand ses forces épuisées ne lui permettaient plus d'être à chenal. Le roi- et son fils avaient déjà passé un pont sur l'Escaut ù Galonné y Us allèrent prendre leur poste par-delà la

110 PRÉCIS DU SIECLïf DE LOUIS XV,

justice de Notre-Dame-aux-Bois , à mille» toises de ce pont, et précisément à l'entrée du champ de bataille. ^ .....

La suite du roi et du dauphin , qui composait une troupe nombreuse , était suivie dune foule de personnes de toute espèce qu'attirait, cette journée, et dont quelques-uns même étaient montés sur des arbres pour voir le spectacle d une bataille.

En jetant les yeux sur les cartes, qui sont fort corn* mûries, on voit d'un coup -d œil la disposition des deux armées. On remarque Àntoin assez près de FEs?caut, à la droite de Tannée française, à neuf cents toises de ce pont de Galonné par où le roi et le dau* phin s étaient avancés ; le village de Fontenoi pardelà Antoin presque sur la même ligne; un espace étroit de quatre cent cinquante toises de large, entre Fontenoi et un petit bois qu'on appelle le bois de Barri. Ce bois , ces villages étaient garnis de canons comme retranché. Le maréchal de Saxe avait établi des redoutes entre Àntoin et Fontenoi : d'autres re* doutes aux extrémités du bois de Barri fortifiaient cette enceinte. Le champ de bataille n'avait pas plus de cinq cents toises de longueur, depuis l'endroit où était le roi, auprès de Fontenoi, jusqu'à ce bois de Barri, et n'avait guère plus de neuf cents toises de large; de sorte que Ton allait combattre en champ clos, comme à Dettingue, mais dans une journée plus mémorable.

Le général de l'armée française avait pourvu à la victoire et à la défaite. Le pont de Calonne, muni de canons , fortifié de retranchements , et défendu par quelques bataillons , devait servir de retraite au roi et au dauphin , en cas de malheur. Le reste de l'armé*

puieis DU^Slèctï DE LOUIS XV. III

aurait défiléaJors par d'autres ponts sur le bas Escaiit par-delà Tournai/» t » N

On prit toutes les taesures qui se prêtaient un secours mutuel sans qu elles pussent se traverser. L'armée de France semblait inabordable; car le feu croisé, qui partait dé£ fedoûtes du bqiè de Barri et du village de Fontenoi; défendait toute approche* Outre ces précautions , on avait encore placé si* canons de seize livres déballe au-deçà de lï£scaùt ? pour foudroyer les troupes qui attaqueraient le' village d'Antoin .

On commença, à se panonner de part et d 1 autre , h $\x heutës dit* matin. Le maréchal de Noâillës était alors auprès de Fontenoi , et rendait compté au maréchal de Saxe d'un ouvrage qu'il avait fait à l'entrée de k nuit pour joindre le village de Fontenoi à la première d&s trois redoutes , entre Fontenoi et Antoin : il luj servit de premier aide-de-camp , sacrifiant la ja- . loufcie du commandement au bien de l'Etat, et s 1 oubliant soi-même pour un général étranger et moins an* cien. Le maréchal de Saxe sentait tout le prix de cette magnanimité ; et jamais on ne vit une union si grande entre deux hommes que la faiblesse ordinaire du cœur humain pouvait éloigner Fun de Fautre.

Le maréchal de Noailles ctnbrassait le duc de Grammont , son neveu , et ils se séparaient , l'un pour re» tourner auprès du roi , l'autre pour aller à son poste 7 lorsqu'un boulet de canon vint frapper le duc dè Grammont à mort : il fut la première victime de cette journée. .

Les Anglais attaquèrent trois fois Fontenoi , et les Hollandais se présentèrent à deux reprises, devant Antoifa. A leur seconde attaque, on vit un escadron.

na précis do siècle: de zovts xv.

hollandais emporté presque tout entier par le c^ûoa , d'Antom : il n'en resta que quinze hommes, et les Hollandais ne se présentèrent plus dès ce moment.

