‹ Précis du siècle de Louis XV (volume 2)Chapitre 34 sur 42 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Pertes des Français.

b Mars 1757= JL A première perte des Français dans Tlnde fut celle de Chandeniagor , poste important dont la compagnie française était en possession vers les embouchures du Gange. C'était de là qu'elle tirait ses plus belles marchandises,

ï>epuis la prise de la ville et du fort de Chandernagor, les Anglais ne cessèrent de ruiner le commerce des Français dans llnde. Le gouvernement de l'empereur était si faible et si mauvais, qu'il ne pouvait empêcher des marchands d'Europe de faire des ligues et des guerres dans ses propres Etats. Les Anglais eurent même la hardiesse de venir attaquer Surate, une des plus belles villes dfe Tlnde et la plus marchande , appartenante à Tempercur. = Mars 1766= ïls la prirent, ils la pillèrent, ils y détruisirent les cçmptôirs de France, et çn rapportèrent des richesses immenses, sans que

cour aussi imbécile que pompeuse du grand mogol parût se ressentir de cet outrage ,, qui. eût fait exterminer dans l'Inde toite les Anglais: sous l'empire d un Aurengzeb. .. .

Enfin il n 1 est resté aux Français dans cette partie du monde, que le regret d'avoir dépensé pendant plus de quarante ans des sommes immenses pour entretenir une compagnie qui n'a jamais fait le moindre profit, qui n'a jamais rien payé aux actionnaires et à ses créanciers du profit de son négoce ; qui dans son admi-

2$0 PîlÉCîS DU SIÈCLE DE L0UI9 XV.

nistration indienne na subsisté que d'un secret bri gandage , et qui n'a été soutenue que par une partie de la ferme du tahac que le roi lui accordait : exemple mémorable et peut-être inutile du peu d'intelligence que la nation française a eue jusqu ici du grand èt rui-

neux commerce de l'Inde.

=Mai 1757= Tandis que les flottes et les armées anglaises ont ainsi ruiné les Français en Asie, elles les ont aussi chassés de l'Afrique. Les Français étaient maîtres du ileuve de Sénégal, qui est une branche du Niger ; ils y avaient des forts ; ils y faisaient un grand commerce de dents d'éléphants, de poudre d'or, de

mm

que tantôt leurs princes vendent comme des animaux, et qui tantôt vendent leurs propres enfants ou se vendent eux - mêmes pour aller servir les Européans en Amérique. Les Anglais ont pris tous les forts bâtis par les Français dans ces contrées, et plus de trois millions tournois en marchandises précieuses.

Le dernier établissement que les Français avaient dans ces parages de l'Afrique, était l'ile de Garée; elle s'c$t rendue à discrétion, =29 décembre 1758» <et il ne leur est rien resté alors dans l'Afrique.

Ils ont fait bien de plus grandes pertes, en Amérique. Sans entrer fci dans le détail de cent petits combats, et de la pe^te de tous les forts l'un après l'autre, il suffit de dire que les Anglais ont pris Louisbourg pour la seconde fois, = 26 juillet 1758= aussi m*! fortifié, $ussi mal approvisionné que la première. Ett- #n, tandis que les Anglais .entraient dans Surate '4 1 embouchure du fleuve Indus, = 2 mars 17%= ils pr* ç^ient Québec et tout le Canada au fond de i ? j&mè-

PRÉCIS DU SIÈCLE DE LOUiS XV. 2()I

nijue septentrionale -, =18 septembre = les troupes qui ont hasardiTuri 'combat: pour sauver Québec ont été battues ef presque détruites, malgré les efforts du général Mbntcalm , tué dans cette, jôunlée et très regretté en France. On a perdu ainsi en un seul jour quinze cents lieues de pays- Ces quinze cents lieues, dont les. trois quarts sont des déserts glacés, n étaient pas peut-être une perte réelle. Le Canada coûtait beaucoup et rapportait très peu. Si la dixième partie de l'argent englouti dans cette colonie avait été employée à défricher nos terres incultes en France, on aurait fait un gain considérable ; mais on avait voulu soutenir le Canada , et où a perdu cent années de peines avec tout l'argent prodigué sans retour. ... ~ •

Pour comble de malheur, on accusait des plus horribles brigandages presque tous ceux qui étaient employés au nom du roi dans cette malheureuse colonie. Ils ont été jugés au Châtelet de Paris, tandis que le parlement informait contre Lalli, Celui-ci , après avoir cent fois exposé sa vie, Ta perdue par la main d'un bourreau , tandis que les concussionnaires du Canada n'ont été condamnés qu'à des restitutions et des amendes : tant il est de différence entre.les affaires qui semblent les mômes ! ' .

Dans le temps que les Anglais attaquaient ainsi les Français dans le continent de l'Amérique, ils se sont tournés du côté des îles. La Guadeloupe , petite , mais florissante, où se fabriquait le meilleur sucre, est tombée entre leur mains sans coup férir. .

Enfin ils ont pris la Martiniquè, qui était la meilleure et la plus riche colonie qu'eût la France.

Ce. ro3 r aume n'a pu essuyer de si grands désastres sans perdre encore tous les vaisseaux qu'il envoyait pour les prévenir ; à peine une flotte était-elle en mer. r qu'elle était ou prise ou détruite : on construisait, on armait des vaisseaux à la hâte ; c'était travailler pour l'Angleterre, dont ils devenaient bientôt la proie*

Quand on a voulu se venger de tant de pertes, et. faire une descentes Irlande , il en a coûté des sommes immenses pour cette entreprise infructueuse ; et dès que la flotte destinée pour cette descente est sortie de Brest, elle a été dispersée en partie ou prise, ou perdue dans la vase d'une rivière nommée la Vilaine, sur laquelle elle a cherché un vain refuge. Enfin les Anglais ont pris Belle -lsle à la vue des côtes de la France^ qui ne pouvait la secourir.

