CHAPITRE XXI
Révolution de Gènes.
i* se faisait alors dans Gènes un changement aussi important qu'imprévu.
• Lès Autrichiens usaient avec rigueur du droit de la victoire ; les Génois ayant épuisé leurs ressources et doané tout; l'argent de leur banque de Saint-George poiu* payër seize millions , -demandèrent grâce pour les huit autres j \± 3o novembre 1 746 = mais on lcfur signifia T (te la part de l'impératrice-reine, que non-seulement il les fallait donner, mais qu'il fallait payer encore euviron autant pour l'entretien de neuf régiments répandus dajis les faubourgs de Saint-Pierre des Arènes, de Bisagno , et dans les villages circonvoisins. A la publication de ces ordrfes le désespoir saisit tous les habitants; leur commerce était ruiné, leur crédit perdu, leur îxin<jue % épuisée,iles magnifiques maisons de campagne,* qui embellissaient les dehors de Gènes, pillées, les habilaiiis; traités en esclaves pr le soldat; ils n'avaient 'phis à perdre que la vie % et il n'y avait point dè GéAois qui ne parût enfin résolu à la sacrifier plutàt
PRÉCIS PV UtCtt DS XOOTS Xt. ify
que de soulïrîr.plus.long-tc^nps.un traitement $i honteux et sirude. 4 . , ,
.Gènes captive comptait encore parmi sçs disgrâces la perte du royaume de Corse, si long-tçmps soulevé contre -elle, et dont les mécontents seraient sajis doute appuyés pour jamais parles vainqueurs.
La Corse 7 qui s'était plainte d être opprimée par Gènes , comme Gènes l'était par les Autrichiens., jouissait dans ce chaos de révolutions de l'infortune de $e$ maîtres. Ce surcroît d'afflictions n'était que pour le sénat : en perdant la Corse, il ne perdait qu un fantôme d'autorité; mais le reste fies Génois était en proie aux afflictions réelles qu'entraîne la misère. Quelques sénateurs fomentaient sourdement et avec habileté le?
disposés à prendre ; ils avaien t besoin de la plus grande circonspection ; car il .était vraisemblable qu'un soulèvement téméraire et mal soutenu ne produirait que la destruction du sénat et de la ville. Les émissaires des sénateurs se contentaient de dire aux plus accrédités du peuple : « Jusqu'à quand attendre?: -Vous « que les Autrichiens viennent vous égorger entre les « bras de vos femmes et de vos enfants , pour vous « arracher le peu de nourriture qui vous reste? Leurs « troupes sont dispersées hors de l'enceinte de vos « murs y il n'y a dans la ville que ceux qui veillent h « la garde de vos portes; vous êtes ici plus de trente k mille hommes capables d'un coup de main : ne « vaut-il ps mieux mourir que d'être spectateurs des « ruines de vôtre patrie?» Mille discours pareils ani-^ maient le peuple; mais il n'osait encore remuer, et personne n osait arborer letendard de la liberté.
