CHAPITRE XXXIV
f,as Français malheureux dans tes quatre parties <h mor.de. Désastres 'du qowvrnôw: Dupleix. Sup* j'iicc du général Lalli., , ...
TiV France alors semblait plus épuisée' dlibmmes et ci argent dans son union âvôc l'Autriche, qu'elle navhit paru 1 ett^e dans deux cents ans de guerre contre elle. C'est ainsi que sous Louis XIV il en avait coûté pour secourir l'Espagne, plus qu'on n'avait prodigué pour la combattre depuis Louis XII. Les ressources de la France ont forme ces plaies; mais elles n'ont pu réparer encore celles quelle a reçues en Asie , ou Afrique et en Amérique.
Kllc parut d abord triomphante en Asie. La compagnic des Indes était devenue conquérante pour son malheur. L'empire de l'Inde , depuis 1 irrup'tion de SKn-îïâdir, n'était plus qu'une anarchie. Les soubabs, qui sont des vice-rois ^ ou plutôt des roià tributaires, uchctctrcnt leurs royaumes a la Porte du grand padisha mo^ol, et revendaient leurs provinces à des nababs qui valaient, à prix d argent, des districts à des raïas. Souvent les ministres du mogol ayant donné une patent»* de roi, donnaient la même patente A qui en payait davantage. Sonbab, nabab, raïa, en usaient de même. Chacun soutenait parles armes un droit chèrement acheté. Les Marattçs se déclaraient pour celui
/ qui lc$ payait le mieux, et pillaient amis et ennemis. Deux bataillons français ou anglais pouvaient battre . ces multitudes indisciplinées, qui n'avaient nul art, et qui même , aux Marattes près , manquaient de courage. Les plus faibles imploraient d#nc, <pour êtrt; souverains dans l'Inde, la protection des marchands venus de France et d'Angleterre , qui' pouvaient leur fournir quelques sbMats e? quelques oiïicicrs d'Europe. Cest . dans ces occasions quun simple capitaine pouvait quelquefois faire une plus grande fortune dans ces V?) s qu'aucun général parmi nous.
Pendant que les princes de la presqu^ile se bn ttaien t
« entre eux, on a vu que Ces marchands anglais et français se battaient aussi , parce que leurs rois étaient en-
t , nemis eh Europe. ^
Apres la paix de 1748, le gouverneur Dupleix cpn-^
f sefva le peu de troupes quil avait, tant les soldais ' 'd'Europe, quoîi appelle blancs, que les noirs des île^ transplantés dans l'Inde , et les cipayes et pions indiens.
Un dés sous-tyrans de Ces contrées, nommé Ghandasacfr, aventurier arabe, né dans le désert qui est au sud-est de Jérusalem , transplanté dans l'Inde pour y foire fortune, i tait devenu gebdre du nabab d'Arcatc. Cet Arabe assassina son beau-père, sou frère et son neveu. Ayant ,éprouy;é des revers peu proportionnés à ses crimes, il eut recours au gouvpriieur Dupleix pour obtenir la nababie dArcate, dont dépend Pondichéri., Dupleix lui prêta d'abord secrètement dix mille louis d'or qui , joints aux débris de la fortune de ce scélérat r lui valurent cette yice-royauté d'Arcate. Son argent et ses iatriguesTui obtinrent le diplôme Ao ce vîce-rof
*BÉCIS Dtî MfcCLE nE LOtlS XT.
ci 'Arc;: te. Dès qu'il en est en possession, Dupleix lui prête des troupes. 11 combat avec ces troupes réunies
* aux siennes le véritable vire-roi dArcate. C'était ce nièjuc Anaverdi-kan , Agé de cent sépt ans, dont nous * avons déjà parlé , qui fut assassiné à la tète de sou année. •
Le vainqueur Chandasaeb, devenu possesseur des trésors du iport , distribua la valeur de deux cent mille francs aux soldats de Pondichéri, combla les officiers de présents, et fit ensuite une donation de trente-cinq aidées à la compagnie dès Indes. Aldéç
, siguilie village, c'est encore le terme dont on se sert eu Espagne depuis l'invasion des Arabes, qui dominèrent également dans l'Espagne et dans l'Inde , et dont la langue a laissé des traces dans plus de cent provinces..