Alors le duc de Cumberland prit une résolution qui pouvait lui assurer le succès dé cette journée. Il ordonna à un major-général > nommé' IfcgoUbi, d'entrer dans le bois de Barri y de pénétrer jusqu'à la redoute de ce bois , vis-à-vis Fontenoi , et de l'emporter. Ingolsbi marche avec les meilleures troupes pour exécuter cet ordre; il trouve dans le bois de Barri un bataillon du régiment d'un partisan : c'était ce qu'on appelait les Grassins, du nom de celui qui les avait formés. Ces soldats étaient en avânt dans le bois , pardelà la redoute 3 couchés par terre. ingolsbi Crut que c'était un corps considérable : il retôurrie auprès du duc de Cumberland , et demande du cânon. Le temps se perdait. Le prince était au désespoir d'uiie désobéissance qui dérangeait toutes ses mesures , et qu'il fit ensuite punir à Londres par un conseil de guerre qu'on appelle cour martial^. ' - '

Il se détermina sur-le-champ à passer entre cefte redoute et Fontenoi. Le terrain était escarpé; il fallait franchir un ravin profond ; il fallait essuyer tout le feu de Fontenoi et de la redoute. L'entreprise était audacieuse : mais il était réduit alors, ou à ne point combattre , ou à tenter ce passage.

Les Anglais et les Haîiovriens s'avancent- avec lui sans presque déranger leurs rangs, tenant leurs canons à bras par les sentiers ; il les forme sur trois lignes assez pressées , et de quatre de hauteur chacune , avançant entre les batteries de canon qui les foudroyaient dans un terrain d'environ quatre cents toises

j. . PRECIS nV SIÈCLE 0B LOXJIS XV. Il3

de large. Des rangs entiers tombaient morts à droite et à gauche ; ils étaient remplacés aussitôt; et les canons qu'ils amenaient à bras vis-à-vis Fontenoi et devant les redoutes , répondaient à l'artillerie française. En cet état, ils marchaient fièrement, précédés de six pièces d'artillerie , et en ayant encore six autres au milieu de leurs lignes.

Vis-à -vis d'eux se trouvèrent quatre bataillons de gardes -françaises, ayant deux bataillons de gardes suisses à leur gauche, le régiment de Courten à leur droite, ensuite celui d'Aubeterre , et plus loin le régiment * du roi qui bordait Fontenoi, le long d'un chemin creux.

Le terrain s'élevait à l'endroit où étaient les gardesfrançaises jusqu'à celui où les Anglais se formaient.

Les officiers des gardes-françaises se dirent alors les uns aux autres : il faut aller prendre le canon des Anglais. Ih y montèrent rapidement avec leurs grenadiers, mais ils furent bien étonnés de trouver une armée devant eux. L'artillerie et la mousqueterie en v couchèrent par terre près de soixante, et le reste fut . obligé de revenir dans ses rangs.

Cependant les Anglais avançaient, et cette ligne d'infanterie, composée des gardes -françaises et suisses et de Courten, ayant encore sur leur droite Aubeterre et un bataillon du régiment du roi , s'approchait de l'ennemi. On était à cinquante pas de distance. Un * régiment des gardes-anglaises, celui de Cambel et le royal-écossais étaient les premiers : M. de Cambel était leur lieutenant général; le comte d'Albermale, leur général major; et M. de Cburchil, petit-fils naturel du grand duc de Marlborough , leur brigadier. Les oJïi- «ers anglais saluèrent les Français en ôtant leurs ^ha-

Il4 PRÉCIS DU SIÈCLE DE LOUIS XY.

peaux. Le comte de Çhabanes, le duc de Biron, qui tétaient avancés, et tous les officiers des gardes-françaises, leur rendirent leur salut. Milord Charles Hai, capitaine aux gardes - anglaises y cria ; Messieurs des gardes -français es y tirez. \