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* 5 décembre LeS Autrichiens tiraient de far-: •
scnal de Gènes des canons et des mortiers pour l'expédition de Provence, et ils faisaient servir les habi-, lants à ce travail. Le peuple murmurait , mais II obéissait. Un capitaine autrichien ayant rudement frappé un habitant qui ne s empressait pas assez 7 ce . moment fat le signal auquel le peuple s assembla , s'émut, et s arma de tout ce qu'il put trouver*, pierres, bâtons, épées, fusils et instruments de toute espèce. Ce peuple, qui n'avait pas cil seulement la pensée de dé-/ fendre sa ville quand les ennemis en étaient encore éloignés, la défendit quand ils en étaient les maîtres. Le marquis de Botta, qui était à Saint -Pierre des Arènes, crut que celle émeute du peuple se ralentirait d'elle-même , et que la crainte, prendrait bientôt la* ^ place de cette fureur passagère. Le lendemain il se contenta de renforcez* la garde des portes, et d'envoyer , (ju-îlques détachements 4ans les rues. Le peuple, attroupé en plus grand nombre que la veille, courait au palais du doge demander les aimes qui sont dans ce palais; le do^c ne répondit rien; les domestiques indiquèrent un autre magasin; on y court, on l'enfonce, , oirsVme; une centaine d'officiers se distribue dans la place; on se barricade dans les rues; et l'ordre qu'on tache de mettre autant qu'on le peut dans ce bouleversement subit et furieux, nen ralentit poiut Tardeun 11 semble que dans cette journée et dans les suiyautes la consternation qui avait si long-temps atterré * l'esprit des Génois, eut passé dans les Allemands; ils pe tentèrent pas de combattre le peuple avec des troupes régulières; ils laissèrent les soulevés se rendre maîtres de la porte Saint-Thomas et de la porte Saint-
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Michel. Le séuat ; qui ne savait pas encore si le peuple soutiendrait ce qu'il avait si bien commencé, envoya une députation au général autrichien dans Saint- Pierre des Arènes. Le marquis >de Botta négocia lorsqu'il fallait combattre ; il dit aux sénateurs qu ils armassent les troupes génoises laissées désarmées dans ta ville , et qu'ils les joignissent aux Autrichiens, pour tomber sur les rebelles au signal qu'il ferait : mais on ne dovail pas s attendre que le sénat de Gènes se joignit aux oppresseurs de la patrie pour accabler ses déienscurs, et pour achever sa perte.
= 9 décembre 1 74 0 = Les Allemands, comptant sur les intelligences qu'ils avaient dans la ville, s'avancèrent à la porte de Bisagno par le faubourg qui porte ce nom; mais ils furent reçus par des salves de canon et de mousqueterie. Le peuple de Gènes composait alors une armée ; on battait la caisse dans la ville au nom du peuple , et on ordonnait sous peine de la vie à tous les citoyens de sortir en armes hors de leurs maisons, cl Je se ranger sous les drapeaux de leurs quartiers. Les Allemands furent attaqués à la fois dans le faubourg de Bisagno, et dans celui de Saint Pierre des Arènes; le tocsin sonnait en même temps dans tous les villages des vallées; les paysans s'assemblèrent au nombre de vingt mille. Un prince Doria, à la tete du peuple, attaqua le marquis de Botta dans Saint-Pierre des Arènes ; le général et ses neuf régiments se retirèrent en désordre ; ils laissèrent quatre mille prisonniers et près de mille morts , tous leurs magasins , tous leurs équipages , et allèrent au poste de la Boccfyctta , poursuivis sans cesse par de simples paysans, et forcés enfin d'abaudonner ce poste, et de fuir jusqu a Gavi*
C'esi âinsi que les Autrichiens perdirent Gènçs pour avôir trop méprisé et acpablé le peuple , et pour avoir eu la simplicité de croire que le sériât së joindrait S eux contre les habitants qui sceburaient le sénat mciiie, L'Europe vit avec surprise qu 'un peuple faible, nourri loin dés armes v ctqtie flti son enceinte de rochers, ni tes rois de France, d'Espagne, de Napîes n'avaiènTpu sauver du joug des Autrichiens, l'eût brisé sans-aucun secours , et eut chassé ses vainqueurs. '