Ce succès éveilla les Anglais. Hs prirent ausshôt le parti de la. famille vaiîjcue. il y eut deux, nababs; et ( onïrnole souhab ou roi de Décan était lié avec le gouverneur de Poiidichéri. un autre roi, son compétiteur, s nuit avec les Anglais. Voilà donc encore tine guerre sanglante allumée- entre* les comptoirs de France et cl Angleterre sur les côtes de Coromandel , pendant que lEurope jouissait de la paix. On consumait depart et d'autre dans cette guerre tous les fonds desti- ; nés au commerce, et chacun espéré se dédommager - SOS les trésors des princes indiens,.
Oji montra des deu* côtés un grand courage.- MM. d'Auteuil, de Bussi, Lass,et beaucoup 4 autres, se signalèrent par des actions qui avivaient eu. de l'éclat dans les armées du maréchal de Saxe. Il y eut surtout un exploit aussi surprenant qu'il est indubitable^
cest qu'un officier, nommé M, de la Touche, suivi de trois cents Français, entouré d une armée de quatre)vingt mille hommes qui menaçait Pondichéri , pénétra la nuit dansleur camp, tua douze cents ennemis sans perdre plus de deux soldats, jeta répouvante dans cette grande année, et la dispersa toute entière. C était une journée supérieure à celle des trois cents Spartiates au pas des Thermopylcs, puisque ces Spartiates^ y périrent , et que les Français furent vainqueurs. Mais nous ne savons peut-être pas célébrer assez ce qui mérite de l'être-, et la m idlinide innombrable de nos combats en étouffe la gloire*. . "
Le roi. pçôtégé par les Français s'appelait Mouza- Fersingue. 11 était neveu du roi favorisé par les An* gbiïs. L'oncle avait lait le neveu prisonnier, et cependant il ne l'avait point encore mis à mort, malgré les usages de la famille. 11, le traînait chargé de fera à la suite de ses armées,. avec unie partie de ses trésors. Le , gouverneur. DupleU négocia si, bien avec les officiels de l'armée ennemie, que dans un second combat le vainqueur de Mouza-Fcrsingue fut assassiné. Le captif fut roi r et les trésors de son ennemi furent sa conquête., JI y avait dans lç- camp dix-sept mtilioi^ d'argeut;Comptanti MouzarFersingue en promit la plus grande partie à, lfr compagnie des Indes ;la petite armée française partagea, douze cent mille fouies. Tous, les officiers furent mieux récompensés qu'ils ne fautaient été d'aucune puissance de fEurope..