Le comte de Hauteroche, alors lieutenant des grenadiers et depuis capitaine, leur dit à voix haute: Messieurs, nous ne tirons jamais les premiers p tirez vous-mêmes. Les Anglais firent un feu roulant, c'està-dire, qu'il? tiraient par divisions; de sorte que, le front d'un bataillon sur quatre hommes de hauteur ayant tiré, un autre bataillon faisait sa décharge, et ensuite un troisième, tandis que les premiers rechargeaient. La ligne d'infanterie française ne tira point ainsi : elle était seule sur quatre de hauteur, les rangs assez éloignés, et n'étant soutenue par aucune autre troupe d'infanterie. Dix-neuf officiers des gardes tombèrent blessés â cette seule charge. Messieurs de Clisson, de Langey, de Peyre y perdirent la vie ; quatre-vingtcinq soldats demeurèrent sur la <place ; deux cent quatre-vingt-cinq y reçurent des blessures ; onze officiers suisses tombèrent blessés, ainsi que deux cent neuf de leurs soldats, parmi lesquels soixante - quatre furent tués. Le colonel de Courten, son lieutenant colonel, quatre officiers, soixante-quinze soldats tombèrent morts : quatorze officiers et deux cents soldats furent blessés dangereusement. Le premier fang ainsi emporté, les trois autres regardèrent derrière eux, et ne voyantqu'une cavalerie à plus de trois cents toises, ils se dispersèrent; Le duc de Grammont , leur* colonel et premier lieutenant gériéral, qui aurait pu lès faire soutenir, était tué.. M. de Lut taux-, second lieutenant

PRÉCIS DU SIÈCLE DE LOUIS XV. Il5

général, n'arriva que dans leur déroute. Les Anglais avançaient à pas lents, comme faisant l'exercice. On voyait les majors appuyer leurs cannes sur les fusils des soldats pour les faire tirer bas et droit. Ils débordèrent Fon ténor et' la redoute. Ce corps, qui auparavant était en trois divisions, se pressant par la nature du terrain, devint une colonne longue et épaisse, prcsqu'inébranlable par sa masse, et plus encore par

son courage ; elle savança vers le régiment dAubcterre. M. de Luttaux, premier lieutenant général de l'armée, à la nouvelle de ce dajigcr, àccourt dé Fontenoi, où il venait d'être blessé dangereusement. Son aide de camp le suppliait de commencer par faire mettre le premier appareil à sa blessure : Le service, du roi, lui répondit M. de Luttaux, m'est plus citer que ma vie. Il s'avançait avec le duc de Biron à la tête du régiment d'Aube terre, que conduisait son colonel de ce nonn JLuttaux reçoit en arrivant deux coups mortels.

Le duc de Biron a un cheval tué sousdui. Le régiment

or*

duc de Biron arrête alors, avec le régiment du roi qu'il commandait, la marche de la colonne par son flanc gauche. Un bataillon des gardes -anglaises se détache, avance quelques pas à lui, fait une décharge très meurtrière, et revient au petit pas se replacer à la tête de la colonne qui avance toujours lentement sans jamais se déranger, repoussant tous les régiments qui viennent l'un après l'autre se présenter devant elle,

Ge corps gagnait dû terrain, toujours serré, toujours ferme. Le maréchal de Saxe , qui voyait de sangfroid combien l'affaire était périlleuse, fit dire au roi par le marquis de Meuse, qu il le conjurait de repasser

m6 précis du srè CL E DÉ rouis tv.

le pont avec le dauphin qu'il ferait ce qii'ii pourrait pour remédier au désordre. Oh ! je suis bien sûr qu'il fera ce qu'il faudra, répondit le roi, mais je resterai où je suis. ' '

Il y avait de Pétonnement et de la confusion dans l'armée depuis le moment de la déroute -des gardes françaises et suisses. Le maréchal de Saxe veut que la cavalerie fonde sur la colonne anglaise. Le comte d'Estrées y court ; mais les efforts de cette cavalerie étaient peu de chose contre une masse d'infanterie si réunie , si disciplinée et si intrépide, dont le feu toujours roulant et soutenu éeârtait nécessairement de petits corps séparés ; on sait d'ailleurs quéla cavalerie no peut guère entamer seule une infanterie serrée. Le maréchal de Saxe était au milieu de ce feu : sa maladie ne lui laissait pas la force de porter une cuirasse ; il portait une espèce de bouclier de plusieurs doubles de taffetas piqiié qui reposait sur Tarçon de sa selle. Il jeta son bouclier et courut faire avancer la seconde ligne de cavalerie contre la colonne.