Le seul duc d'Aiguillon vengea les côtes de Franco de tant d affronts et de tant de pertes. Une flotte anglaise avait fait encore unexlescente à Saint-Cast , près de Saint - Malo ; tout le pays était exposé. Le duc d'Aiguillon, qui commandait dans le pays, marche sur-le-champ à la tête de la noblesse bretonne , de quelques bataillons, et des milices qu'il rencontre en chemin. = i septembre 1758= Il force les Anglais de se rembarquer; une partie de leur arrière -garde est tuée, Vautre faite prisonnière de guerre \ mais les Français ont été malheureux partout ailleurs. Au reste quej ar été le prix de ce service du duc d'Aiguillon et de son sang versé en Italie? une persécution publique et acharnée presque semblable à celle dé Lalli, qui prouve que ceux-là seuls ont raison qui se dérobent à la cour et au public.

* Jamais les Anglais n'ont eu tant de supériorité sur

mer; mais ils en eurent sur les Français dans tous les

dans la guerre de la succession d'Espagne ; ils étaient ^les maîtres des mers, du temps de Louis XIII, de Henri IV, et encore plus dans les temps infortunés de la ligue. Le roi d'Angleterre Henri VIII eut le même avantage sur François L

Si vous remontez aux temps antérieurs , vous frouverez que les flottes de Charles VI et de Philippe de Valois no tiennent pas contre celles des rois d'Angleterre Henri V et Edouard III.

Quelle est la raison de cette supériorité continuelle ? N'est-ce pas epie les Anglais ont besoin de la mer, dont les Français peuvent à toute force se passer, et que les \ 'nations réussissent toujours, comme on Fa, déjà dit, i dans les choses qui leur sont absolument nécessaires? N est - ce pas. aussi parce que la capitale est un port de mer, et que Paris ne connaît que les bateaux de la Seine ? Serait - ce enfin que le climat et le sol anglais !" , produisent des hommes d'un corps plus vigoureux et d un esprit plus constant que celui de , France , , comme il produit de meilleurs chevaux et de meilleurs chiens de chasse? Mais, depuis Bayonnc jusqu'aux 1 cotes de Picardie et de Flandre, la France a des hommes d'un travail infatigable , fct la Normandie -seule a subjugué autrefois l'Angleterre. ~ 1

Les affaires étaient dans cet état déplorable sur terre et sur mer, lorsqu'un homme d un génie actif et hardi, mais sage, ayant d^aussi grandes vues que Je maréchal de Belle - Isle, avec plus d esprit, sentit que la France seule pouvait à peine suffire à réparer des

094 PRECIS DU SIÈCLE LOUIS xv>.

pertes si énormes. Il a su engager l'Espagne à soutenir la querelle ; il a fait une cause commune de toutes les branches de la maison de Bourbon. Ainsi l'Espagne et l'Autriche ont été jointes avec la France par le même intérêt. Le Portugal était en effet une province de l'Angleterre dont elle tirait cinquante millions par an; il a fallu la frapper par cet endroit, et c'est ce qui a, déterminé don Carlos, roi d'Espagne par la mort de son frère Ferdinand, à entrer dans le Portugal. Cette manoeuvre est peut - être le plus grand tr^it de politique dont Histoire moderne fasse mention. Elle a : encore été inutile. Les Anglais ont résisté à l'Espagne^ et ont sauvé lo Portugal.

Autrefois l'Espagne seule était redoutée de toute l'Europe sous Philippe II; et maintenant, réunie avec la France, elle ne peut rien contre le$ Anglais, le comte de la Lippe-Schombourg , l'un des seigneurs de Vestphalie, est envoyé par le roi d'Angleterre au secours du Portugal : il n'avait jamais commandé en chef ; il avait peu de troupes. Cependant , dès qu'il est arrivé, il gagne la supériorité sur les Espagnols et lçs Français réunis ; il repousse tous leurs efforts; il met le Portugal en sûreté. . Dans le même temps une flotte d'Angleterre faisait payer cher aux Espagnols leur déclaration tardive en laveur de la France. . ; •

La Havane, bâtie sur la côte septentrionale cte. Cuba , la plus grande île de l'Amérique , à Ventrée du golfe du Mexique , est le rcndçz-vous de ce nouveau monde. Le port , aussi içnmense que sûr, petit contenir mille vaisseaux. Il est défendu par trois forts? dpnt part,

un feu croisé qui renjd l'abord impossible* ai^ ennemis.

PRÉCIS DU SIÈCLE DE LOUIS XV. i§5

Le comte. d^Albermalè et Pamiral Pocok viennent attaquer l'île 7 mais ils se gardent bien de tenter les approches du port; ils descendent sur une plage éloignée (juon croyait inabordable. = 1 3 auguste 196 a = Us assiègent par terre le fort le plus considérable, ils le prennent , et forcent la ville , les forts et toute File à se -rendre , avec douze vaisseaux de guerre qui étaient dans le port, et vingt-sept navires chargés de trésors. On trouva dans la ville vingt-quatre de nos millions en argent comptant. Tout fut partagé entre les vainqueurs , qui mirent à part la seizième partie du butin pour les pauvres. Les vaisseaux de guerre furent pour le roi, les vaisseaux marchands pour 1 amiral et pour tons les officiers de la flotte. Tout ce butin montait à plus de quatre-vingts millions. On * remarqué que dans cette guerre et dans la précédente l'Espagne avait perdu plus qu'elle ne retirade l'Amérique en viqgt années. ;

