CHAPITRE XVL
Suite de la journée de Fontenoi.
j e qui est aussi remarquable que cette victoire, c'est ipte le premier soin du roi de France fut de faire écrirç le jour même à l'abbé de la Ville, son ministre à la
(a) On est oblige d'avertir que dans une histoire aussi ample qu'infidèle de cette guerre, imprimée à Londres , en quatre volumes , on avance que les Français ne prirent aucun soin des prisonniers blessés; on ajoute que le duc de Curabcrland envoya au roi de France u ri coffre rempli de balles mite nées et de morceaux de verre trouvés dans les plaies de* Anglais. ;\..."--
Les auteurs de ces contes puériles pensent apparemment que les balles mâchées sont un poison» C'est un ancien préjugé aussi peu fondé que celui de la poudre blanche. U est dit dans cette histoire que les Français perdirent dix-neuf mille hommes dans la bataille , que leur roi ne s'y trouva point, qu'il ne passa pas le pont de Calonne , qu'il resta toujours derrière l'Escaut; il est dit enfin que le parlement de Parié rendit un arrôt qui condamnait à la prison , au bannissement et au fouet , ceux qui publieraient des relations de cette journée. On sent bien que des impostures si extravagantes ne méritent pas d'être réfutées; mais puisqu'il s'est trouvé en Angleterre un homme assez dépourvu de connaissances et de bon sent pour écrire de si singulières absurdités , dont son histoire est torite remplie, il peufse trouver un jour des lecteurs capables 4e les croire : îl est juste qu>n prévienne leur crédulité.
nÈClS DU SIÈCLE DE LOUIS XV. " Ia5
Haie, qu'il ne demandait pour prix de ses conquêtes q[uë la pacification de l'Europe , et qu'il était prêt à envoyer des plénipotentiaires à un congrès. Les Etats Généraux surpris ne crurent pas 1 offre sincère*, ce qui dut surprendre davantage, c'est que cette offre fut éludée par la reine de Hongrie et par les Anglais. Cette reine, qui faisait à la fois la guerre en Silésie contre le roi de Prusse, en Italie contre les Français, les Espagnols et les Napolitains, vers le Mein contre l'armée française, semblait devoir demander elle-même une paix dônt elle avait besoin; mais la cour d'Angleterre, qui dirigeait tout,, ne voulait point cette paix : la vengcptcç, et les préjugés mènent les cours comme les particuliers. . . : • *
<•.. Cependant le roi envoya ijn aide-major de l'armée, nommé M. de la Tour, officier très-éclairé, porter au ibl de Prussè la nouvelle de la victoire; cet officier ièfaàntte roi de Prusse au fond de la basse Silésie,
? gorge de montagne, près g. - f juin 1745 = C'est là qu'il vit ce monarque remporter une victoire signalée contre les Autrichiens. Il manda à son allié, le roi de Ftanee- : ê'di ucqiïitvê à Fridberg ta lettre de change âtié pàVifàvèd iiiïêè 'sifr ihqi à Fvntenoi.
1 ïie fôi^e^rânee, de son côté, avait tous les avan- ^ç^qu^J^ bat^^,^ Fontenoi devait donner. Déjà ^^Il^^ila çija^eUe de Toui^nai s étaient rendues peu de jours toprèsr la batailkç le maréchal de S:ixe avait secrètement concerté avec le roi la prise de Gand, tapîtâlé'dë là Flandre autrichienne, ville plus grande quebèuMée. mais riche et florissante par lés débris de son ancienne splendeur. .
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I2Ô PRÉCIS ITU SIÈCLB DE LOUIS XV.