Tout l'état major était en mouvement. M. de Vaudreuil, major général de l'armée, allait de là droite à la gauche. M. de Puységur, MM. de Saint- Sauveur, de Saint - George , de Mézière , aides maréchaux des logis, sont tous blessés. Le comte de Longaunai, aide major général, est tué. Ce fut dans ces attaques que le chevalier d'Aché , lieutenant général , eut le pied fracassé. 11 vint ensuite rendre compte au roi , et lui parla long-temps sans donner le moindre signe des douleurs qu'il ressentait, jusqu'à ce qu 'enfin il tomba évanoui.

Plus la colonne anglaise avançait, plus elle devenait profonde et en état de réparer les pertes ow*ti«

nnelles que lui causaient tant d'attaques réitérées. Elle marchait toujours serrée au travers des morts et des blessés des deux partis , et paraissait former un seul corps d'enviroivquatorze mille hommes.

Ufc très grand nombre de cavaliers furent poussés en désordre jusqu'à l'endroit ou était le roi avec son fils. Ces deux princes furent séparés par la foule des fuyards qui se précipitaient entre eux. Pendant ce désordre, les brigades des gardes du corps qui étaient en réserve, s'avancèrent d'elles-mêmes aux ennemis. Les chevaliers de Suzi et de Saumeri y furent blessés à mort. Quatre escadrons de la gendarmerie arrivaient presque en ce moment de Douai ; et malgré la fatigue dune marche de sept lieues, ils coururent aux ennemis. Tous ces corps furent reçus comme les autres, avec la même intrépidité et le môme feu roulant. Le jeune comte de Chevrier, guidon, fut tué ; c'était le jour même qu'il avaiuété reçu à sa troupe. Le chevalier de Monaco, fils du duc de Valentinois, y eut la jambe percée. M. du Guesclin reçut une blessure dangereuse. Les carabinier^ donnèrent ; ils eurent six officiers renversés morts , et vingt-un de blessés.

Le maréchal de Saxe, dans le dernier épuisement, était toujours à cheval , se promenant au pas au milieu àu feu. II passa sous le front de là colonne anglaise pour voir tout de ses yeux, auprès du bois de Barri, vers la gauche. On y faisait les mêmes manœuvres qu'à la droite. On tâchait en vain d ébranler cette colonne. Les régiments se présentaient les uns après les autres, et la masse anglaise faisant faCe de tout côté, plaçant à propos son canon, et tirant toujours par di- Wion , nourrissait çefeu continu quand elle était atta-

Il8 PRÉ C I 5 DU SIÈCLE DE LOUIS XV.

cfuée ; et après l'attaque , elle restait immobile et ne tirait plus. Quelques régiments d'infanterie Entrent encore affronter cette colonne par les ordres seuls de

leurs commandants. Le maréchal de Saxe en vît un

dont les rangs entiers tombaient, et qui ne se dérangeait pas. On lui dit que c'était le régiment des vaisseaux que commandait M. de Guerchi. Comment se peut - il faire , s'écria -t- il, que de telles troupes ne sàient pas victorieuses?