Les Anglais ^ non contents de leur avoir pris la Havane dans la mer du Mexique et File de Cuba , coururent leur prendre, dans la mer des Indes, les îles Philippines , qui sont à peu près les antipodes de Cuba. Ces îles Philippines ne sont guère moi us grandes que.. l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande, et seraient plus riches si elles étaient bien administrées , une de ces îlès ayant des mines d'or, et leurs côtes produisant des perles. Lie grand vaisseau d Acapulco, chargé de la valeur de trois millions de piastres , arrivait dàns Manille hrcapitale. ==3i octobre 176* = On prit Manillé T - % les îles et le vaisseau surtout, malgré les assurances données par un jésuite, de la part de sainte Potamienne, patronne de la ville, que Manille ne serait

agô précis du siècle de louis xv.

jamais prise. Ainsi la guerre , x qui appauvrît les autres nations, enrichissait une partie de la nation anglaise, tandis que l'autre gémissait sous le poids des imp&ts les plus rigoureux, aussi bien que tous les peuples engagés dans cette guerre* [•

La France alors était plus malheureuse. Toutes les ressources étaient épuisées; presque tous les citoyens, à l'exemple du roi , avaient porte léur vaisselle à la monnaie. Les principales villes et quelques communautés fournissaient des vaisseaux de guerre à leurs frais; mais ces vaisseaux n'étaient pas construits encore, et quand môme ils l'auraient été, on n'avait pas assez d'hommes de mer exercés. -

Les malheurs passés en faisaient craindre de nouveaux. La capitale, qui n'est jamais exposée au fléau de la guerre , jetait plus de cris que les provinces souffrantes; plus de secours,- plus d'argent, plus dé crédit. Geux qu on choisissait pour régir les finances étaient renvoyés après quelques mois d administration. Le* autres refusaient cet emploi dans lequel on ne pouvait alors que faire du mal. . ,

sip février 1763== Dans cette triste situation , qui décourageait tous les ordres de l'Etat, lfc duc de Prasliu , ministre alors des affaires étrangères, fut assez habile et assez heureux pour conclure la paix , dont le duc de Choiseul, ministre de la guerre, avait entamé )es négociations. . '

Le roi de France échangea Minorque, qu'il rendit au roi d'Espagne, contre Belle-Isle, que l'Angleterre lui remit; mais Ton perdit, et probablement poar jamais, tout le Canada, avec ce Louisbourg qui avait coûté tant d argent et de soins pour être si souvent la

proie des Anglais, Toutes les terres sur la gauche du grand fleuve Mississipi leur furent cédées. LEspagne , pour arrondir leurs conquêtes, leur donna encore la Floride. Ainsi du vingt-cinquième degré jusque sur le , pôle , presque tout leur appartint. Ils partagèrent Phémisphère américain avec les Espagnols. Ceux-ci ont des terres qui produisent les richesses de convention , ceux-là ont les richesses réelles qui s'achètent avec For et l'argent, toutes les denrées nécessaires ? tout ce qui sert aux manufactures. Les côtes anglaises, dans l'es- " pace de six cents lieues, sont traversées par des fleuves navigables, qui leur portent leurs marchandises jusqu'à quarante et cinquante lieues dans leurs terres. Les peuples d'Allemagne se sont empressés d'aller peupler ces pays où ils trouvent une liberté dont ils ne jouissaient point dans leur patrie. Ils sont devenu^ Anglais; et si toutes çes colonies demeuraient unies à leur métropole, il n'est pas douteux que cet établisse- 1 ment ne fasse un jour la plus formidable puissance. La guerre avait commencé pour deux ou trois chétives habitations , et ils y ont gagné deux mille lieues de terrain*

Les petites îles de Saint- Vincent, les Grenades, Tabago, la Dominique leur furent encore acquises; et c'est par le moyen de ces îles, ainsi que par la Jamaïque, qu'ils font un commerce immense avec les Espagnols, commerce sévèrement prohibé et toujoursexercé , parce qu'il est favorable aux deux nations, et

ficulté le droit de pêche vers Terrenenve , et une petite Ue inculte, nommée Miquelon, pour y faire sécher la

2û8 PRÉCIS J>JJ SIÈCLE DE LOUIS XV..

morue, sans pouvoir y faire le moindre établissement; tçi$te droit sujet à dç fréquentes avanies.

La France , à laquelle on reu4it Pondichéri et quelques comptoirs, fut exclue dans llndede ses établissements sur le Gange ; elle céda ses possessions sur le Sénégal en Afrique, mais on lui remit Gorée. On fat encore obligé de démolir toutes les fortifications de'

mer.

L'Etat perdit , dans le cours de cette funeste guerre , la plus florissante jeunesse , plus de la moitié de l'argent comptant qui circulait dans le royaume, sa marine, son commerce, son crédit. On a cru qu'il eût été trèa aisé de prévenir tant de malheurs en s'accommo-

vers le Canada : mais quelques ambitieux, pour se faire valoir et se rendre nécessaires, précipitèrent la France dans cette guerre fatale. Il en avait été de même en 1741- L'amour propre de deux ou trois personnes suffit pour désoler toute l'Europe. La France avait un si pressant besoin de cette paix, quelle regarda ceux qui la conclurent comme les bienfaiteurs de la patrie. Les dettes dont l'Etat demeurait surchargé étaient plus: grandes encore que celles dé Louis XIV. La dépense seule de l'extraordinaire des guerres avait été, en une année, de quatre cents millions : qu'on juge par4à,du. reste. La France aurait beaucoup perdu, quanclmême elle eût été victorieuse.

