CHAPITRE XXV
Suite des aventures du prince Charles-Edouard. Sa défaite , ses malheurs j et ceux de son parti
jour que le prince Edouard aborda en Ecosse, sespartisanssollicitaientdessecouïîsdeFniîîce \ < \ts sollicitations redoublaient avec les progrès. Quelques Irlandais^pii servaient dans les troupes françaises s'imaginèrent Jqirane descentes Angleterre vers Plymottth serait praticable. Le fcwqet e^b court tfe CaJais ou de Boulogne vere les côtes. Us ne vonlin^nt point nue flotte de vaisseaux 'de guerre, dont ïôquipenteot
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eût consumé trop de temps, et dont l'appareil seul dit averti les escadres anglaises de s'opposer au débarquement Ils prétendaient qu on pourrait débarquer huit ou dix raille hommes, et du canon pendant la nuit; qu'il ne fallait que des vaisseaux marchands et quel^ ques corsaires pour une telle tentative ; et ils assuraient que, dès qu'on serait débarqué, une partie de l'Angleterre se joindrait a l'année de France, qui bientôt pourrait se reunir auprès de Londres avec les troupes du prince. Hs faisaient envisager enfin une révolution prompte et entière. Ils demandèrent pour chef de cette entreprise le duc de Ricbelieu , qui par le service rendu dans la journée de Fonterloi, et par la réputation qu'il avait en Europe, était plus capable' qu'un autre de conduire avec vivacité cette affaire bardie et délicate. Us pressèrent tant, qu'on leur accorda enfii. ce
demandaient. Lalli, qui depuis fut lieutenant général, et qui a péri dune mort si tragique, était lame de
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l'entreprise. L'écrivain de cette histoire, qui travailla long-temps avec lui, peut assurer qu'il n'a jamais vu d'homme plus zélé, et qu'il ne manqua à l'entreprise
que la possibilité. On ne pouvait se mettre en mer vis- . à-vis des escadres anglaises, ei celte tentative fut rëc irdee à Londres Comme absurde. .
On prinecon»,»^ y*.
' . lits secours d'hommes et d'argent, par la mer germanique et par l'est de l'Ecosse. Lé lord Drummônd, frère du duc de Perlh, officier au service de France, arriva heureusement avec quelques piquets et trois compagnies du régiment Royal-Ecossais; Dès qu'il fa- débarqué à Mont-Ross, il fit publier qu'il venait par oixlre <îu roi de France secourir le prince de Galles , régciH
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d'Ecosse, son allié, et faire la. guerre au roi d'Angle* terre, électeur d'Hanovre. Alors les troupes hollandaises , qui , par leur capitulation , ne pouvaient servir contre le roi de France, furent obligées de se confirmer à cette loi de la guerre, si long-temps éludée. Gn les fit repasser en Hollande, tandis que la ville de Londres faisait revenir six mille Hessois à leur place. Ce besoin de, troupes étrangères était un aveu du danger que Ion courait. Le prétendant faisait répandre dans le nord et dans l'occident de l'Angleterre de nouveaux manifestes, par lesquels il invitait la "nation à se joindre à lui. Il déclarait qu'il traiterait les prisonniers de guerre comme on traiterait les siens, et il renouvelait expressément à ses partisans la défense d'attenter à la personne du roi régnant et à celle des princes de sa maison. Ces proclamations, qui parais- . saient si généreuses dansun prince dont on avait raU la tête à prix, eurent une destinée que les maximes d'État peuvent seules, justifier. : Elles furent brûlées par la main du bourreaij. . v
Il était plus impbrtanret plus nécessaire de s'opposer à ses progrès, que de faire brûler ses manifestes., Les milices anglaises reprirent Edimbourg. Ces milices répandues dans le comté de Lancastre lui coupent les vivres; il fau^qu'il retourne. sur ses pas. Son armée était tantôt forte, tantôt faible, parce qu il n'avait pas de quoi la retenir continuellement sous le drapeau par un payement exact. Cependant il lui restait environ huit mille hommes. A peine le prince fut -il informi que les ennemis étaient \ six milles de lui, prés dç* marais de Falkirck, qu'il courut les attaquer , quoi* c^Us fussent près d'une fois ^ &Us gue lui v Ou sè
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PRï!C,tS DU SIECLE DE LOUIS XV:
battit de la même manière et. ayec la même impétn&*> à le .qu'au combat de Preston - pans. = 28 janvier 1746* Ses Ecossais, secondés encore d'un violent orage, qui donnait au visage des Anglais, les mirent d?abord en désordre ; mais bientôt après ils furent: r<