- Dupfcix, reçut Mouza-Fersiîiguc dans Pondichéri , comme un gTAild! roi fait les honneurs de sa cour à un monarque voisin- Le nouveau soubab, qui lui devait la couronney donna; à ? son protecteur <juatrc-vingts
U~6 r^RÊCIS D V SIÈCLE DE LOUIS XY. ^
akh'rs, une pensionde dehxbent quarante mille livres pour lui, autant yoùÏ madame Dupleix, une de •quarante railic écm pour une 'fille de madame Dupleix, . du .premier lit. (jllanda.-aeb , bienfaiteur et protégé, fut nomme vice -roi (J Arcate. La pompe de Dupleix égalait au, moins celle des deux princes: S'alla audevant deux, porté dans un peilanquûi , escorté de cinq cents gardes précédés dune musique guerrière,, et suivis d éléphants armés. ' * " 4
Apres la mort de son protégé Mouza-Férsingue, Usé dans une sédition de ses troupes, il 'nttmAa encore un autre roi, et il en reçut quatrfe petites provinces -et* don pour ia compagnie. On lui disait de toutes parts qu'il ferait trembler le grand mogol avant un an. Il était souverain en effet; car aj^aut acheté mie patente de vice -roi de Camate à la chancellerie car grand mogol même, pour la somftie modique de deux cent quarante mille livres , il se trouvait égal à sa créature Chandasaeh, et très-supérieur par son crédit. Marquis on France- et décoré du grand cordon de, S. Louis, ces faibles honneurs étaient fort peu de chose en comparaison de ses dignités et de-son pouvoir . dans îludé. J J ai vu des lettres où sa ftmmç était traitée do reine. Tant de &U£cès et de gloire éblouirent alors lefyëuû dç la compagnie, des actionnaires, et même du ministère; la chaleur de 1 enthousiasme fut presque aussi grande que dans leg commencements du système*, et les espérances étaient bien autrement fondées, car il paraissait que les' seules terres concédées à la.compagme rapportaient environ trente^neiif millions an- 1 nuels. On vendait, année commune, pour vingt millions d'effets en Fiance, au poat dé- 1 Orient; il senv*
bîuit que là compagnie dût compter sur cinquante miHions par année, tous frais faits. 11 n'y a point de souverain en Europe, ni peut-être sur la terre, qui ait un tel revenu quand toutes les charges sont acquittées. • . • «...
L'excès même de cette richesse devait la rendre suspecte. Aussi toutes, ces -grandeurs' et toutes ces prospérités sévanouiretft comme un songe \ et la France, pour la seconde fois, s aperçut quelle n avait été opulente qu'eu chimères.
Le marquis Dupleix voulut faire assiéger la capitale du Maduré , dans le voisinage dArcate.. Les Anglais y envoyèrent du secours, Les .pfficiers lui représentèrent l'impossibilité de l'entreprise; \\ s'y obstina, et ayant .donné des ordres plutôt en roi qui veut être obéi qu en homme charge d# maintien de la compagnie, il arriva que les assiégeants furent vaincus par les assiégés. La moitié de sou armée fut tuée, l'autre captive. Les dépenses immenses prodiguées pour ces # conquêtes furent perdues, et son protégé Chandasacb, . ayant été pris dans cette déroute, eut la tète tranchée. » Mars - Ce fut le fameux lord Clive qui' ' eut l'a part principale à la victoire C'est par-là qu i! commença sa glorieuse carrière, qui a valu depuis à la compagnie anglaise presque tout le Bcugpfifc 11 acquit , et conserva la grandeur et les richesses que Dupleix ' avait entrevues. Enfin depuis ce jour la compagnie française tomba dans .la plus triste décadence.
Dupleix fut rappelé en 1753. À celui qui avait joué le rôle d un grand roi , ou donna un succ esseur qui n'agit qu'en bon marchand. Dupleix fut réduit a disputer ii Paris les tristes restes de. sa fortune 'contre la '
278 trécis du siècle de lotjis xv.~ '
compagnie des Indes , et A solliciter des- audience dans l'antichambre de ses juges. Il en mourut bientôt .
, de chagrin ; mais Pondichéri était réservé à de plus grands malheurs. «
% .La guerre funeste de 1756 ayant éclaté en Europe, le ministère français craignant avec trop juste raison pour Pondichéri , et pour tous les établissements de rindè , y envoya le lieutenant-général comte de Lalli. C était un Irlandais de ces familles qui se transplantèrent en France avec celle de l'infortuné Jacques II. 11 s'était si fort distingué à la bataille de Fontcnoi, où il avait pris de sa main plusieurs officiers anglais, que le roi le fit colonel sur le champ de bataille. C'était lui qui avait formé le plan, plus audacieux que praticable, de débarquer en Angleterre avec dix mille hommes, lorsque le prince Charles ^Edouard y disputait la couronne. Sa haine contre les Anglais et; son courage le firent choisir de préférence pour aller les combattre sur les côtes de Coromandel, mais malheureusement il ne joignait pas à sa valeur la prudeuce y la modération^ la patience nécessaires dans uue commission si épineuse.