, Les suites de cette paix si déshonorante et $i c néce* saire furent plus funestes que la paix même. Les colons du Canada aimèrent mieux vivre sous les lois de la Grande-Bretagne > que? de venir en France >, et quelque temps après, quand Louis XY eut céd£ à la cour

PRECIS ifU SIÈCLE DE LOUIS XV.

ronne d'Espagne la Nouvelle-Orléans et tout le pays qui s'étend sur la rive droite du Mississipi, il arriva, pour comble de douleur et d'humiliation , que les^ officiers du roi d'Espagne condamnèrent à être pendus ies officiers du roi de France qui ne se soumirent à eux qu'avec répugnance. Le procureur général, son gendre, d anciens capitaines chevaliers de Saint-Louis, des négociants , des avocats , ayant fait quelques représentations sur les formalités qu'il convenait d'obsenner j le commandant envoyé d'Espgne les invita à dîne^ on leur fit leur procès au sortir de table , on les condamna à la corde, et, par grâce, on les arquebusa , ce; qui est, dit-on, plus honorable. Le commandant qui m fit cette étrange exécution était ce même O-reilli, Irlandais, au service d'Espagne, qui fit battre depuis l'armée espagnole par les Algériens, Cette défaite a été publique^ en Europe et en Afrique^, et l'indigne mort des officiers du roi de France dans la Nouvelle-Orléans est encore ignorée. - • î

v CHAPITRE XXXVI. - :

Gouvernement intérieur delà Fronce. Querelles) et aveyxwrès, depuis ifio jusqtfà nfôàijtoty >

Lofg-temps avant cette guerre ftirieste^ stipendiant son cours ? l'intérieur de là France fut trouWé^ ceft'ef autre guerre si ancienne et si interminable ^ jéntre la juridiction séculière et la discipliner, ecclési^tiqive>

leurs bornes noyant jamais ^i^mW 1 ^^^^ ' elles le sont aujourd'hui en Angleterre , dan<s JtantdW

très pays, et surtout en Russie : il en résultera toujours des dissensions dangereuses , tant que les droits de la monarchiè et ceux des différents corps de TEtat seront contestés. ' •

Il se trouva, vers Tan ij$o^ un ministre des finances assez hardi pour faire ordonner que le clergé et les re ligieux donneraient un état de leurs biens, afin que les roi pût voir , par ce qu'ils possédaient, ce qu'ils devaient à TEtat. Jamais proposition ne fut plu$ juste, mais les conséquences en parurent sacrilèges. Un vieil évôque de Marseille écrivit au contrôleur général : Ne nous mettez pas dans la nécessité de désobéir à Dieu ou au roi; vous savez lequel des deux aurait la préférence. Cette lettre dun évêque affaibli par l'âge, et incapable d'écrire, était dun jésuite, nomoaé Lemaire, qui le dirigeait, lui et, sa maison. Ce jésuite était un fanatiquedebonne foi, espèce d'hommes toujours dangereuse. - ' ' \ «

Le ministère fut obligé d'abandonner une entreprise qu'il n'eût pas fallu hasarder si on ne pouvait la soutenir.^) Quelques membres du clergé imaginèrent alors d'occuper le gouvernement par une diversion

£*) Voyez les notes sur le Siècle de Louis XIV. Le contrôleur général des Nuances était M. de Machautt* Cette entreprise , qui lui fit perdre sa place , lui mérite la reconnaissance de la nation ; 0n le fit ministre de la marine. Au re*te , le clergé n'eut le crédit d'empêcher la réussite du plan de M. de Machaul^, que parce qu'il se ligua avec les ennemis que ce ministre avait dans le conseil. Les corps çn France nepeuvent influer dans àûcune révolution <jUe comme les instruments d<y l'ambition de <pel<jiifc3'nbmtte* tn place, ou d une cabale de

courtiians.

PRECIS ÇU SIÈCLE DE LOUIS Xf. 3oi.

embarrassante, et de le mettre en alarme sur le spirituel pour faire respectër le temporel.

Us savaient que la fameuse bulle Unigenitus était en exécration aux peuples. On résolut d'exiger des ; mourants des billets de confession : il fallait que ces billets fussent signés par des prêtres adhérents à la bulle, sans quoi point d'extrômc-onetion, point de viatique; oh refusait sans pitié" ces deux consolations aux appelants , et à ceux qui se confessaient à des appelants. Dn archevêque de Paris entra surtout dans cette manœuvre, plus par zèle de théologien, que par esprit de

Alors toutes les familles furent alarmées , le schisme fut annoncé : plusieurs de ceux qu'on appelle jansénistes commençaient à dire hautement, que si on rendait les sacrements si difficiles , on saurait bientôt s'en passer à l'exemple dè tant de nations. Ges minuties bourgeoises occupèrent plus les Parisiens que tous les grands intérêts de l'Europe. C'étaient des insectes sortis du cadavre du molinisme et du jansénisme, qui, en bourdonnant dans la ville , piquaient touslés citoyens. On ne se souvenait plus ni de Metz, ni de Fontenoi, ni des victoires, ni des disgrâces, ni de tout ce qui avait ébranlé l'Europe. Il y avait dans Paris cinquante mille énergumènes qui ne savent pas en quel pays coulent le Danube et l'Elbe, et qui croyaient l'uniVers bouleversé pour des billets de confession. Tel est le peuple.

Un curé de Saint-Etienne-du-Mont, petite paroisse de Paris, ayant refusé les sacrements à un conseiller du Ghâtelet , le parlement mit en prison le curé. ] r

Le roi voyant cette pëtite guerre civile, excitée entré" les parlements et les év&jucsj défendit à ses cours de *

3oa PRÉCIS D^J SIÈCLE DE LOUIS XV.

judicature de se mêler des affaires concernant les sa* crementa, et en réserva la connaissance à son conseil privé. Les parlements se plaignirent qu'on leur ôtât ainsi l'exercice de la policé générale du royaume , et le

lût pacifier des querelles de religion. Le& animosités s'aigrirent de tous côtés.