troupes françaises les couvrirent, soutinrent le com-
bat, et leur donnèrent le temps de se rallier. Le prince Edouard disait toujours que s'il avait eu seulement trois mille hommes de troupes réglées, il se serait rendu maître de toute l'Angleterre. • «*
Les dragons anglais commencèrent la fuite, et tenté l'armée anglaise suivit, sans que les généraux et les officiers pussent arrêter les soldats. Ils regagnèrent leur camp à l'entrée de ia nuit. Ce camp était rc tranché et presque entouré de marais, v x -
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prit à l'instant le parti d' aller les attaquer dans leur camp, malgré l'orage qui redoublait avec violence. Le* montagnards perdirent quelque temps à chercher dau$ l'obscurité leurs fusils \ qu'ils avaient jetés dans ïao tion, suivant leur coutume. Le prince se met donc eh marche avec eux pour livrer un second combat ; il pénètre jusqu'au camp ennemi l'épée à la main ; la terreur s'y répandit , et tes trôupes anglaises deux, fois battues en un jour, quoiqu avec peu de perte, $ enfuirent à Edimhourg. Ils n'eurent pas six cents hommes de tués dans cette journée^ mais ils laissèrent leurs tentes et leurs équipages au pouvoir, du, vain*
queur. Ces victoires Élisaient beaucoup pour la'/gloiro du prince, mais peu encore pour ses intérêts. Le ' ~ tU Cyjnberland marchait en Ecosse ; il arriva i 1
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bourg le. 10 février. Le prince Edouard fut obligé d« lover le siège du château de Sterling* L'hiver était rude ; los subsistances manquaient. Sa plus grands refsource était dans quelques partis qui erraient tantôt vers fciyeraess,, et, tantôt vers Aberdccn, pour recueillir- le peu de troupes et d'argent qu'on hasardait de lui faire, passer de France. La plupart de ces vaisseaux étaient observés et pris par les Anglais. Trois compagnies du régiment de Fit* - James abordèrent heureusement. Lorsque quelque petit vaisseau abordait, il était reçu, avec des acclamations de joie -, les femmes couraient* au - devant ; ; elles menaient par la bride le* chevaux des officiers- On faisait valoir les moindres secours, comme des- renforts considérables ; mais l'armée du prince Edouard n'en était pas moins presséa par le duc de Cumberland. Elle était retirée dans Ihvcjticss, et tout le pays n'était pas pour lui. = a»? avril 1716= Lç d\ic de Cumberjand, passa enfin k rivié** de Spey , et marche vers Inverness s n il fallut en. veni* à uixe bataille décisive.
Le prince avait àpeu près le même nombre de traupea qu'à la journée de Faliirck. LcL.duc de Cumbcrlaud avàit quinze bataillons et neuf escadrons avec un corp$ de montagnards.L'avantage du nombre était, toujours, , nécessairemen t du côtédes Anglais : ils avaient de la cavalerie etune.artiUferiebien servie, ce qui leur donnait une très grande supériorité. Enfin, ils. étaient accoutumés à h manière de. combattre des. monta gnards, qui ^ ne les étonnait plus,, Ils avaient Méparer, aux ycnjc du, duc de Guinberland, la honte de leurs délaites passées. Les deux armées furent en présence ,1e 27 avril *7Û6> 4 deux lieuses après uiidi/dans>ua L'eu nommé
rcment perdue , et le prince , légèrement blessé , fut entiaîné dans la fuite la plus précipitée. Les lieux, les temps fout l'importance de Faction. On a vu dans cette guerre, en Allemagne, en Italie et en Flandre, des batailles de près de cent mille hommes qui n'ont pas eu de grandes suites^ mais à Culloden, une action entre ouzc mille hommes d'un côté, et sept à huit mille de l'autre,, décida du sort de trois royaumes. Il n'y eut pas dans ce combat neuf cents hommes de tués parmi les rebelles ; car c'est ainsi que le malheur les a l'ait nommer en Ecosse môme. On ne leur fit que trois cent vingt prisonniers. Tout s'enfuit du côté dlnverness, et y fut poursuivi par les vainqueurs. Le prince, accompagné dune centaine d officiers , fut obligé de se cter dans une rivière, à trois milles dlnverness^ et de la passer à la nage. Quand il eut gagné l'autre bord, il vit de loin les flammes, au milieu desquelles périssaient cinq ou sixeen^s mon tagnardsdans une grange à laquelle le vainqueur avait mis le feu , et il entendit leurs cris.