Une des opéra lions de campagne qui firent le plais d<honaeur au marquis deLouvois dans la guerre* 1689, avait été le siège de Gand : il s'était déterminé à ce siège, parce que c'était le magasin das eainei»îw Louis XV avait précisément la même raisoif piôœ* ifoh rendre mnître. On fit selon Fiisage tous les mouvements qui devaient tromper Farinée ennemie reteé* vers Bruxelles; on prit tellement ses mesures 1 quelle marquis du Chaila dun côté, le comte de Lovcndhai de l'autre, devaient se trouver devant Gand à la mètm beuue. La gaimison n était alors que de six c*n*| korames;Jes lîâMtattts étSient enterais de ht Francéjy quoique de tout teraptfpetf contents dç kdomi&atfog autrichienne: mais très différents de ce quiîs étaient aatrefois, quand eux-mêmes ils composaient iwe arnfêée. Ces deux marchés secrètes se faisaient selon les ordres du général, lorsque cette entreprise fat près d ; éch<Mier par un dé ces événements si communs» à bi gueire. - . % ; .» r ■. • ; ' ' ' n V,
Les Anglais, quoique vaincus k FornteU0i 9 navaieti* été ni dispersés ni découragés. Ils virent des en vif on 0 dè Bruxelles, ok ils étaient* postés, léféfàtâiAàit dont? Gtwxà était menacé : ils fireût roàrcher enfin un èfârpà de six mille iiommes pour défendre cette viM** Gcnrpy VaVOTçàii à Gandsur la cfiaussée tïÀlost, précisément dans' lo temps que M. du Gfuiifa était environ* à une lieue de lui, sur la même chaussée, marchand avec trois brigades de cavalerie, deux d 7 infeiitefie^ composées de Norman die , Grillon et Laval, vittgt pièces do canon et des pontons : l'artifioite était déj* en avant, et au-delà de cette artillerie était IVf. dç bassin, avec une partie de sa troupe légère qu'il avait
. PJUÊCIS. MJ SIÈCLE M XOVIÇ .12^
levée; il était nuit, et tout était tranquille quaqd les six mille Anglais arrivent et attaquent 1/îs Grassins, qui n'ont que le temps de se jeter dan& ttQft ferme près de l'abbaye do la Mellc, dont cette journée a pris le nom. = ^juillet 1745,- Les Anglais apprennent que les Français sont sur la ehau$sée r loin de leur artillerie qui ; est en avant, gardée seulement par ciiKjuaitfe hommes; ils y courent et s'en emparent. Tout éiait perdu. Le marquis de Grillon, qui était déjà arrivé à trois ceiUs pas, voit les Aûgjais maitres du canon qu'ils tournaient contre lui, "et qui allaient y mettre le feu.; il I prend sa résolution dans Piratant
sans se troubler; il ne perd pas un ,momeiit, il court avec son régiment aux ennemis par un côté, lç jeune marquis de Laval savance avec un autre bataillon; on reprend le canon : on fait ferme. Tandis que les marquis de Grillon et de Laval arrêtaient ainsi les Anglais, une seule compagnie de Normandie, qui s'étai* trouvée près de Tabbaye, se défendait» contre eu£. :
. Deux bataillons de> Normandie arrivent en hate. Le jeune comte del&iigord les commandait; il était fils du marquis de Talleyrand, d'une maison qui a été souveraine, mort malheureusement devant Tour- j jiai^ et venait d'obtenir à dix - sept, ans ce régiment de . | Normandie qu'avait eu son père ; il s'avança le premier à la tôte d'une compagnie de grenadiers. Le bataillon anglais, attaqué par lui, jette bas les armes,; - '
Messieurs du Ghaila et de Souvré paraissent bientôt avec la cavalerie sur ç^tte chaussée. Les Anglais sont arrêtés de tous côtés ; ils se défendirent encore : 1$ \ nwcpiis de Grwille y fut Ucssé 5 mais, enfin ils Jiurçni n5wsdans,uuoeutièïcdéi*outc. ... >
- M. Blondel d'Azincour , capitaine de Normandie, avec quarante hommes seulement, fait prisonnier le lieutenant- colonel du régiment de Rich,huit capitaines, deux cent quatre-vingts soldats qui jetèrent leurs armes , et qui se rendirent à lui. Rien ne fat égal à leur surprise , quand Ils virent qu'ils s'étaient rendus à quarante Français H M. d'Azincour conduisit ses prisonniers à M. de Gravillé, tenant la pointe ^e son épée sur la poitrine du lieutenant-colonel anglais, et le menaçant de le tuer si ses gens faisaient Ta moindre résistance.