Hainault ne souffrait pas moins ; il avait pour céloaèl le fils du prince de Craon , gouverneur de Toscane : le père servait le grand duc ; les enfants servaient le roi dé France. Ce jeune homme , d'une très grande espérance, fut tué à la tête de sa troupe; son lieutenant colonel blessé à mort auprès de lai. Le régiment de Normandie s'avança; il eut autant d'officiers et de soldats hors de combat que celui de Hainault : il était mené par son lieutenant colonel, M. de Solenci , dont lo roi loua la bravoure sur je champ de bataille , et qu il récompensa ensuite en le faisant brigadier. Des bataillons -irlandais coururent au flanc de cette colonne : le colonel Dillon toi

in

attaque n'avaient pu entamer la colopne, parce que rien ne s'était fait de concert et à la fois;

' Le maréchal de Saxe repasse pa? le front de Ta colonne, qui s'était déjà avancée plus de trois cents pas au-delà de la redoute d'Eu et de Fontenoi. Il va voir si: Fontenoi tenait encore : on n'y avait plus de bouléts; on ne répondait à ceux des ennemis qu'avec de la poudre.

- M; du Brocard , lieutenant général d'artillerie , & plusieurs officiers d'artillerie étaient tués. Le

Djgitized by GooqI<

PRÉCIS DU SIÈCLE DE L.OTJIS XV. Il6

chai pria alors le duc d'Harcourt, qu'il reuçon tra, d'aller conjurer le, roi de s'éloigner, et il envoya ordre au cpm te de I3 Mai;k , qui gardait Antoin , d'en sortir avec le régiment de Piémont; la bataille parut perdue sans ressource. On ramenait de tous côtés les canons de campagne; on était près de fairepartir celui du village de Fontenoi, quoique des boulets fussent arrives. L'intention du maréchal de Saxe était de faire, si Ton pour vait , un dernier eflbrt mieux dirigé et plus plein contre la colonne anglaise. Cette masse d'infanterie avait été endommagée, quoique sa profondeur parût toujours égale; elle-même était étonnée de se trouver au milieu des Français, sans avoir de cavalerie ; la colonne était immobile , et semblait ne recevoir plus d'ordre ; mais elle gardait une contenance fière , et paraissait être maîtresse du champ de bataille. Si les Hollandais avaient passé entre les redoutes qui étaient vers Fontenoi et Antoin, s'ils étaient venus dcuiner la main aux Anglais, il n'y avait plus' de ressource, plus de retraite même, ni pour l'armée française, ni probablement pour le roi et son fils. Le succès d une dernière attaque était incertain. Le maréchal de Saxe, qui voyait la victoire ou l'entière défaite dépendre de cette dernière attaque, songeait à préparer une retraite sûre; il envoya un second ordre au comte de la Mark d'évacuer Antoio , et devenir vers le pont de Calonne, pour favoriser cette retraite, en cas d'un dernier malheur. Il fait signifier un troisième ordre au comte depuis duc de Lorges, en le rendant responsable de l'exécution; le comte de Lorges obéit à regret. On désespérait alors du succès de la journée, (a)

(a) Les citoyen» dea viUei ^qui^ani leor k iaur«u« oi^iyei^

Un conseil assefc^ ttixmihuéifÈnSg^efrait ânprès 3u roi; on le pressait, delà prt^a%éf%àltet au nom 3c la France, de ne pas s'expôser HaV&Atagé. Le duc de Richelieu j lieutenant général et^ô^s^rvalt en qualité d'aide de camp du roi, arriva to.-c^fediôerit, H vënàit

de reconnaître la colonne p!*5 fr d#'f f ontehoi. Ayant ainsi couru de tous côtés san^ éStrtfl&e&ë^ tl sfe présente hors d'haleine;, ItëpéeU'la mïty&pfaïëfa de poussière. Quelle nouvelle appof té&->fai!&f Itti^t le marèchai de Noailles? quel est votieatiki^Mâ'iiotivèlle, dit lé duc de Richelieuy esttqUe la tetâiilë^'gagnée si on le veut, et mon avis est quWfassejavlMlwr dans l'instant quatre carions contre le<fifonl<deta Golonne ;'pendant que cette artillerie iebrirol^ifte ftkafton du roi et les autres. troupes IWomt^^ elle comme des foûrmgeùrs* -ti&iqÀ'm 1-eûdit de ptfe* mier à cette idée; ' ^ ' f à* ir -tr. :>V;