Il s*étail figuré qu Arcatc était encore le pays de la richesse, que Pondichéri était bien pourvu de tout, qu'il serait parfaitement secondé de la compagnie et des troupes, et surtout de son ancien régiment irlandais qu'il menait avec lui. 11 fut trompé dans toutes ses espérances.. Point d'argent dans les caisses , peu de i munitions de toute espèce , des noirs et des cipayçs pour armée, des particuliers riches et la. colonie pauvre; nulle subordination. Ces objets l'irritèrent et. allumèrent cnjtai cette mauvaise humeur/ gui sied sL
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mal à un chef s et qui nuit toujours aux affaires. S'il avait ménagé le conseil, s'il avait caressé les principaux officiers , il aurait pii se procurer des secours d'argent , établir l'union , et mettre en sûreté Pondichéri. . V
La direction de la compagnie des Indes Pavait con* juré, à son départ, de réformer les ahis sans nombre ; la prodigalité outrée , et le grand désordre qui absorbait tous les revenus. Il se prévalut trop de cette prière , et se fît des ennemis de tous ceux (jui lui de* varent obéir. '
Malgré le triste aspect sous lequel il envisageait tous les objets , il eut d'abord des succès heureux. Il prit aux Anglais le fort Saint-David à quelques lieues de Pondichéri, et en rasa les murs. Si lWveut bien connaître la source de sa catastrophe si intéressante pour tout le militaire , il faut lire la lettre qu'il écrivit du camp devant Saint- David à Duval Leyrit, qui ; était gouverneur de la ville de Pondichéri pour la . compagnie. " ^ '
l = 18 mai 1^53 = « Cette lettre, Monsieur, sera un 1 « secret éternel entre vous et moi , si vous me fourh nissez les moyciis de terminer mon entreprise. Je « vous ai laissé cent mille livres de mon argent pour * « aider à subvenir aux frais qu'elle exige. Je n?ai pas « trouvé ca arrivant la ressource de eent sous dans « voire bourse ni dans celle de tout votre conseil. * ' a Vqu$ m'avez refusé les uns et les autres dy em- « ployer voire crédit. Je vous crois cependant tous- « pljL^s redevables à la compagnie que moi^ qui nai « waibeweusemçnt îbouneur de la conuaître que u pour y avoir perdu la moitié de mon bien eii ijrao»Si
uSo PRÉCIS DU SIÈCLE DE LOUIS XV.
ce vous continuez à me laisser manquer de tout , et ce exposé à faire face à un mécontente me ut général, « noii- seulement j'instruirai le roi et la compagnie « du beau zèle que ses employés témoignent ici «pour lètir service, mais je prendrai des mesuresce efficaces pour ne pas dépendre, dans le court sé- « jour que je désire faire dans ce pays, de l'esprit « de parti et des motifs personnels dont je vois que ce chaque membre paraît octûpë , au risque total de ce la compagnie. »