11 y avait plusieurs femmes dans son armée, une entre autres, nommée Madame de Séford, qui avait combattu à la tôte des troupes de montagnards qu'elle avait amenées; elle échappa à la poursuite; quatre autres furent prises. Tous les officiers français furent faits prisonniers de guerre, et celui qui faisait la fonction de ministre de France auprès dû prince Edouard, se rendit prisonnier dans Inverness. Les Anglais n'eunent que cinquante hommes de tués et deux cent çif* «junnte-iièuf de blessés dans cette affaire décisive.
Le duc de Cumberland lit distribuer cina mille
fibres .sterling (environ cent <juinze mille livres d* France ) aux soldats : c'était un argent qu il avait reçu du maire de Londres *, 3 avait été fourni par quelques citoyens qui ne l'avaient donné qu^à cette côjidition, Çejtte singularité prouvait encore que le parti le plus riche devait être victorieux. On ne donna pa? un moment de relâche aux vainciis; on les poursuivit partout. Les simples soldats se retiraient aisément dans leurs montagnes et dans leurs déserts. Les officiel? se ; sauvaient av ce plus de peine ; les uns étaient trahis et hyrqs, les autres se rendaient eux-mêmes dans l'espérance du pardon. Le prince Edouard, Sullivan^ Sli<*ridai!, et quelques-uns de ses adhérents, } sc retirèrent d'abord dans les ruines du fort Auguste \ çlont il fallut sorjtir. À mesure qu'il s eloighait, il voyait xîi- ; le: nombre de ses amis. La division sè mettait parmi eux, et ils se reprochaient l'un à Tartre leurs malheurs • ils s aigrissaient dans leurs contestation^, sur lés partis qu'il fallait prendre; plusieurs "se retirèrent, et il ne lui resta que Sheridan ët .Siillivan^quî lavaient suivi quand il partit de France. 1 1 1 ' ,; U V * Il marcha avec 'eux cinq jours et cinq nuits, saris" presque prendre un moment de rëpos, et mrinquan'V souvent de nourriture. Ses ennemis le suivaient & la* piste. Tous les environs -étaient remplis de soldats qui* le cherchaient, et le prix mis à sa tôte redoublait leur* diligence. Les horreurs du sort qu'il éprouvait étaient en tout semblables à celles où fut réduit son grai\d oncle, Charles II, après la bataille de Vorcester, aussi f ineste que célle de Çulloden. Il n'y a pa? d'exemple sur là terre d'une suite de calamités aussi singulières ët aussi borribles que celles qui avaient affligé toute sa
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maison. Il était né dans l'exil, et îl n'en était sorti que pour traîner, après des victoires, ses partisans surlechafaud , et; pour errer dans des montagnes. Son" père , chassé au berceau du palais des. rois et de sa patrie , dont il avait été reconnu lhéritier légitime, avait feit comme lui d>es tentatives qui n'avaient abouti qu'au supplice de ses partisans. Tout ce long amas d'infortunes uniques se présentait sans cesse au cœur du prince, et il ne perdait pas l'espérance. Il marchait à pied , sans appareil à sa blessure , sans aucun secours , à travers ses ennemis; il arriva enfin dans un petit port nommé Àrizaig, à l'occident septentrional de l'Ecosse.
La fortune sembla vouloir alors le consoler. Deux armateurs de Nantes faisaient voile vers cet endroit, et lui apportaient de 1 argent, des hommes et des vivres : mais, avant qu'ils abordassent j les recherches conUnrçplles qu'on faisait de sa personne, l'obligèrent 4,e partir du^eul endroit où il pouvait alors trouver sa sûreté ; et à. peine fut -il à quelques milles de ce port, qu'il apprit que ces deux vaisseaux avaient .abordé, et qu'ils s'en étaient retournés,. Ce contre-temps aggravait encore son infortuné II fallait toujours fijir et se cacher. Onel, un de ses partisans irlandais au service d'Espagne, qui le joignit dans ces cruelles conjonctures, lui dit qu'il pouvait trouver une retraite assurée dans une petite ile voisine, nommée ^tornaj, la dernière qui est au nord - ouest de l'Ecosse. Us s'embarquèrent dans un bateau de pécheur ; ils arrivent .dans cei asile; mais à peine sont -ils sur le rivage, quils apprennent qu'un détachement de, l'armée da duc de Cumberlanq est dans l'île. Le prince et ses amis furent obligés de passer la nuit dans un marais pour se déro-
, * * PRÉCIS DU SIÈCtB M LÔITIS XV. l§$
ber à une poursuite si opiniâtre. Ils hasardèrent au point du jour de rentrer dans leur petite barque , et de se remettre en mer sans provisions^ et sans savoir quelle route tenir, À peine eurent -ite Vogué deux milles , qu'ils furent entourés de vaîsfceatfx ennemis-.