Vingt personnes se détaehtent3 Le duede P&pnigû^ , appelé depuis le duesde ChidU^^Mré ftoiîitei ces quatre pièces; on les^placBWB^àavfelflr eofotincaBglaise. Le duc de ^ Richelieu 'cbtbft Hp ïmdte' abattue ia i nom du roi. la ire marcher sa maison-,; <2 dAnoncc celle nouvelle 4 M, dfi;3VIontesson,^ài'la4)i»mntandtftevLe prince Je Soubisc rassemble ses' gendarmes , le duc de

lisent dans les imcuftiriés histoire* M T&kmWïdWb'àUl^ïe Zama, de Canne, de Pharsale , peti^iffi ¥*peihfc dôhiprtwdre le* combats de* nos jours. On s'ap|>r,qçfcirTifo.aldr^ lie*^ciKS n'étaient (pie Je .préside i c'était fr qjfi pi^e^r^t^ans les rangs opposés; la fgree du^cpi^s^^adr^sse, ^ la grgmpiitade faisaient tout : on 6e mêlait. Une BatafLle > était une multitude «le combats par tïèuliéf s il y kvàrj; m'oïhs ae/Djrûjt et plus de carnage. La manière de combattr^d'â^urrî 1 ^ «rente c^ue celle, dé fortifier et iâttatjuér ïri'*ttléïk ^ * w f

Diai tized bv^ o ff gfe |

Clmulnes ses chevau-légers , tout se forme et marche; quatre escadrons de la gendarmerie avancent à la droite de la maison du roi ; les grenadiers à cheval sont à la tête, sous M. de Grille , leur capitaine ; lerf mousquetaires , commandés par M. de Jumilhac, se précipitent.

Dans ce même moment important , le comte d'Eu et le duc de Biron , & la droite , voyaient avec douleur les troupes d'Antoin quitter leur poste, selon Tordre positif du maréchal de Saxe. Je prends sur moi la désobéissance , leur dit le duc de Biron : je suis sûr que le roi l'approuvera, dans tin instant où tout va changer de face ; je réponds que M, le maréchal de Saxe le trouvera bon. Le maréchal, qui arrivait dans cet endroit, informé de la résolution du roi, et de la bonne volonté des troupes, n'eut pas de peine à se rendre-, il changea de sentiment lorsqu'il en fallait changer, et fit rentrer le régiment de Piémont dans Àntoin ; il se porta rapidement, malgré sa faiblesse, de la droite à la gauche vers la brigade des Irlandais, recommandant à toutes les troupes qu'il rencontrait^ chemin de ne plus faire de fausses charges , et d'agir de concert.

Le duc de Biron , le comte d'Estrées , le marquis de Croissi, le comte de Lovendlïal, lieutenants généraux, dirigent cette attaque nouvelle. Cinq escadrons de Penthièvre suivent M. de Croissi et ses enfants. Les régiments de Chambrillant, de Braucas, de Brionne, Aubçterre, Courten, accourent guidés par leurs colonels; le régiment de Normandie, les carabiniers, en- , tient dans les, premiers rangs de la colonne, et vengent leurs camarades tués dans leur première charge* Les Irlandais les secondent. La colonne itait attaquée i la fou de front et par les deux flancs.

1*3 CIS* D Û SIECLE BE*t«OtriS *V.

Eti sept ou huit minutes t Ont cfe COrps fcfrfivkfclA; est ouvert de tous côtés ; le .général- P&stoiriby , le frère du comte d'Àlbermale, cinq capitaines aux gardes, W nombre prodigieux d'officiers- étaient Renversés morts.- Los Anglais ^e ràiiiè#eftt , mais ils ^dèren t ) ils quittel'eut le champ de brttaîllc sans tumrôhe^ sans confusion, it forent vaincus avete honneur.