Une place de supérieure dans l'hôpital des filles acheva d'allumer la discorde. L'archevêque voulut seul nommer à cette place, le parlement de Paris s-y opposa; et le roi ayant jugé en faveur du prélat, le parlement cessa de faire ses fonctions et de rendre la justice : il fallut quç U roi envoyât, par ses mousquetaires, à chaque membre de ce tribunal, des lettres de cachet portant ordre de reprendre leurs fonctions sous oeine de désobéissance-

. Les chambres siégèrent donc comme de coutume; mais, quand il fallut plaider, il ne se trouva point d'avocats. Ge temps ressemblait en quelque manière au temps de la fronde; mais, dépouillé des horreurs de la guerre çivile, il né se montrait q^e sous une forme susceptible de ridicule. * «.. .

Ce ridicule était pourtant embarrassant. Le roi résolut déteindre, par sa modération, ce feu qui faisait craindre un incendie; il exhorta le clergé à ne point user de rigueurs dangereuses : le. parlement réprit ses fonctions.

« Février 1 5 5*. ~ Mais bien tôt après, les bittetsdçco^ Cession reparurent; de nouveaux refus de s&çr<jiaents irritèrent tout Paris. Le même curé de Sabat,:jËtiennc, trouvé coupable d'une seçpnde prévaiica,tiÔB , lut <uandé par le parlement, gui lui,défendit> Uri et*

PRÉCIS DTJ SIÈCLE EUE LOUIS XV. 3o3

tous les curés de donner un pareil scandale , squs peine de la saisie du temporel. Le même arrêt invita l'archevêque à faire cesser lui-même le scandale. Ce terme d invitation paraissait entrer dans les vues de la modération du roi. L'archevêque ne voulant pas même que la justice séculière; eût le droit de lui faire une invitation , alla se plaindre à Versailles. Il était soutenu par un ancien évêque de Mirepoix, nommé Boyer, chargé du ministère de présenter au roi les sujets pour des bénéfices. Cet homme, autrefois théatin, puis évêque, et devenu ministre au département des bénéfices, était d'un esprit fort borné, mais zélé pour les immunités de l'Eglise; il regardait la bulle comme un article de foi \ et ayant le crédit attaché à sa place, il persuada que le parlement touchait à Fencensoir. L'arrêt du parlement fut cassé ; ce corps fit des remontrances fortes et pathétiques,

Le roi lui ordonna dç s'en tenir à lui rendre compte de toutes les dénonciations qu'on ferait sur ces matières, se réservant à lui-même îe droi t de punir les prêtres dont le zèle scandaleux pourrait faire naître des se-' menées de schisme. Il défendit , par un arrêt de son qonseil d'Etat , que ses sujets se donnassent les uns aux autres les noms de novateurs, de jansénistes et d^ sémi-pélagiens : c'était ordonner à des fous détrel

sages. . "- - * • -\'

Les c^és de Paris , excités par J'archçvêque , présentèrent une requête au roi en faveur des billets de confession. Sur-le-champ le parlement décréta le curé de Saint -Jean-en-Grève , qui avait formé la ter quête. Le roi cassa encore cetfce prq^urè de justices 1$ jpxlçmwt cessa encore ses foncUpn^ U coiiùnui 4

3o4 PRECIS DU SIÈCLE DE LOUIS *V.

• ml

faire des remontrances, et le roi persista à exhorter les deux partis à la paix. Ses soins furent inutiles. ' ' Une lettre de levêque de Marseille , dénoncée an parlement, fut brûlée par la main du bourreau; un écrit de levêque d'Amiens condamné. Le clergé étant assemblé *pour lors à Paris, comme il s'assemble tous les cinq ans pour payer au roi ses subsides, résolut de lui aller porter ses plaintes en habits pontificaux; mais le roi ne voulut point de cette cérémonie extraorduiaire. ~

= Auguste 17^2 =a D'un antre côté le parlement condamna un porte-dieu à l'amende, à demander pardon i genoux et à être admonété, et un vicaire dè? paroisse au bannissement. Le roi cassa encore éét arrêt. • Les affaires de cette espèce se multiplièrent. Le roi recommanda toujours la paix, sans que les ecclésiastiques cessassent de refuser les sacrements, et sans que le parlement cessât de procéder centre eux.

*= Novembre = Enfin le roi v permit aux parlements de juger «des sacrements, en cas qu'il y eût un procès à leur sujet; mais il leur défendit dé chéreher à juger, lorsqu'il n'y aurait ]pàs dè partifes ^plM^iantes.L.e parlement reprît une seconde fois. ses fonctions * et les plaideurs , qû'oto^valt négligés pour ces affaires, eurent la liberté de se ruiner à l'ordinaire.

= Décembre. = Le feu couvait toujours sous la cendre. L'archevêque avait ordonné de refuser le sacîrement à deux pauvres vieilles religieuses de Sainte- Agathe , qui ayant entendu dire autrefois à leur directeur que la>hp}&&VHi$èrfitm est un ouvrage diaholicfûe , craignaient^être ; damnées si elles recevaient cèite bulle en mourant ; elles craignaient d'êtr^ daignées

PRECIS DU SIÈCLE DE LOUIS XV. 3o5

aussi en manquant d'extréme-onction. Le parlement envoya son greffier à l'archevêque pour le prier de ne pas refuser à ces deux filles IeS secours ordinaires ; et le prélat ayant répondu, selon sa coutume, qu'il ne devait compte qu'à Dieu seul, son temporel fut saisi; les princes du sang et les pairs furent invités à venir prendre séance au parlement. » «

La querelle alors pouvait devenir sérieuse : on commença à craindre les temps de la fronde et de la ligue. Le roi défendit aux princes et aux pairs d'aller opiner dans le parlement de Paris, sur des affaires dont il attribuait la connaissance à son conseil privé. * Janvier 1753 =5 L'archevêque de Paris evLi même le crédit d'obtenir un arrêt du conseil pour dissoudre la petite communauté de Sainte-Agathe, où lès filles avaient si mauvaise opinion de la bulle Unigenitus.