11 n y avait plus de Salut qu'eiî échouant entre des rochers sur le rivage d'une petite île déserte et presque inabordable. Ge qui en d autres temps eût été regardé comme une des plus cruelles infortunes, fut pour eux leur unique ressource. Ils cachèrent leur barque- derrière un rocher , et attendirent dans ce désert que les vaisseaux anglais fussent éloignés, ou que la mort vînt finir tant de désastres. Il ne restait au prince , à ses amis et aux matelots, qu'un peu d'eau-de-vie pour soutenir leur vie malheureuse. On trouva par hasard quelques poissons secs que des pêcheurs, poussés par la tempête, avaient laissés sur le rivage. On rama d'île en île, quand les vaisseaux ennemis ne parurent plus. Le prince aborde dans cette même île de Wist , où il était-venu prendre terre lors- N qu'il arriva de. France. Il y trouve un peu de secours et de repos; mais cette légère consolation ne dura guère. Des milices du duc de Cumberland arrivèrent au bout de trois jours dans ce nouvel asile. La mort ou la captivité paraissait inévitable!
Le prince avec ses deux compagnons se cacha trois jours et trois nuits dans une caverne. Il fut encore trop heureux de se rembarquer, et de fuir dans une aùtre île déserte, où il resta huit jours avec quelques provisions d'eau-de-vie , de pain d'orgeTfet de poisson sàlé* On ne pouvait sortir de ce désert et regagner l'Ecôsse qu'en risquant de tomber entre les mains -des Anglais
igG f*4çi.s DU ?r. L :cLF. 'de louis *v. «
qui bordaient le rfrrço; mais il fallait ou yéiirpar la , ou preDcfoê ce parti. • •!
Ils se rem<?WcM;doae en mer* et ils tardent pen>- <lant la nuit. Ils crr< fient sur le *iv.*gey n'ayant peur habits quedas.fcwbeaufc déchirés de vêtements à l'usage dea raoïUagétfnfc. lis rcheontrèœnt . au pçint du jour une demoiéeUè. à cheval v suivie d iin jeune domestique, ils hasardaient de toi [parler, Gëtte demoiselle . «ta i t de la mai son de. Mu Wtèsall attachée aux Stuart. Le prince , qui Favâi t vue dans le temps de ses succès , In reconnut, et sep fit recomiaitre.:îEile se jèta-à ses . pieds : le prince, ses «amis et eUe fondaient en larmes, ct ( les fhwfe que «ademnisette de Makdonall versait dans cette entre Vue si singulière rôt si touchante r redpublaies tjpar le dau ger du I elle voyait le pinice «iOn ne pouvait faire un pas; axas : risquer d etife ipris. Elle conseilla au . prince de se cacher dqns une caverne qu'elle lui indiqua «au pied d'une montagne ,;puès de là cabane d%> im>iitagnard connu d'elle et affidé ; et elle promit de 've»juir le prendré datisiictette retraite, ou de lui envoyer quelque personne sure qui se dbargerait de
le conduire. ' ]• * - :
Le prince sVnfotaça donc encore d^ns une. caverne avec ses fidèles compagnons. Le paysan montagnard leur fournit un peu de fit^ine dorge détrempée dans
, de l'eau mais ils perdirent toute espéra n ce, ■ lorsque , ayant passé deux jours dans ce lieu affreux^ptersonne ne vint à leur secours. Tous les environs étaient garnis
' de milieps. Il ôe restait plus de «vi*res à ces fugitifs. Une maladie crueHe affaiblissait le^prijaice; son corps était couvert de bontonsxLkérésJCetétat, ce qu'il avait soMÏTert, et tou^ce qu'il avait ;à fcifcUicfee ? mettaient le'
eouàMe à cet excès des plus horribles misères que la na* tuEeJiuradifteptusse éprouve^ mais iln'étaitpas au bout.