Il y eut dans ces tumultes beaucoup de brigandages; le peuple pilla plusieurs maisons appartenantes aux sénateurs soupçonnés de favoriser les Autrichiens, mais ce qui fut le plus étonnant dans cette révolution, c'est que ce môme peuple, qui avait quatre mille de ses vainqueurs dans ses prisons, lie tourna point ses forces contre ses maîtres. Il avait des chefs; maïs ils étaient indiqués par le sénat , et parmi eux il ne s%n trouva point d'assez considérable pour usurper longtemps l'autorité. Le peuplé choisit trente -six ci toycfls pour le gouverner; mais il y ajouta quatre sénateurs, Grimaldi, Scaglia, Lomelini, Fornarî, et çes quatre nobles rendaient secrètement compte au sénat qui paraissait ne se mêler plus du gouvernement : mais il gouvernait en effet : il faisait désavouer â Vienne h révolution qu'il fomentait à Gènes, et dont il redoutait la plus terrible vengeance. Son miei^tre dans cette cour déclara que la noblesse génoise n'avait aupuiw part â ce changement quon appelait révolte. conseil de Vienne, agissant encore en maître, et croyant <Hre bientôt en état de reprendre Gènes , liii signifia que le sénat eût à faire payer incessammçnt les nuit
millions restants de la somme, a laquelle on lavait
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condamné , à en donner trente pour les dommages
censés à ses Jtrpïipes , à rendre tous les prisonniers, jft feire justice des séditieux. Ces lois, qu'un maître irrité aurait pu donner à des sujets rebelles et impuissants, ne firent qu'affermir les Génois dans la résolution de se défepdre , et dans l'espérance de repousser de leur territoire ceux qu'ils avaient chassés de la capitale. Quatre mille Autrichiens da!ns les prisons de Gènes étaient encore des otages qui les rassuraient»
Cependant les Autrichiens, aidés des Piémontais, en sortant de la Provence, menaçaient Gènes de rentrer dans ses murs. Un des généraux autrichiens avait déjà rçiifprçé'ses troupes de sojdats albanois accoutumés à combattre au milieu des rochers. Ce sont les anciens Epirotes, qui passent encore pour être aussi bons guerriers que leurs ancêtres. Il eut ces Epirotes par le moyen de son ouçle, ce fameux Schulembourg qui, après avoir résisjté au roi de Suède, Charles XII, avak <ïéfendu Corfqu contre l'empire ottoman. Les Autrichiens, repassèrent donc la Bocchetta; ils resserraient Gènes d'assez près; la campagne, à droite et à gauche, était livrée à la fureur des. troupes irrégulières, au saccagement et à la dévastation. Gènes était consternée, et cette consternation même y produisait des intelligences avec ses qppresseurs : pour comble de malheur, Q y avait alors une grande division entre le sénat et le peuple. La ville avait des vivres, mais plus d'argent; et il fallait dépenser dix-huit mille florins par jour pour entretenir les milices qui combattaient dans la campagne, ou q^i gardaient la ville. I4 république n avait ni aucunes troupes régulières aguerries , pi aucun officier expérimenté. Nul secours ny pouvait arrivet
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Ïue par mer ^ et encore au hasard detye pm-par une olte anglaise conduite par l'amiral Mëdlay , qui dominait sur les côtes. • „ , \ • Le roi de France fit d'abord tenir au sénat un million, par un petit vaisseau qui échappa aux Anglais. Le s. galères de Toulon et de Marseille portent chargées d'environ six mille hommes. On relâcha' en Corse et à I Monaco k cause d'une tempèîe 5 et surtout de la flotte anglaise. Cette flolle prit six bâtiments qui portaient environ -mille soldais : maïs enfin le reste entra dans Gènes au nombre d'environ quatre mille cinq cents Français, qui firent renaître l'espérance.
Bientôt après (Je dernier avril ij\y<>) le duc de - ' Boufllei s arrive et vient commander les troupes qui | défendent Gènes, et dont le nombre augmente de jour f en jour. 11 fallut que ce général passât dans une -barepic et trompât la iîoite de l'amiral Medlay.
