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CHAPITRE XVII

Affaires d'Allemagne. François de Loprainê, grand duc de Toscane, élu empereur. 'Armées autriclïîenne et saxonne battues par Frédéric Uf, roi de Prusse. Prise de Dresde.

Ïjes prospérités de- Louis XV s accrurent toujours dftfcs les Pays~ Bas ; la supériorité de ses armées la

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facilité du service en tout genre , la dispersion et le découragement des alliés, leur peu de concert, el surtout la capacité du maréchal de Saxe qui , ayant recouvré la santé, agissait avec plus d'activité que jamais, tout cela formait une suite non interrompue de succès qui n'a point d'exemple que les conquêtes de Louis XIV. Tout était favorable en Italie ppur don Philippe. Une révolution étonnante en Angleterre .menaçait déjà le trône du roi George H, comme on 1 le verra dans la suite; mais la reine de Hongrie jouissait dune autre gloire et d'un autre avantage, qui ne coûtait point de sang et qui remplit la: première el la plus chère de ses vues. Elle n avait jamais pnrdu l'espérance du trône impérial pour son mari, du vivant même de Charles VII; *t après la mort de cet empereur elle s'en crut assurée, malgré le roi de Prusse qui lui faisait la guerre , malgré l'électeur palatin qui lui refusait sa voix, .et malgré une armée française qui n'était pas loin de Francfort, et qui pouvait empêcher l'élection : c'était cette môrac armé** commandée d V bord par le maréchal de Mailie];ois ; et qui passa, au* commencement de mai iy4^? sous les ordres du prince de Coati ; mais on en avait tiré vingt mille hommes pour Larmée de Fonteuoi. Le prince no pur empér cher- la jonction de toutes les troupes que la reine d*î Hongrie avait dans celte partie de l'Allemagne, et qui vinrent couvrir Francfort, oii l'élection 5e lit ajmme en pleine gai#.

Ainsi la France manqua le grandsobjet de la guerre» qui était d'ôter le trône itopérial 4 la maison dVVur triche. L'élection se fit le i3 septembre ij^b- IjgiFÇt de Prusse fit protester de nullité parles ajnkissa<lct*r$i

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Pc lecteur palatin, dont Farinée autrichienne avait ra-

électoraux de ces^leux princes se retirèrent de Francfort; mais l'élection ne fut pas moins faite dans les formes, car il est dit dans la bulle d'or, que si les électeurs ou leurs ambassadeurs se retirent du lieu de V élection , avant que le roi des Romains, futur empereur, soit élu, ils seront privés cette fois de leur droit de suffrage, comme étant censés l'avoir Abandonné*

= a5 octobre = La reine de Hongrie, désormais impératrice, vint à Francfort jouir de son triomphe et du couronnement de son époux. Elle vît t du haut d'un balcon, la cérémonie de rentrée \ elle fut la première ï crier vivat, et tout le peuple Itûrépondit pardes acclamations de joie et de tendresse. Ce fut le plus beau jour de sa vie. Elle alla voir ensuite son armée, rangée en bataille auprès de Heïdclberg , au nombre de soixante mille hommes* L empereur, son époux, la reçut l'épée à la main , à la tête de Tannée; elle passa entre les lignes, saluant tout le monde, dîna sous une tente, et fit distribuer un florin k chaque soîdat.

(Tétait la destinée de cette princesse et des affaires qui troublaient son règne, que les événements heureux fussent balancés de tous les côtés par des disgrâces. L'empereur Charles VII avait perdu la Bavière pendant qiren le couronnait empereur, et la reine de Hongrie perdait une bataille pendant qu'elle préparait le couronnement de son époux François l. Le roi de Prusse était encére vainqueur près de la source de TElbeâSôre.

' H y a des temps où une nation conserve constant*

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ment sa supériorité. C'est ce qu'on avait vu dans les Suédois sous Charles XH, dans les Anglais sous le duc de Marlborough; cest ce qu'on voyait- dans les Fran- çais en Flandre sous Louis XV et sous le miréchal de Saxe, et dans les Prussiens sous Frédéric III- L'impératrice perdait donc la Flandre, et avait beaucoup à eraindre du roi de Prusse en Allemagne , pendant qu'elle faisait monter son mari sur le trône de son père. , * * \ >

Dans ce temps-là même, lorsque le roi de France, vainqueur dans les Pays-Bas et dans l'Italie , proposait toujours la paix, le roi de Prusse, victorieux de son côté, demandait aussi è l'impératrice de Russie, Elisabeth, sa médiation. On n'avait point encore vu de vainqueurs faire tant d avances, et on pourrait s'en étonner : mais aujourdhui il estdangereux d'être trop conquérant. Toutes les puissances de l'Europe prennent les armes tôt jdu tard, quand il y erç a une qui remue : on ne voit que ligues et contre-ligues soutenues de nombreuses armées. Cest beaucoup de pouvoir garder par la conjoncture des temp une province acquise.