Une telle lettre ne devait ni lui faire des amis, ni \ùi procurer de largent. Il ne fut pas concussionnaire, mais il montra indiscrètement une telle envie contre tous ceux qui s étaient enrichis*, que la haine publique en augmenta. Toutes les opérations de la guerre en souffrirent; Je trouve dans un journal de l'Inde, fait p*ar un ôfficiër principal , ces propres paroles : « 11 ne ce parle -que de* chaules et de cachots , sans avoir « éghrd à là* distinction et à l'âge des personnes. Il ce vient de traiter ainsi M, de Moracin lui-même. M. de ce LàJU de plaint de tout le monde, et tout le momie ce se plamt dè \\À. Il a dit à M. lé comte de ... : Je ce sens qu'on me déteste, et quoi* voudrai} me voir ce bien loin. Je vous engage m$. parole d'honneur, et « je Vous la donnerai par écrit , que si M. de Lèyrit ce veui me donner dnq cënt mille francs, je me démets « de ma charge, efje passe en France sur la frégate. »
Le journal dit ensuite- r c< On est aujourd'hui â « Polidiéhéri dans le plus grand embarras. On ny « a pas pu ramasser cent mille roupies ; les soldat* <c menacent hautement de passer en corps chez l'en* ic nemu»)' ' * s
PUÉ CIS DU SIÈCLE DE LOUIS XT, ïSl
» Décembre 1758 = Malgré cette horrible confusion , il eut le courage d'aller assiéger Madrass, et s'empara d'abord de toute la ville noire; mais ce fut précisément ce qui l'empêcha de réussir devant la. ville haute, qui o^fc le fort Saint-George. 11 écrivai^de son camp devant ce tort, le 1 1 février 1769 : « Si nous manquons Ma* a< drass, comme je le crjns, la principale raison à a laquelle il faudra l'attribuer, est le pillage de quinze « ^nillions v au moins, tant de dévasté q^e de répandu* « dans le 1 soldat , et , j'ai hônte de le dire , dans « l'officier qui n'a pas craint de se servir de mon nom « en s emparant des cipayes chelingues et autres pour « faire passer à Pondiehéri un butin que vous auriez « du faire arrêter ^ vu son énorme quantité. »
Jai le journal d un officier général que j'ai déjà cite. L'auteur n'est pas Fami du comte de Lalli^il s en faut beaucoup ; son témoignage n'en est que plus recevablc, quand. il atteste les mêmes gricls qui faisaient le désespoir de Lalli. Voici notamment comme il s exprime. : .
« Le pillage immense que les troupes avaient fait « dans Ja ville noire, avait mis parmi elles Fabon- « dan ce. De grands magasins de liqueurs fortes y « entretenaient Fivrognerie et tous les maux dont « elle est le germe. C'est une situation qu il faut avoir « vue. Les travaux, les gardes de la tranchée étaient « £ lits par des hommes ivres. Le fégiment de Lorraine (c fut seul exempt de cette contagion; mais les autres" « corps s y distinguèrent. Le régiment de Lalli se surce passa. De-là les scènes les plus honteuses et les plus « destructives de la subordination et de la discipline. « On a vu des officiers se colleter avec des soldats ,
aS* PRÉCIS Ï)U SIÈCLE DE LOUIS XV*
« et mille autres actions infâmes, dont le détail, rente fermé dans les bornes de la vérité la plus exacte, « paraîtrait une exagération monstrueuse »
= 27 décembre tj:)8= Le comte de Lalli écrivait avec encore plus de désespoir cette lettre funeste : ce L'enfer , « m 7 a vomi dans ce pnj r s d iniquités , et j'attends , « comme Jouas, la baleine qui me recevra 4ans soa « ventre. »