Mademoiselle de Makdonall envoie enfin un exprès dahsla cavèriîe; et oet exprès leur apprend que la re^ UtiitH diaiSf^é 'GontiiBexitïe^t impossible ; qu'il faut fuir eaccuié dans uriepetiSe île nommée Benbécula , et s'y rëfilgîér ds*ns, la inaison d'un pauvre gcu tilhomme qu'on lènr indiqué; que mademoiselle de Makdonall s'y trouvera , et que là on vèrta les arrangements qu'on pourra prendre pour leur sûreté. La môme barque qui les avait portés auvGoiitinent, les transporte donc dans cette i!e. Ils. marchent vers la maison de ce gentilhommcu . Mademoiselle de Makdonall semLarque k quelques milles de làqpour les aller trouver. Mais ils sont à peine t arrivés dans lilej qu : ils apprennent que le gentilhomme chez lequel ils comptaient trouver un asile , aviait été enlevé la nuit aveG toute sa famille. Le prince et ses an lis se cachent encore dans des marais. Onel enfin va à lfi découverte. Il rencontra mademoiselle dé Makdonall dans une chaumière. Elle lui dit quelle pouvait sauver le prince en lui donnant des habits de servante qu'elle ùVait apportés avec elle, mais qu'elle ne pouvait sauver que lui, qu'une seule personne de plus serait suspecte. Ces deux hommes n hésitèrent pas à préférer son salut au leur. Ils se séparèrent en pleurant. Charles-Edouard prit des habits de servante, et suivit, sous le nom de Beiti, mademoiselle de Makdonall. Les dangers ne cessèrent pas malgré ce déguisement. Cette demoiselle et le prince déguisé se réfugièrent dabord dans File- de Skie, à l'occident de l'Ecosse.
Ils étaient dans la maison d'un gentilhomme, lors
que cette maison est tout à coup investie par les milices ennemies. Le prince ouvre lui-même la porte aui soldats. Il eut le bonheur de n'être pas reconnu ;imais bientôt après on sut dans l'île qu il était dans cexhi^ tèâu. Alors il fallut se séparfer de mademoiselle de Makdonall, et s abandonner seul à sa destinée* ttmarcha dix milles, suivi d'un simple- batelier. Enfin^ pressé de la faim et prêt à succomber , il se hasarda d'entrer dans une maison dont il savait bien que le inaitre n'était pas de son parti. Le fils de votre roi, lui dit-il , vient vous demander du pain et . un habit. Je sais que vous êtes mon ennemi; mais je vous crois assez de vertu pour ne pas abuser de ma confiance et de mon malheur. Prenez les misérables vêtements qui me couvrent ^ gardez-les; vous pourrez me les ap-
. porter un jour dans le palais des rois de la Grande^ Bretagne. Le gentilhomme auquel il s'adressait fut touché , comme il 'devait letrc. Il- s'empressa de le se-
- courir, autant que la pauvreté de ce pays peut le permettre % et lui garda le secret* i • De cette île il regagna encore l'Ecosse, et se rendit dans la tribu de Morar qui lui étuit affectionnée ; il erra ensuite dans le Lockaber, dans le BadeuocL Ce fut là qu'il apprit qu on avait arrêté mademoiselle de Makdonall, sa bienfaitrice, et presque tous ceux qui lavaient reçu. 11 vit la liste de tous ses partisans cou^ damnés par contumace. C'est ce qu'on appelle en Angleterre un acte datteinder. Il était toujours en danger lui-même; et les seules nouvelles qui lui venàient étaient celles ,de la prison de $es serviteurs dont 00 préparait la mort.
Le bruit se répandit alors en France que ce prince
était au pouvoir de ses ennemis. Ses agents de Versailles effrayés, supplièrent le roi de permettre qu'au moins on fit écrire en sa faveur. II y avait en France plusieurs prisonniers de guerre anglais; et leÉ partisan^ du prétendant s'imaginèrent que cette considération pourrait retenir la vengeance de la cour d'Angleterre, et prévenir 1 effusion du sang qu'on s'attendait à voir verser sur les échafauds. Le marquis d'Argenson , alors ministre des affaires étrangères et frère du secrétaire de la guerre, s adressa à l'ambassadeur des Provincesunies, M* Van-Hoëy, comme à un médiateur. Ces deux ministres se' ressemblaient en un point qui les rendait différents de presque tous les hommes d Etat; c'est qu'ils mettaient toujours de la franchiseet de lhumanité où les autres n'emploient guère que la politique.