Le duc de Bouillcrs se trouvait a la tète d'environ huit mille hommes de troupes régulières , dans une ville Moquée, qui s'attendait à être bientôt assiégée; il y avait peu d'ordre, peu de provisiôns, point dp poudre; les chefs du peuple étaient peu sounys au sénat. Les Autrichiens conservaient toujours quelque^ intel-* tigenecs. Le duc de Boufflcrs eut d abord autant dem- , barras avec ceux qu'il venait défendre qu'avec ceux qu'il venait combattre. Il mit Tordre partout; des provisions de toute espèce abordèrent en sûreté, moyennant une rétribution qu'on donnait en secret à des capitaines de vaisseaux anglais : tant 1 intérêt particulier sert toujours à faire ou à réparer les malheurs publics! Les Autrichiens avaient quelques inouïes aa.us leur parli : on ieur opposa les mènies armes avec plus
de force; on engagea les confesseurs à refuser l'absolution à quiconque balançait entre la patrie et les ennemis. Un ermite se mit à la tète dés niiiices qu'il encourageait par son enthousiasme en leur parlant, et par son exemple en combattant. Il fut tué dons un de ces petits combats qui se donnaient tous les jours, et mourut en exhortant lc*s Génois à se défendre. Les dames génoises mirent en gage leurs pierreries chez des juifs, pour subvenir aux liais des ouvrages nécessaires.
Mais le plus puissant de ces encouragements fut la valeur des troupes- françaises, que le duc de Boulîlers employait souvent à attaquer les ennemis dans leurs postes au-delà de la double enceinte de Gènes. Ou réussit dans presque tous ces petits combats, dont le détail attirait alors l'attention, et qui se perdent ensuite parmi les événements innombrables.
, = 27 jpin 1747 = La cour de Vienne ordonna enfin qu on levât le blocus. Le duc de Bouffi ers ne r jouit point de ce bonheur et de cette gloircj.il mourut de la petite vérole le jour même que les ennemis se retiraient. Il était fils du maréchal de Boufllers, ce général si estimé sous Louis XIV, homme vertueux , bon citoyen : et lp duc avait les qualités de son père.
Gènes n'était pas alors pressée, mais elle était toujours très menacée par les Piémontais, maîtres de tous les environs , par la flotte anglaise qui bouchait ses ports , par les Autrichiens qui revenaient des Alpes foudre sur elle. Il fallait que le maréchal de Belle -Islc descendit en Italie, et c'est ce qui était d une extrême difficulté. ;
Gènes devait à" la fin être accablée , le royaume de
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Kaplçs exposé, toute espérance ôtée à don PKîlippe dta Rétablir en Italie. Le duc de Modène en ce cas paraissait sans ressource. Louis XV ne se rebuta pas*
= septembre 1747= Il envoya à Gènes le duc de Richelieu, de inouvèiles troupes, de l'argent. Le dut de Riclïèlièu arrive dans un petit bâtiment, malgré la flotte anglaise ; ses troupes passent à la faveur de la même manœuvre. La cour de Madrid seconde ses effforts; elle fait passer à Gènes environ trois mille hommes; elle promet deux cent cinquante-mille livre* par mois aux Génois, mais le roi de France les donne} ie duc de Richelieu repousse les eunemis clans plusieurs combats, fait fortifier tous les postes ^ met les côtes en sûreté. Alors la cour d'Angleterre s'épuisait pour lairetomber Gènes, comme celle de France pour la défendre. Le ministère anglais donne cent cinquante mille livres sterling à l*impératrice^Teine, et autant au roi de Sardaigne pour entreprendre le siège de Gènes. Les Anglais perdirent leurs avances. Le maréchal de Belle -Isle, après avoir pris le comté de Niee^tenait les Autrichiens ct les Piémoutais en alarme. S'ils faisaient le siège de Gènes , il tombait sur eux. Ainsi étant encore arrêté par eux, il les arrêtait.
1 — ^ Il JE XXXI.