Tout Paris murmura. Ces petits troubles s étendirent dans plus d une ville du royaume. Les mômes scandales, les mêmes refus de sacremeijts partageaient la ville d'Orléans; le parlement rendait les mêmes arrêts pour Orléans que pour Paris ; le schisme allait se former. Un curé de Rosainvilliers y diocèse d'Amiens, s'avisa de dire un jour à son

• Util

e, que ceux qui étaient jansénistes eussent à sortir de V église , et qu'il serait le premier à tremper ses mains dans leur sang. Il eut 1 audace de désigner quelques-uns de ses paroissiens, à qui les plus fervents constitutionnaires jetèrent des pierres pendant la procession, sans que les lapidés et les lapidants eussent la moindre connaissance de ce que c'est que la bulle et le jansénisme. -

Une telle violence pouvait être punie de mort. Le parlement de Paris, dans le ressort duquel est Amiens,

3o6 RKÉCIS DU SIÈCLE DE L01MS XV*

se contenta de bannir à perpétuité ce prêtre factiçu* et sanguinaire; et le roi approuva cet arrêt, qui ne portait pas sur un délit purement spirituel, mais sur le crime dW séditieux perturbateur du repos public.

Dans ces troubles , Louis XV était comme un père occupé de séparer ses enfants qui se battènt. Il défendait les coups et les injures ; 11 réprimandait les uns, il exhortait les autres ; il ordonnait le silence , défendant aux parlements de juger du spirituel, recommandant aux évêques la circonspection , regardant la bulle comme une loi de l'Eglise, mais ne voulant point qu'on parlât de cette loi dangereuse. Ses *oins paternels pour vaient peu de chose sur des esprits aigris et alarmés. Les parlements prétendaient qu'on ne pouvait séparer le spirituel du civil , puisque les querelles spirituelles entraînaient nécessairement après elles des querelles d'Etat. , ' , •/ V /

=Mara= Le parlement assigna l'évêque d'Orléans à comparaître pour des sacrements. Il fie brûler par le bourreau tous les écrits dans lesquels on lui contestait sa juridiction, qxcepté les déclarations du roi. tl envoya des conseillers faire enregistrer ses arrêts en Sorbonne, malgré les ordres .du roi. On voyait tous les jours le bourreau occupé à brûler des mandements d'évêques, les recors de la justice faisant communier des malades^ la baïonnette au bout du fusil. Le parlement , dans toutes ses démarches, ne consultait que les lois et le maintien de son autorité. Le .roi voyait au-delà % il considérait les convenances qui demandent souvent que les lois plient. ...

Enfin , pour la troisième fois > le parlement cessa de rendre, la justice aux citoyens \ poux ^ s'occuper

' ^ m " • ' ©igitized by Googl

! V PRÉCIS DU SIÈCXE DJS LQUIS XV. 3o7

des refus çte sacrements qui troublaient la France entière. , -

Le roi lui envoya gussipour la troisième fois des lettres de jussion, qui lui ordonnaient de remplir ses devoirs, et de ne plus faire souflrir ses sujets plaideurs de ces querelles étrangères , les procès des particuliers n'ayant aucun rapport à la bulle Unigenitus.

Ufifai 1753= Le parlement répondit qu'il violerait son serment s'il reconnaissait les lettres patentes du rqi , et <ju'il ne pouvait obtempérer x (vieux mot tiré du latin, qui- signifie obéir.) . , ■ >. ■ „

Alors le rai se crut obligé d'exiler tous les membres . àe* enquêtes , les uns à Bourges , les autres à Poitiers, quelque^- uns en Auvergne > et d*en faire enfermer N cpAtre qui avaient parlé avec le plus de force.

Oto épargna k grand chambre : mais elle crut qu'il y allait de SQn honneur de n'être, pçint épargnée. Elle persista à ne point rendre la justice au peuple , et à procéder-contre ies.réfractaires. Le roi Tcnvoya à' Ponteise , bourg à six lieues de Paris , où le duc d Orléana l'avait déjà envoyée pendant sa régence.

" L'Europe s'étonnait qu'on fit tant debruit en France pour si peu de chose , et les Français passaient pour une nation frivole qui, faute de bonnes lois reconnues, mettait tout en feu pour une dispute méprisée partout ailleurs. Quand oû a vu cinq cent mille] hommes. en ajmes pour l'élection d'un empereur , l'Inde et l'Amérique désolées , et qu'on retombe ensuite dans cette petite guerre de plume, on croit entendre le bruit d^e. pluie après l'éclat du tonnerre. Mais on devait sf souvenir que l'Allemagne , la Suède, la Hollande, la Suisse avaient autrefois éprouvé des secousses bien

3û8 PRÉCIS ITU SIÈCLE DE LOUIS *V.

plus violentes pour des inepties ; que l'inquisition d'Espagne était pire que des troubles civils j et que chaque nation a ses folies et ses malheurs, *

=rJuillct 1753= Le parlement de Normandie imité I celui de Paris sur les sacrements. Il ajourna 1 evêque dTSvreux , il cessa aussi de rendre la justice. Le roi en-

voya un omcier de ses gardesr biffer les; registres de ce parlement , qui fut à la fin plus docile que celui de Paris. ~ ' '