L'ambassadeur Van-Hoëy écrivit donc une longue lettre au duc de Ncucastle, secrétaire d'Etat d'Angle^ terre. Puissiez-vous 9 lui disait-il bannir cet art pernicieux que la discorde a enfanté pour exciter les hommes à se détruire mutuellement ! misérable politique qui substitue la vengeance, la haine, la méfiance, l'avidité aux préceptes divins de la gloire des rois et du salut des peuples. ,
Cette exhortation semblait être, pour la substance et pour les expressions , d'un autre temps que le nôtre : on la qualifia d'homélie : elle choqua le roi d'Angleterre au lieu de l'adoucir. Il fit porter ses plaintes aux Etats- Généraux de ce que leur ambassadeur avait osélui envoyer des remontrances d'un roi ennemi , sur la conduite qu'il avait à tenir envers des sujets rebelles. Le duc de Neucastle écrivit que c'était un procédé inouï! Les Etats -Généraux réprimandèrent vivement leur
aop pre'çis bu siJeiE de louis xv.
ambassadeur, et lai ordonnèrent de faille excuse audm; de Neucastle, et de réparer siï faute. L'ambassadeur, convaincu qu'il n'en avait point fait 7 obéit , et écrivit que s'if- çvt&t manqué, c'était un malheur inséparable de la copdjtion humaine. Il pouvait avoir manqué aux lois de la politique, mais non à celles de l'humanité. Le ministère anglais et les Etats-Généraux devaient savoir combien le roi de France était en droit d intercéder pour h s Ecossais : ils devaient savoir que quand Louis XIII eut pris la Rochelle , secourue en vain par les armées navales du roi d'Angleterre Jacques I, ce roi envoya le chevalier Montaigu au roi de France,
Eour le prier de faire grâce aux Rochelois rebelles, et ouïs XIII eut égard à celle prière. Le ministère anglais n'eut pas la môme clémence.
Il commença par tâcher de rendre le prince Charles- Edouard méprisable aux yeux du peuple, parce qu'il avait été terrible. On fit porter publiquement dans Edimbourg les drapeaux pris à la journée de Culloden ; le bourreau portait celui du prince ; les autres étaient entre les mains des ramoneurs dé cheminée , et le bourreau les brûla tous dans la place publique. Cette farce était le prélude des tragédies sangfantes qui suivirent.
On commença, le 10 auguste 1746, par exécuter * dix-sept officiers. Le plus considérable était le colonel du régiment de Manchester, nommé Tounley; iï fut traîné, avec huit officiers, sur la cl lie au lieu du supplice, dans la plaine de Kenuengton près de Londres; et après quW les eut pendus, ou leur arracha le cœur, dont on leur battit les joues, et on mit leurs membres en quartiers. Ce supplice est un reste dune ancienne barbarie. On arrachait le cœur autrefois aux criminel*
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condamnés-, quand ils respiraient encore. On ne fait aujourd'hui cette exécution que quand ils sont étran* glés. Leur mort est moins cruelle, et l'appareil sanguinaire quoa y ajoute, sert à effrayer la multitude. H n'y eiit aucun d eux qui ne protestât, avant de mourir, qu'il périssait pour une juste cause , et qui n'excitât le peuple à combattra pour elle. Deux jours après, trois pairs écossais furent condamnés à perdre la kVte.
On sait qu'en Angleterre les lois ne considèrent comme nobles que les lords, cest-A-dire, les pairs. Il* sont jugés,. pour crime de haute trahison, d une autre manière que le reste de la nation. On choisit, pour présider à leur jugement, un pair à qui on donne le titre de grand-àtuard du royaume. Ce nom répond à peu près à celui de grand sénéchal. Les pairs de la Grande-Bretagne reçoivent alors ses ordres. 11 les convoque dans la grand salle de Westminster par des lettres scellées de son sceau, et écrites en latin. Il faut qu'il ait au moins douze pairs avec lui pour prononcer l'arrêt. Les séances se tiennent avec grand appfiM reil; il s assied sous un daisjje clerc de la couronné 1 délivre sa commission. à un roi d'armes, qui la lui présente à genoux : six massiers Taccomoaguent toujours, et sont aux portières de son carrosse quand il se rend' à la salle et quand il en sort, et il a cent guji/os par jour pendant l'instruction du procès. Quand les pairs accusés sont amenés devant lui el devant Us pairs v leurs juges, un sergent d'armes crie trois fois ores, en ancienne langue française. Un hu'ipsicr porte devant* l'accusé nue hache dont le tranchant est tourné vers le grancL-stuard; et quand Parrèt de mort est prononcé r en tourne alors Ju hache vers le coupable.