r= 18 février 1709= Dans un tel désordte rien ne pouvait réussir. On leva le siège après avoir perdu une partie de l ? armée. Les autres entreprises fuient encore plus malheureuses sur terre et sur mçr. Les troupes se révoltent , on les apaise à peine* Le général les mène dans la pro vince d'Arcate , pour reprendre la forteresse de Vandavaclii; les Anglais s'en étaient emparés après deux tentatives inutiles, dans lune desquelles ils avaient été complètement battus par le chevalier de Gcogeghan. Lalii osa les attaquer avec des forces inférieures; il les eût vaincus, s'il eût été secondé : mais il ne remporta de celte expédition que llionneur d'avoir donné une nouvelle preuve de ce courage opiniâtre qui faisait son caractère. . - - „ Après bien d'autres pertes, il fallut enfin se retirer dans Pondichéri. Une çscadre de, seize vaisseaux anglais obligea 1 escadre française, envoyée au secours de la çolônie , de quitter la rade de Pondichéri après une bataille indécise , pour se radouber dans file de lîourbon. ^
Il y avait dans la ville soixante mille habitants noirs, et cinq à six cents familles d Europe, avec très peu de vivres. Le général proposa dabord de faire sortir leà noirs qui affamaient Pondichéri j mais çom-
Djgitized
paÊcis Dt; siècle de louis xt. 2*83
ment chasser soixante mille hommes? le conseil n'osa l'entreprendre. Le général, ayant résolu de soutenir le siège jusqu'à l'extrémité, et ayant publié -nu ban par lequel il était défendu, sous peine de mort, de parler de se rendre , fut forcé d'ordonner une recherche rigouîçuse des provisions dans toutes les maisons de la ville. Elle fut faite sans ménagement jusque chez 1 intendant , chez tout le conseil et les principaux officiers. Cette démarche acheva d irriter tous les esprits, déjà trop aliénés. On ne savait que trop avec quel mépris ^ çt quelle dureté il avait traité tout le conseil. Il avait dit publiquement dans une de ses expéditions : « Je « ne veux pas attendre plus long-temps l'arrivée des « munitions qu'on m'a promises. J'y attellerai , s'il le « faut , le gouverneur Leyrit et tous les conseillers. » - Ce gouverneur Lçyrit montrait aux officiers une lettre adressée depuis long-temps à li*i-même , dans laquelle étaient ces propres paroles : « J'irais plutôt comnian- « der les Cafres que de rester dans cette Sodomç , « qu'il n est pas possible que le feu des Anglais ne dé- « truise tôt ou tard au défaut de celui du ciel. »
Ainsi /par ses plaintes et.ses emportements , Lalli s'était fait autant d'ennemis qu il y avait d officiers et d'habitants dans Pondichéri. On lui rendait outrage poui outrage; on affichait à sa porte des placards plus insultants encore que ses lettres et ses discours. Il en fat tellement ému que sa tète en parut quelque temps dérangée. La colère et l'inquiétude produisent souvent ce triste effet. Un fils du nabab Chandasaeb était alors réfugié dans Pondichéri, auprès de sa mère. Un offiqier débarqué depuis peu avec la Hotte française qui sôn était retournée, homme aussi impartial que réx&
diquc , rapporte que cet Indien ayanbvu souvent feur sou lit le générai français absolument nu , chantant la messe et les psaumes, demanda sérieusement à un offieier fort connu Si cetait 1 usage eh France -que? le roi choisit un fou pour scïn gfcuid visir. L'oflkler étonné lui dit. : Pourquoi me faites-vous unétquêstion auffci étrange? C'est ^ répliqua Plndien-, Jparce que vo^re grand visir nous a'.cnvoyé un fou Jpour rétablir les affaires de l'Inde. . > < . 3 t;.v • il* • ■ ?