La justice distributîve interrompue dans la capitale eût été un grand bonlieur , si lçs hommes étaient sages et justes 5 mais comme ils ne sont ni l'un ni l'autre, et qu'il faut plaider, le roi commit des mem bres de son conseil d'Etat pour vider les procès en dernier ressort. =Novembre = On voulut faire enregistrer l'érection de cette chambre au Châtelet , comme s'il était nécessaire qu'une justice inférieure donùât~ l'authenticité à l'autorité royale. L'usage de ces enregistrements avait eu presque toujours ses inconvénients ; mais ce défaut de formalité en aurait eu peut-être de plus grands encore. Le Châtelet refusa l'enregistrement , on l'y força par des lettres de jussion. La chambre royale s'assembla , mais les avocats ne voulurent point plaider ; on se moqua dans Paris de lâ chambre royale; elle en rit elle-même: tout se tourna en plaisanterie, selon le génie de la nation 7 qui rit toujours le lendemain de ce qui la consternée ou animée la veille. Les ecclésiastiques riaient aussi , mais de la joie de leur triomphe. ' ' .

= Juillet 1754 = Boyer, Ancien évêque de Mirepoix, qui avait été le premier auteur de tous les troubles sans le savoir, étant tombé en enfance dans son grand

[e , et par la constitution de ses organes > tout parut

Di

gitiz ed by Cookie j

PRÉCIS Dt/ SIÈCLE DE LOUIS XV. Sog

tendre à la conciliation. Les ministres négocièrent avec le parlement de Paris. Ce corps fut rappelé et revint, à la satisfaction de toute la ville , et au bruit de la populace, qui criait : Vive le parlement ! = Auguste Son retour fut un triomphe. Le roi, qui était aussi fatigué de l'inflexibilité des ecclésiastiques que de celle des parlements , ordonna le silence et la paix , et permit aux juges séctdiers de procéder contre ceux qui troubleraient l'un ou l'autre.

Le schisme éclatait de temps en temps à Paris ef dans les provinces ; et malgré les mesures que le roi avait prises pour empêcher le refus des sacrements , plusieurs évêques cherchaient à' se faire un mérite de ce refus auprès de la cour de Rome. =Septeml>re= Un évêqûe de Nantes ayant donné dans sa ville cet exemplp de rigueur ou de scandale , fut condamné par le simple présidial de Nantes à payer six mille t francs d'amende, et 'les paya sans que le roi le trouvât mauvais , tant il était las de ces disputes ! .

De pareilles scènes arrivaient dans tout le royaume, et, en attristant quelques intéressés , amusaient la multitude oisive. Il y avait à Orléans un vieux chanoine janséniste qui se mourait, et à qui ses confrères refusaient la communion. = Octobre = Le parlement de Paris les condamna à douze mille livres d'amende , et ordonna quq le malade serait communié. Le lieutenantcriminel, en conséquence, arrangea tout pour cette cérémonie, comme pour une exécution ; ïes chanoines* firent tant que leur confrère mourut sans sacrements ? et ils l'enterrèrent le plus mesquinement qu'ils purenL

Rien n'était devenu plus commun dans le royaume que de communier par arrêt du parlement. Le xoi qpi

3iof Précis du siècle de louis xv.

avait exilé ses juges séculiers , potir n'avoir pas obtempéré à* ses ordres , Voulut tenir la balance égale , et exiler aussi ceux du clergé qui s'obstineraient au schisme. Il commença par l'archevêque de Paris. = Décembre 1^54 = 11 fut relégué à sa maison de Confiant , à trois quarts de lieue de la vHle ; exil doux qui

MJ

punition.

Les évêques d'Orléans et de Troies furent pareillement exilés à leurs maisons dé plaisance , avec la même douceur. L'archevêque de Paris, étant aussi inflexible dans sa maison de Conflans que dans sa demeure épiscopale , fut relégué plus loin.

Le parlement pouvant alors agir en libërté 3 réprimait la Sorbonne , qui ayant autrefois regardé la bulle avec horreur , la regardait maintenant comme une règle de foi. Elle menaçait de cesser ses leçons-, elle parlement , qui avait lui-même cessé ses fonctions plus importantes, ordonnait à la feculté de continuer les siennes. D soutenait les libertés dé l'Eglise gallicane ? et le roi l'approuvait ; mais, quand il allait trop loin, le roi l'arrêtait ; et en confirmant la partie des arrêts qui tendait au bien public , il cassait celle qui* lui paraissait trop peu mesurée. Ce monarque se voyait toujoùrs entre deux grandes factions animées y comme les empereurs romains entre lés blëùs et lés verds. Il était occupé de la guerre maritime que l'An glë terré commençait à lui faire ; celle de terre paraissait inévitable: ce n'était guère lé temps dé parler d'une huile. .. • il lui fallait encore apâiser les contestations du granâ conseil et dé ses parlements ; Car presmié rieïi n'était déterminé en ïknee par des iôis^réci&s , jféà bornes,

ÏRÉCIS DU SIÊCXfi DE LOUIS Xf. 3lï

les privilèges de chaque corps étant iûcértaiiïs : te clergé ayant toujours voulu étendre sa juridiction , les chambres des comptes ayant disputé aux parlements beaucoup de prérogatives , les pairs ayant souvent plaidé pour les leurs contre le parlement de Paris , il Butait pas étonnant que le grand conseil eût avec lui

Ce grand conseil était originairement le conseil des rois , et les accompagnait dans tous leurs Voyages. Tout changea peu à peu dans l'administration pi*bhque, et le grand conseil changea aussi. Il ne fut plus qu'une cour de judieature sous Charles VIII. Il décide des évocations , de la compétence des juges , de tous les procès concernant tous les bénéfices dû royaume , excepté de la régale ; il a le droit de juger ses propres officiers. =r Janvier , février et mars 1756=? Un conseille* de cette cour fut appelé au Châtelet pour ses dettes. ; Le grand-conseil revendiqua la cause , et cassa la sen- * '* ience du Châtelet. Aussitôt le parlement s'émeut , casse l'arrêt du grand conseil , et le roi casse l'arrêt du par- : lement. Nouvelles remontrances 7 nouvelles querelles ; tous les parlements s'élèvent contre le grand conseil ? et le public se partage; Leparlement de Paris convoque encore les pairs pour cette dispute de corps ^ le roi défend enébre aux pairs cette association : l'affaire enfin reste indécise comme tant d'autres.