«= 12 auguste 1746= Ce fut avec ces cérémonies lugubres qu'on amena à Westminster les trois lords Balmerino, Kjlmaraock, Cromarty. Le chancelier faisait les fonctions de stuard : ils furent tons trois convaincus d'avoir porté les armes pour le prétendant, et condamnés à être pendus et écartelés selon la loi. Le grândstuard, qui leur prononça l'arrêt -, leur annonça en «raine temps que le roi, en vertu de la prérogative de sa couronne, changeait ce supplice en celui de perdre la tète. L épouse du lord Cromarty, qui avait huit enfants, et qui était enceinte du neuvième, ^alla avec toute sa famille.se jeter aux pieds du roi , et obtint la grâce de son mari. ~ .
= 29 auguste- Les deux autres furent exécutés. Kilmarnoek,,monté sur Féchafaud, sembla témoigner du repentir. Balmerino y porta.une intrépidité inébranlable. Il voulut mourir dans le même habit uniforme sous lequel il avait combattu. Le gouverneur de la tour ayant crié, selon lusage, Vive le roi George ! Balmerino répondit hautement, Vivent le roi Jacques et son digne fils ! Il brava la mort comme il avait bravé ses juges. • ' * " ' 1 '
On voyait presque tous les jours des exécutions; on remplissait les prisojis d'accusés. Un secrétaire du prince Edouard , nommé Murray , raeheta sa vie en découvrant au gouvernement des secrets, qui firent connaître âu roi le danger qu'il avait couru. Il fît vôir qu'il y avait en effet dans Londres et dans les provinces un parti caché 7 et que ce parti avait fourni dlassez grandes sommes d'argent. Mais , soit que ces avçux ni. fussent pas assez circonstanciés , soit plutôt que le gouvernement craignît d irriter la nation par des recherches
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odieuses, on se contenta de poursuivre ceux qui avaient une part évidente à la rébellion. Dix furent exécutés à Yorck, dix à Carlile, quaraute-sept à Londres : au mois de novembre, on fit tirer au sort des soldats et des bas-officiers , dont le vingtième subit la mort, et lé reste fut transporté dans les colonies. On fit mourir ' encore ? au même mois, soixante et dix personnes h Penrith, à Brumpton et à Yorck, dix à C^rlilé, neuf à Londres, Un prêtre anglican, qui avait eu Fimprudence de demander au prince Edouard lévôché dé Carlile , tandis que ce prince était en possession de cette ville, y fut mené à la potence en habits pontificaux : il harangua fortement le peuple* eir faveur de la famille du roi Jacques , et il pria Dieu pour tousceux qui périssaient comme lui dans cette querelle;
Celui dont le sort parut le plus à plaindre fui le lord Dcveirwatcr : son frère aîné avait eu la téte tianchéc à Londres en 171 5, pour avoir combattu dans la même cause ; ce fut lui qui voulut que son fils , encore enfant , montât sur l'échafaud, et qui lui dit : Soyez couvert de mon sang , et apprenez à mourir poivr vos rois. Son frère puîné qui, s étant -échappé alors, .alla servir en France , avait été N enveloppé dans la condamnation de son frère aîné. Il repassa en Angleterre, dès qu'il sut quil pouvait être utile au prince Edouard; mais le vaisseau sur lequel il s'était embarqué avec son fils et plusieurs officiers , des armes et de l'argent , fut pris par les Anglais. Il subit la même mort que son frère, et avec la même fermeté, en disant qtie le roi de France aurait soin de son fils. Ce jeune gentilhomme, qui n était point né sujet du roi d'Angleterre, fut relâché^ et revint en France, où le roi exécuta en effet ce <jur
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ion' père s'était promis, en lui donnant une pensioiï t lui et à sa soeur.