Un autre capitaine de Normandie, nommé M. de Montalabert, prend cent cinquante Anglais avec cinquante soldats de son régiment; ML de Saint-Sauveur, capitaine au régiment du roi cavalerie, avec un pareil nombre, mit en fuite, sur la fin de l'action, trois escadrons ennemis : enfin le succès étrange de ce combat est peut-être ce qui fit le plus d'honneur aux Français dans cette, campagne, et qui mit le plus de consternation chez leurs ennemis. Ce qui caractérise encore cette journée, c'est que tout y fut fait par là présence d 1 esprit et par la valeur des officiers fiançais , ainsi que la bataille de Fontenoî fut gagnée,
. On arriva devant Gand au moment désigné par le maréchal de Saxe; on entre dans la ville, les armes à la main, sans la piller; on fait prisonnière la garnison de la citadelle.
Un des grands avantages de la prise de cette ville, fat un magasin immense de provisions dé guerre et de bouche, de fourrages, A armes, d'habits que les alliés avaient en dépôt dans Gand ; c était un faible dédommagement des frais de la guerre, presque aussi
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malheui^ifô^^^l^^ quelle était glorieuse sous les
yeux du roi. H: i . .
= 29,itiil^5^j T r ftn^is. f qu'où prenait la citadelle de Gand,on inyçgti^itjQ^narde, et le même jour que M. de Loyen^ajl ouy?ait la tranchée devant Onde- . narde, le nuirquis. de Souvré prenait Bruges. Oude^ narde se reucji£ après Jrei* jours de tranchée,
À peine Ifâgftjfc ^aqçe était-il maître d une ville, qu'il .eu ùnsfâ 3*?j?g er deux à la fois. Le duc dliarcourt prenajgPe^ermo.Bde en deux jours de tranchée ouverte ) malgré le jeu des écluses , et au milieu des inonda tion5 r etJfl,fX)mte, de Lovendhal faisait le siègç d'Ostende.. : / ^ :
, Ce siège d-Qftteaide était réputé le plus difficife. On se souvenait ,qti elle avait tenu trois ans et trois mois, au ccHn^njcçpient du siècle passé. Par la comparaison du plantes fortifications de cette place avec celles quelle $yait quqnd elle fut prise par .Spinola , il paraît que ç'éfâit. £pinola qui devait Ja prendre en quinze jour^ $t qpcç était M, de Lovendhal qui devait s'y airêler irais années. JEUe était bien mieux fortin 1 . fiée; M. d^*Çj^do5 r liP4^e»apt^géuéiïd des arrn^s d'Autriche, la défendait -avec une garnison de quatro mille hoinmës^!4pûJ:-l%>Poitié était composée d'Ànr glais; mais l^'^iïeur e%k> décwragement étaient au point quej#:g<my^u^ que, le marquis
dHérouvillc, homme digne d'être à la tête des ingénieurs, et eitoj^ai^srutile quc ton oflieier, eut pis le chemin couvert cbi çètéjdes, dunes.
= a5 aug*&t£ F Vw flotte d'Angleterre qpi avait apr porté du seo^utg A la ville, èt qui canounait les a$siér geap^iWiiijAifc^jupoôi' &tx» timow fe[ la pm,
Cette perte consterna le gouvernement d'Angleterre et celui des Provinces-Uniesj il ne resta plus que Nicuport à prendre pour être maître de tout le comté de la Flandre proprement dite, et le roi en ordonna le siège. 1 " ' .' ' *'
Dans ces conjonctures, le ministère de Londres Cl . réflexion qu'on avait en France plus de prisonniers Anglais qu'il ny avait de prisonniers français en Angleterre. La détention du maréchal de Bellc-Isle et de son frère avait suspendu tout cartel. On avait pris les deux généraux contre le droit des gens, on les renvoya sans rançon. Il n'y avait pas moyen en effet d'exiger une rançon d eux, après les avoir déclarés prisonniers d'Ktat, et il était de l'intérêt de l'Angleterre de rétablir- le cartel.
Cependant le roi partit pour Paris, oti il arriva le y septembre 1745. On ne pouvait ajouter à la récèption qu*bn lui avait faite Tannée précédente. Ce furent les mêmes fêtes; mais on avait de plus à célébrer la vie- ~ toire de Fontcnoi, celle de Melit?, et la conquête du comté de Flandre.