Le Toi d*?#¥aiioe allait de régiment *eti régiment ; tes cm de victoire et de vive le roi, les chapeaux fen l'air, les étendards £t les drapeaux gercés de balles , les félicitations réciproques des dfficiers qui s-embrassaienit, tournaient tm. spectacle dont tout lé monde jouissait avfcc une j/ûc tumultueuse. Le roi ëtait 'tran(jif31e, téraéignant «a satisfaction et sa reconnaissance à tous les officiers généraux et k tous tes commandants liés e&rps; $ -ordonna qu on eût soin «des hfes^s, et qu'on traitât 4es cfonemis comme ses propres sujets.

-Le maréchal de Saxe , *m milieu de ce trïoinphe , sé ftf^porScr vers 3ë roi ; il>rétroùvaun 'reste de'force pour eoifbistè&et* sos genoux, et ponr lui direces proprespa- ; rôles xSirCyïai msezwècuf fe vivre <iujourd'1tui<que pour voir votre majëdté vïetorieufe. F^us voyez-, ajoutait-il ensuite, a qtioi tiennent tés teîmi/^.ïLe rnifle -releva etlerobrassa tendrement.

il dit au duc de -Richelieu : Je n'oublierai' jatnais : lé sowice înïportam que vous -m'a vez r^ndu. Il p.irla de même au duc de Tîiron. Le marëchrvl de S;*xe dfr'au roi :« Sire , U faut que je me reproché iihà fintàr.W aurai* dû mettre une redoute de yliis-Onfre fe^btiis dû Barri et Fmmnoi,; maisfe riài pas 4ru *ft£U j'ë&t Htt géméram: aé$**ïiardi$ ^ ^ar lii^^er 7^^r<rir^ : endroit. .• J ; i" «'-" X\.<h* '%* ' *

PRiCES DV srÉCLE BE fcOUIS XV. 1^3

• Les alliés avaient perdu neuf mille lw>mmes , parmi lesquels il y avait environ deux mille prisonniers. Ils n'en firent presque aucun sur les Français.

Parie compte exactement rendu au major général de l'infanterie française , il ne se trouva que seize cent quatre- vingt -un soldats ou sergents d'infanterie tués sur la place, et trois auiiliVdeux cent quatre-vingtdeux blessés. Parmi les officiers, cinquante-trois seulement étaient morts sur le champ d<ï bataille ^trois cent vingt-trois étaient e& danger de mort par leurs blessures. La cavalerie perdit environ dix - huit cents hommes.

' Jamais , vdepuis qu'on tait la guerre, on n'avait pourvu avec plus de soin à soulager les maux attachés à ce fléau. Il y avait-des hôpitaux préparés dans toutes les villes voisines, et surtout à Lille; les églises même étaient employées à cet usage digne à elles; non-seulement auGun secours,, mais ^ucore aucune commodité ne manqua ni aux Français ./ni à leurs prisonniers blessés. Le a'èlc *Mème ^des tâtoyens alla trop loin; on ne cessait dVrppôîter^de tous cotés aux ïnalades.des ali- 1 ments délicats, et les médecins des liôpitaux furent obligés de mettre un .frein; à .cet excès dangerqux de bonne volonté. Enfin tes hôpitaux éuûaut si bien servis^ tpie presque tous ks officiers aimaient mieux y être ^traités que chex des part iculiers ; et c'est ce tju on n'avait point encore Vu.

*On est ëntré dans les détails sur cette seule bataille de Fontonoi. Son importance, . le .danger du roi et du da,uphin,rpxigeaient.,CeUe «fôtion ^[écidardu sart de la gu < ?r re ? prépara la conquète^des Paya*Bas,,et servit de contrepoids à tous les événements malheureux. t*r<jm

fa} PRECIS DU SIÈCLE DE LOUIS XV*

rend encore cette bataille à jamais mémorable, c'est quelle fut gagnée lorsque le général, affaibli et presque expirant, ne pouvait plus agir. Le maréchal de Sa ie avait fait la disposition, et les officiers français renir portèrent la victoire: (a) ' " .

Page 1