Le dernier pair qui mourut porlamaindu bourreau, fut le lond Lovât, âgé de quatre-vingts ans; c'était lui qui avait été le premier moteur de l'entreprise. Il eu avait jeté le^fomlements dès l'année 1740; les principaux mécontents s'étaient assemblés secrètement chez lui ; il devait faire soulever les clans en 1^43 , lorsque le prince Charles -Edouard s'embarqua. Il employa, autant qu'il le put , les subterfuges des lois à défendre un reste de vie qu il perdit eafin sur l'échafaud : mais il mourut avec autant de grandeur d'âme qu'il avait misdans sa conduite de finesse et d'art; il prononça tout haut ce vers d'Horace avant de recevoir le conp :
Dulce et décorum est pro palrid i:\orL
Ce qu'il y eut de plus étrange, et ce qu'on ne pest guère voir qu'en Angleterre, c'est qu'un Jeune étudiant d'Oxford, nommé Painter, dévoué au parti j*icobite, èt cuivré de ce fanatisme qui produit tant de choses Extraordinaires dans les imaginations ardentes, de- Luanda à mourir à la place du vieillard condamné. Il fit les plus pressantes instances, quon n'eut garde d'écouter. Ce jeune homme ne connaissait point Lovât; mais il savait quil avait été le chef de la conspiration, et le regardait comme un homtoe respectable et nécessaire. •
• Le gouvernement joignit aux vengeances du passé des précautions pour l'avetnir ; il établit un corps de milice subsistant vess. les frontières d'Ecosse. On dépouilla tous les seigneurs éc'ossais de \&m droits de juridiction qui leur attachait leurs tribus : et les chef*
raicisDu siècle de louis xv. ao5
qui étaient demeurés fidèles , furent indemnisés par des pensions et par d'autres avantages. ,
Dans les inquiétudes ou l'on était en France sur la destinée du prince Edouard, on avait fait partir, dès le mois de juin, deux petites frégates, qui abordèrent heureusement sur la côte occidentale d'Ecosse , où eu prince était descendu quand il commença cette entreprise malheureuse. On le chercha inutilement dans ce pay$ et dans plusieurs iles voisines de la côte du Lockaber. Enfin, le 29 septembre, le prince arriva par des chemins détournés , et au travers de mille périls nouveaux, au lieu 011 il était attendu. Ce qui est étrange, et ce qui prouve bien que les cqeurs étaient A lui r c est que les Anglais ne furent avertis ni du débarquement, ni du séjour, ni du départ de ces deux vaisseaux. Ils ramenèrent le prince jusqu'à la vue de Brest ; mais ils trouvèrent vis-à-vis le port une escadre anglaise. On retourna alors en haute mer , et on revint ensuite vers les côtes de Bretagne, du côté de Morlaix. Une autre flotte-anglaise s'y trouve encore -, on hasarda de passer à travers les -vaisseaux ennemis; (t enfin le prince, après tant de malheurs et de dan gers, arriva, le 1 o octobre 1746, au port de Sain t-Paul-dc- Léon , avec quelques-uns de ses partisans échappés comrqe lui .à la recherche des vainqueurs. Voilà où aboutit une aventurc qui eût réussi dans les temps de la chevalerie, mais qui ne pouvait avoir de succès dans uni temps où la discipline militaire , l'artillerie, et surtout l'argent ^ décident de tout à la longue.
Pendant que le prince Edouard avait erré dans le* montagnes, et dans 1<% îles d'Ecosse, et que les écha-. fauds étaient dressés de tous côtés pour ses partisan ,
son vainqueur T \è dut de Cuinberland, avait été reçu à Londres en triomphe ; le parleraient lui assigna vingtci^q mille pièces de rente , c'est-à-dire , environ cin, j cent cinquante mille livres , monnaie de France , outre ce «qu'il avait déjà. La nation anglaise fait ellemême. ce que font ailleurs les souverains.
Le prince Edouard ne £rt pas alors au terme de ses calamités ; car étant réfugié en France , et se voyant obligé à la fin den sortir pour' satisfaire les Anglais, qui l'exigèrent dans le traité de paix, son courage aigri par tant de secousses ne voulut pas plier sous la nécessité. Il résista aux remontrances , aux prières , aux I ordres , prétendant qu'on devait lui tenir la parole de ne le pas abandonner. On se crut obligé de se saisir de sa personne. H'fut arrêté, garotté, mis en prison y conduit hors de France ; ce fut-là le dernier coup dont la destinée accabla une génération de rois pendant trois cents années. : "
Charles-Edouard depuis ce temps se cacha au reste de la terre. Que les hommes privés, qui se plaignent j de leurs petites infortunes, jettent les yeux sur ce prince et sur ses ancêtres (a). ♦
(a} Toutes ces particularités forent écrites en iy^S, sons la dictée d'un homme qui avait accompagné long-temps 1« prince Edouard dans ses prospérités et dans ses infortunes. L'histoire de ce prince entrait dans les mémoires de la guerre de 1741. Elle a échappé entièrement aux recherches de ceux qui ont volé , défiguré et vendu une partie do manuscrit*
nias du siècle de louis xv, 207