Cependant le roi avait des occupations plus impor* tantes. Il fallait soutenir contre les Anglais sur terré . et sur mer une guerre onéreuse ; il- faisait en même Jeinps cette mémorable fondation de l'Ecole Militaire^ te plus beau monument dè son règne , que 1 impératrice Mairië;- Thérèse^ H iarité* depuis; 11 fallait des

«juelques querelles.

3ia PRÉCIS DU SIÉCIB DE tours xv.

secours de finances, et le parlement se rendait difficile sur l'enregistrement des édits qui ordonnaient la perception des deux vingtièmes. On a été depuis obligé d'en payer trois, parce que, lorsqu'on a guerre, il faut que les citoyens combattent , ou quils paient ceux qui combattent • il n'y a pas de milieu.

, = 2 Auguste ij5\3 = Le roi tint un lit de justice à Versailles, où il convoqua les princes et les pairs, avec le parlement de Paris; il fit enregistrer ses édits; mais le parlement, de retour a Paris, protesta contre cet enregistrement. Il prétendait que non-seulement il navait pas eu la liberté nécessaire de Texamen , niais que cet édit demandait des modifications qui ne blessassent ni les intérêts du roi, ni ceux de l'Etat, qui étaient les mêmes, et qu'il avait fait serment de maintenir; et il disait que son devoir n'était pas de j>laire, mais dés» vir ; ainsi le zèle combattait l'obéissance.

. les épines du sebisme se mêlaici^lnnportaritc affaire dqs impôts. Un conseiller du parlement, malade à sa campagne,, dans le diocèse de Meaux, demanda Ieà sacrements: un curé les lui refusa comme à un ennemijd^.jl^gji^^gl Ift] 2 ^ WftWBfr?^? Ç etfe cérémonie '.^pa.prpç^ ^M? k fflfo\<B&.P& >

L'archevêque d'Àix avait fait un nouveau formulaire sur la bulle fÇÇ r Je ^^Içoif^ ^dL'^aç ^a^fEÛbt . >Q!pndamné à donner .ài^^na^^ij^^rau^ pauvres j il fot obligé de faire cette aumône t et il ei^fiit pour son formulaire et pour son argent. ^ Septembre'^ L'évêque de Troyes avait troublé son diocèse ,1e roi l'envoya prisonnier cbez des moines en i)Jsace, L'archevêque de Paris, à qui on avait pern^. ^ewirenfr.jà^onflaiis,

Digiti?ed by Gcfogle

*BÉCIS DU SIECLE DE LOUIS XV. 3l3

déclara excommuniés ceux qui liraient les arrêts et les remontrances des parlements sur la bulle et sur les, billets de confession.

Louis XV, que tant d'animosités embarrassaient, poussa la circonspection jusqu'à demander l'avis du pape Lamhertini, Benoît XIV v homme aussi modéré que lui , aimé de la chrétienté pour la douceur et la gaité de son caractère, et qui est aujourd hui regretté de plus en plus. Il ne se mêla jamais d'aucune affaire que pour recommander la paix. C'était son secrétaire des brefs, le cardinal Passionei, qui faisait tout. Ce cardinal, le seul alors du sacré collège qui fût homme de lettres,, était un génie assez élevé pour mépriser les disputes i dont il s'agissait. Il haïssait les jésuites qui avaient fa • > briqué la bulle; il ne pouvait se taire sur la fausse do- ; marche qu'on avait faite à Rome , de condamner dans fcette bulle des maximes vertueuses, d'une vérité éternelle, qui appartiennent à tous les temps et à toutes les nations ; celle-ci , par exemple : La crainte d'une. ; excommunication injus' ne doit point empêcher de faire son devoir- . .. ,

' Cette maxime est dans toute la terre la sauvegarde de la vertu. Tous les anciens, tous les modernes ont [ dit que le devoir doit l'emporter sur la crainte du supplice même. .

Mais, quelque étrange que parût la bulle en plus d'un point, ni le cardinal Passionei, ni le pape, ne pouvaient rétracter une constitution regardéie comme . une loi de l'Eglise, Benoît XIV envoya au roi une lettre circulaire pour tous les éveques de France , dans laquelle il regardait , à la vérité, cette bulle comme une loi universelle, à laquelle on ne peut résister sans se .

3ï4 PRECIS bV SIÈCLE DE LOUIS XV.

mettre en danger de perdre son salut éternel : maïs énfin il décida il que, pour éviter le scandale, il faut que le prêtre avertisse les mourants soupçonnés de jansénisme, qu ils seront damnés, et les communier à leurs risques et périls. r ' Le itiôirië pâpè, àim sa lettre particulière au roi, lui recommandait les droits de Fépisdopat. Quand on consulte un pape, quel qu'il soit,on doit bien s^attendre qu il écrira comme un pape doit écrire.

Màîs Benoit XIV , en rendaht ce qu'il dçvait à sa

adressé

Page 1