Déjà les Anglais Moquaient Pondichéri J>ar $çrre ef par mer. Le général n'ayait plus d'autre ressource que de traiter avec les Mara Ues qni levaient ^fcattu; ils lur promirent un secours de dix-huit mille hommes-, mais sentant quon n avait ipoinf d'argent à leur dônner^ aucun Maratte ne .parut. On fut! obligé de sb rendre. Le conseil de Pondichéri soinma le comte d<3 Laili à& capituler. =14 janvier 1761= H assembla un'Coffseil éê guerre. Les pfiîcicrs de ce conseil conclurent à ' "sa rendre prisonniers de guerre suivant les cartels établis: mais le général Goote voulut avoir la Ville* à discrétion. Les Français gavaient démoli Saint-David : les Anglais étaient en droit de iairc un désert de Pondichéri. Le comte de Lalii eut bcaiuréclamer le cartel de vive voix et par écrit. == 16 janvîe^^ On périssait de faim; dans la ville : elle fut livrée aux vainqueurs j qui bientôt après rasèrent les fprtificatiotis ? les murailles ? les magasins^ tous les principaux logements. :t \ • y
Dans le temps même que les Anglais entraient 5 dans la ville, les vaincus s accablaient réciproquement de reproches et d'injures. Les diabitants voulurent tuer leur général. Le commandant anglais fut obligé de lui donner une garde. On le transport^ malade sur un
PJRÉCÏS DU SIÈCLE DE LOUIS X?, *8j
palanquin. Il avait deux pistolets dans les mains, et il en menaçait les séditieux. Ces furieux , respectant la garde anglaise, coururent à un commissaire des guerres , intendant de l'armée , ancien officier , chevalier * à<x Saint-Louis. (*) Il met Pépée à la main : un dea plus échauffes s avance à v lui, en est blessé et le tue. *• Tel fat le sort déplorable de Pondichéri , dont les habitants se firent plus de mal qirils n'en reçurent des vainqueurs. On transporta le général et plus de deux pille prisonniers en Angleterre. Dans Ce long et pénible . voyage , ils s'accusaient encore les uns les autres de leurs Communs malheurs.
. A peine arrivés à Londres , ils écrivirent contre Lalli et contre le très petit nombre de ceux qui lui avaient été attachés. Lalli et les siens écrivaient contre ' le conseil , les officiers et les habitants. Il était si persuadé qu'ils étaient tous repréhensibles et que lui seul, avait raison , qu'il vint à Fontainebleau, tout prïsoni nier qu'il était encore des Anglais, et qu'il offrit de se rendre à la Bastille. = Novembre 1762= On le prit au mot. Dès qu'il fut enfermé, la foule de ses ennemis, que la compassion devait diminuer, augmenta. Il fut quinze mois en prison sans qu'on l'interrogeât.
En 1764, il mourut à Paris un jésuite, nommé Lavaur, long- temps employé dans ceô missions des Indes , où Ton s'occupe des affaires profanes sous le prétexte des spirituelles , et où Ton a souvent gagné , plu§ d'argent que d âmes 5 ce jésuite démandait au ministère une pension de quatre cents livres pour aller . ' faire son salut dans le Périgord , sa patrie, et l'ontrouva dans sa cassette environ onze cent mille livrer
s'appelait du Bois. . * *
2&S PRÉCIS DU SIÈCLE DJE LOXTTS XT.
d'effets, soit en billets, soit en or ou en diamafiîs. C'est ce qu'on avait vu depuis peu à Naples à la mort du fameux jésuite Peppe, qu^on fut près de canoniser. * On ne canonisa point Lavaur ; mais on séquestra ses trésors. Il y avait dans cette cassette un long nié- | moire détaillé contre Lalîi, dans lequel il était accusé de péculat et de lèse- majesté. Les écrits des jésuites avaient alors aussi peu de crédit que leurs personoes proscrites par toute la France ; mais ce mémoire parut tellement circonstancié , et les ennemis de Laili le * tirent tant valoir , qu'il servit de témoignage contre lui.
L accusé fut d abord traduit au Cbàtclet, et bientôt au parlement. Le procès fut- instruit pendant deux années. De trahison, il n'y en avait point, puisque, sil eût été d intelligence avec les Anglais, s'il leur eut vendu Pondicbéri , il sçrait resté parmi eux. Les Anglais d'ailleurs ne sont pas absurdes ; et c'eût été l'être que d'acheter une place affamée qu'ils étaient sûrs de prendre , étant maîtres de la terre et de la mer. De péculat , il n'y en avait pas davantage , puisqu ? il ne fut jamais chargé ni de l'argent du roi, ni de celui de la compagnie : mais des duretés, des abus de pouvoir, des oppressions , les juges en virent beaucoup dans les dépositions unanimes de ses ennemis* , Toujours fermement persuadé qu'il n'avait été que rigoureux et non coupable , il poussa son imprudence jqsqu'à insulter dans ses mémoires juridiques des officiers qui avaient l'approbation générale. Il voulut les déshonorer , eux et tout le conseil de Pondicbéri. Plus il s obstinait à vouloir se laver à leurs dépens , plus il se noiféissaif. Ils avaient tous de nombreux amis , et il a^n avait point. Le cri public sert quelquefois de;
preuve you du moins fortifie les preuves. Les juges n« purent prononcer que suivant les allégations. =6 niai 1766= Ils condamnèrent le lieutenant -général Lalli à être décapité , comme duement atteint d'avoir trahi les intérêts du roi, de lEtat et de la compagnie des Indes , d'abus d'autorité , vexations et exactions.