Combat d'Exilles funesîé aux Français*
Pour pénétrer tm Italie malgré les armée* d'Autriche et de Piémont , quel eliemin fallait- il pretidre? Le général espagnol, la Mina, voulait qu'on tirât â Final
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par le chemin de la cétedu Poocnt,oti Ton fie peut aHer qirW èt m? mais il n'avalai qa«ons ni provisoire ? ira nspwter IWtilleric fraiiçaifa, garder mw communication de près de quarante inavchoa-par un* route aussi serrée qu- escarpée , où toitt doit êtee porté* à: dos de mulet; , être exposé sans cttt.se au canondes* vaisseaux angles; de-tellôs* difficultés paraissaiefit insurmontables; Oh proposait la rckite do Déniant et de- Corn : mais assiéger Goni étàit une entreprise dont toii* y danger était Connu. On se détermina pour la route du col dExilles, à près de vingt -cinq lieues, y de Nice, et on résolut d'emporter cette place. \ -Cette f>titf»epiûse n-éfciitîpas moins hasardeuse , mais oit lier pcHihra&< choisir, 'qu'entrée des périls; Le comte d^'BeUé-lrfe-saisit aviddment cette ocfcasiba de se* signalep ; il «IVàit autant dtoucîace pour exécuter un ptiojct qt*c defdôKtérité poïir le coiiiduire , homme mfo. ' ii%ah\& îûtins t*ayâil du cfrbinçt ét dans celui ào la campagae. Il part donc &l '< prfcn<i son chemin en retôarnant vers le Dauphiné, et sWfôntant ensuite vers le col de l'Assiette^ sur le chemin dExilles : c-est là (juc vingt - wi bataillons piémoni x s l'attendaient dernière des retranchements de pierre et de bois, hauts do dia^huit pieds sur-U'cize pieds de profondeur, et garnie d artillerie.
Pour e'mportér ces retranchements, le comte dé Bclle-Islc avait ving^huit balayions et sept canons <ïe campagne 7 qu'on lie put guère placer -d'une manière avantageuse. On s enhardissaÎ4»4c<îtte en treprise par le souvenir des journées de Montalhan et de Château Dauphin, qui-semblaieht justifia tant'd'audace: Il n'y a jamais d'attaques entièrement "semblables , et il est
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bien difficile et encore plus meurtrier cïattâquer d palissades qu'il faut arracher avec les mains sous un feu plongeant et continu, que de gravir et de combattre sur des rochers ; enfin ce qu'on doit compter pour beaucoup, -'les Piémontais étaient très aguerris, et Ton ne pouvait mépriser des troupes que le roi de Sardaignc avait commandées. =-tg juillet 1747s Lactiondura deux heures, c'est-à-dire, que les Piémontais tuèrent doux heures de suite sans peine et sansdangeï tous les Français qu'ils choisirent. M. d'Arnaud , maréchai de C:imp,qui menait une division, fut blessé à mort des premiers avec M. de Grille, major général de armée. 4 »
Parmi tant d actions sanglantes qui signalèrent cette guerre de tous côtés, ce combat fiit un de ceux ail I on eut le plus à déplorer la perte prématurée d'une Jeunesse florissante, inutilement sacrifiée. Le comte de Goas, colonel de Bourbonnais , y périt. Le marquis de Dohge, colonel" de Soissonnais, y reçut une blessure dont il mourut six jours après.- Le marquis de Brienne, colonel d'Artois , ayant eu un bras emporté, retourna aux palissades, en disant : il m'en reste un antre pour Je service du roi ; et il fut frappé à mort. On compta trois millè six cent quatre-vingt-quinze morts, et mille six cent six blessés; fatalité contraire à l'événement de toutes les autres batailles, où les blessés font toujours le plus grand nombre. Celui des officiers qui périrent fut très grand*, presque tous ceux du régiment de Bourbonnais furent blessés ou moururent, et les Piémontais ne perdirent pas cenl hommes. \\ • ■
. Belle -Isle désespéré arrachait les palissades, et.
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blesse aux deux mains, il tirait des bois avec les dents, quand enfin il reçut le coup mortel. Il avait dit souvent qu'il fallait pas qu'un général Survécût à sa défaite^ et il ne prouva que trop que ce sentiment était daiïs son cœur. Les blessés furent menés à Briançon, où Ton ne s était pas attendu au désastre de cette journée. M. d'Audifrct, lieutenant de roi, vendit sa vaisselle cTargeritpour secourir les malades; sa femme,' près d accoucher, prit elle-même le-soiu des hôpitaux, pansa de ses mains les blessés, et mourut en s'acquîttant de ce pieux office : exemple aussi triste que noble % et qui mérité d'être consacré dans l'histoire. ;