ni

inouïe d une médiation à laquelle on ne s'attendait pas ; c'était celle du grand seigneur. Son premier visir écrivit à toutes les cours chrétiennes qui étaient en guerre, les exhortant à faire cesser l'effusion du sang humain, et leur offrant -la médiation de son raaitre. Une telle offre n'eut aucune suite; mais elle devait servir au moins à faire rentrer en elles-mêmes tant de 'puissances chrétiennes qui, ayant commencé la guerre par intérêt, la continuaient par obstination x et ne U

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finirent que par nécessités Au reste cette médiation du sultan des Turcs était le prix delà- paix que. le roi de . France avait ménagée entre l'empereur d'Allemagne, Charles VI r et la Porte ottomane , en 1739. ' , ' • ^

Le roi de Prusse s'y prit autrement pour avoir la paix et pour garder la Silésie. Ses troupes battent complètement les Autrichiens et les Saxons aux portes de Dresde = i5 décembre 17^6==; ce fut le vieux prince d'Ànhalt qui remporta cette victoire décisive. Il avait fait la guerre cinquante ans-, il était entré le premier dans les lignes des Français au siège de Turin-en 1707; s on le regardait comme le premier officier de LEurope pour conduire L'infanterie. Cette grande journée fut la» dernière qui mit le comble à sa gloire militaire j la seule qu'il eût jamais connue : il ne savait que combattre. , Le roi de,Prusse , habile en plus d'un genre , enferma de tous côtés la ville do Dresde. Il y entre suivi de dix ' ^maillons et de dix escadrons , désarme trois régiments de milice qui composaient la garnison y §e rend au palais-, où il va voir lc$ deux princes et les trois- prinv cesses , enfants du roi de Pologne, tjui y étaient demeurés; il les embrassa, il eut pour eux les attentions qu'on» devait attendre' de l'homme le plus pôli de son

- siècle. Il fit ouvrir toutes Les boutiques qu on avait

- fermées , donna à dîner à tous les ministres étranger* , fit jouer un opéra italien : on ne s'aperçut ,pas que h ville était , au pouvoir du vainqueur > et la prise dfr Dresde ne fut signalée qjie par, les fikes -qu'iLy donna-

Ce qu'il y eut de plus étrange , c'est qu'étant entré , dans Dre3de le 18, il y Ht la paix, le aâ r avtec l^lir friche et la Saxe^ et kissa twt le fardeau au, toi à* France» «

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Marié-Thérèse renonça encore malgré elle à la Silésie pat cette seconde pàts ; et Frédéric ne lui fit d'autre avantage que de reconnaître François I empereur. L'électeur palatin , comme partie contractante dans le traité, le reconnut de même ; et il n'en coûta au roi de Pologne, électeur de Saxe, quun million decus d'Allemagne, qu'il fallut donner au vainqueur avec les intérêts jusqu'au jour du paiement. ■ 4 - =28 décembre 17,56= Le roi de Prusse retourna dans Berlin jouir paisiblement du fruit de sa victoire; il fut reçu sous des arcs de triomphe . le peuple jetait sur s^s pas des branches de sapin /faute de mieux, en criant : - Vive Frédéric le grand ! Ce prince , heureux dans ses guerres^et dans ses traites, ne s'appliqua plus qu'à faire fleurir les lois' et les arts dans ses Etats ; et il.passa tout d f nn coup du tumulte de la guerre A une vi« retirées et philosophique; il s'adonna à la poésie, A Péloquonce, à l'histoire : tout cela était également dans son caractère. C'est en quoi il était beaucoup plus singulier que Charles XII. 11 ne le regardait pas comrafc Un grand homme , parce que Xharles n était qu'un héros. On n'est entré ici dans aucun détail des victoires du roi de Prusse : il les a écrites lui-même. C'était à César à faire ses commentaires.

% Le roi de France, privé une seconde fois de cet important secours , n en continuapas moins ses conquét as. L'objet de la guerre était alors, du côté de la maison de France, de forcer là reine de Hongrie par ses perte» en Flandre à céder ce quelle disputait en Italie, et de contraindre les Etats-Généraux à rentrer au moins dans liodîfKîrénce dont ils étaient sortis, * - . L'objet de la reine de Hongrie était de se dédera-

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mager sur la France de ce que Le roi de Prusse lui avait ravi ; ce projet , reconnu depuis impraticable par la cour d'Angleterre , était alors approuvé et embrassé par elle; car il y a des temps ou tout le monde s'aveugle. L'Empire donné à François I fit espérer que les Cercles se détermineraient à prendre les armes contre fa France : et il n'est rieu que la cour de Vienne ne fit pour les y engager.

L'Empire resta neutre constamment, comme toute -l'Italie l'avait été dans le commencement de ce chaq& de guerre ; mais les cœurs des Allemands étaien t tous A Marie-Thérèse.

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