II est nécessaire de remarquer que ces mots trahi les intérêts du roi ne signifient pas ce qu'on appelle en Angleterre haute trahison, et parmi nous lèse* majesté. Trahir les intérêts ne signifie dans notre langue que mal conduire , oublier les intérêts de quelqu'un , nuire à ses intérêts, et non pas être perfide et trai{re. Quand on lui lut son arrêî, sa surprise et son indignation furent si violentes, qu'ayant par hasard dans la main un compas dont il s'était servi dans sa prison pour faire des cartes de la côte de Coromande! , il voulut- s'en percer le cœur; on l'arrêta. U s'emporta contre ses juges avec plus de fureur encore qu'il n'en avait étalé contre ses ennemis. C'est peutêtre une nouvelle preuve de la forte persuasion où il fut toujours qu'il méritait des récompenses plutôt que des châtiments. Ceux qui connaissent le cœur humain , savent que d'ordinaire les coupables se rendent justice eux-mêmes au fond de leur âme, qu'ils n'éclatent point contre les juges, qu'ils restent dans une confusion inorne. II n ? y a pas un seul exemple d'un condamné avouant ses fautes y qui ait chargé ses juges d'injures et d'opprobres. Je ne prétends pas que ce soit une preuve que Lalli fût entièrement innocent ; mais c'est une preuve qu'il croyait l'être. On lui mit dans la bouche un bâillon qui débordait sur les lèvres : c'est ainsi qu'il fut conduit à la Grève dans un tombereau. ,
288 PRÉCIS DU Sr±CLB-BE LOUIS XV.
Les hommes sont si légers , que ce spectacle hideux attira plus de compassion que son supplice.
L arrêt confisqua ses Biens, en prélevant une somme de cent mille écus pour les pauvres de Pondichéri. On m'a écrit que cette somme ne put se. trouver. Je n'assure point ce que j'ignore (a). Si quelque chose peut nous convaincre de cettte fatalité qui en traîne tous les événements dans ce chaos des affaires politiques du monde, c'est de voir un Irlandais chassé de sa pairie avec la famille de son roi, commandant à six mille lieues des troupes françaises dans une guerre de marchands, sur des rivages inconnus aux Alexandre , aux Gengis et aux Tamerlan ? mourant du dernier supplice sur le bord de la Seine, pour avoir été pris par des Anglais dans l'ancien golfe du Gange.
Cette catastrophe, qui ma semblé digne detre transmise à la postérité dans toutes ses circonstances, ne m'a pas permis de détailler tous les malheurs que' les Français éprouvèrent dans l lnde et dans TAniérique. En voici un triste résumé.
(à) Presque tous les journaux ont débité que le parlement de Paris avait député au roi pour le supplier de ne point accorder de grâce au"condamné. Cela est très faux. Un tel acharnement, incompatible avec la justice et avec l'humanité, aurait couvert le parlement d'un opprobe éternel. 11 est vrai seulement que l'exécution fut accélérée de quelquesTieures, parce qu'on craignait que cet infortuné général ue mourût/ et qu'on envoya un courrier au roi a Choisy pour l'en prévenir. Voyez les Fragments sur l'Inde dans le volume de V Histoire du parlement . - .