‹ Précis du siècle de Louis XV (volume 2)Chapitre 40 sur 42 · CHAPITRE XLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII

Des progrès de l'esprit humain dans le siècle dê

Louis XV*

TJîï ordre entier aboli par la puissance séculière , la discipline de quelques autres ordres réformée par cette puissance, les divisions même entre toute la magistrature et l'autorité épiscopale, ont fait voir combien de préjugés se çont dissipés , combien la science du gouvernement s est étendue, et à quel point les -esprits se sont éclairés. Les semences de cette science utils furent jetées dans le dernier siècle; elles ont germé de tous côtés dans celui-ci, jusqu'au fond des provinces, avec la véritable éloquence qu on ne connaissait guère qu a Paris, et r A ui tout d'un coup a fleuri dans plusieurs

3?4 . ?RKCI$ pt> SlèÇLB DE LOUIS XY.

villes : témoin les discours sortis ou du parquet on de TasscmLléc tics chambres de quelques parlements, discours qui sont des chefs-d œuvre de l'art de penser et de s'exprimer, du moins à beaucoup d'égards. Du temps des d'Agucsseau , les seuls modèles étaient dans la cayUalc, et encore très rares. Urçp raison supérieure • est l'ait entendre «huis nos derniers jours, du pied des Pyrénées au nord de la France. La philosophie , eu rendant l'esprit plus juste, et en bannissant le ridicule dune parure recherchée , a rendu plus dune province Témulc de la capitale.

En général le barreau a quelquefois mieux jconmi cette jurisprudence universelle , puisée dans la nature, qui s élève au-dessus de toutes les lois de convention ou de simple autorité, lois souvent dictées parlés caprices ou par des besoins d argent $ ressources dangereuses plus que lois utiles, qui se combattent sans cesse , et qui forment plutôt un chaos qu un corps de législation , ainsi que nous l'avons dit,

* Les académies ont rendu service en accoutumant les jeunes gens à la lecture, et en exçitant par des prix . leur génie avec leur émulation. La saine physique a éclairé les arts nécessaires ; et ces arts ont commencé déjà à fermer les pfaies de l'Etat ; causées par deux guerres funestes. Les étoffes se sont manufacturées à moins de frais par les soins d'un des plus célèbres mécaniciens (a). Un académicien 1 encore plus utile (b) par les objets qu'il embrasse, a perfectionné beaucoup l'agriculture , et un ministre éclairé a rendu fenfin les blés exportables , commerce nécessaire défendu lro£

{a) M. Vatican*©»* y • (5} M. Duhamel* \ ' ' " .

PJIECIS DU SIÈCLE DE LOXJIS- XX. 3^

çhprchi^ violent y inintelligible, ou dans ht négligence totale de la grammaire. On parvenu jusqu'à rendre. Tacite ridicule. On a beaucoup écrit dans ce siècle; on avait du génie dans fautre. La langue fut portée sous Louis XIV au plus haut point de perfection dans tous : les genres, non pas eu employant des termes nouveaux inutiles , mais en se Servant avec art de tous les mot*; nécessaires qui étaient en usage. Il est à craindre aujourd liai que cette belle langue ne dégénère par cette ipalbcurcuse facilité décrire que le siècle passé a donnée aux siècles suivants ; car les modèles produisent une foule d'imitateurs, et ces imitateurs cherclient toujours à mettre en paroles ce qui leur manque en génie. Ils défigurent le langage j ne pouvant l'embellir. La Fiance surtout s'était distinguée, dans le beau siècle de Louis XIV, par la perfection singulière à laquelle Racine éleva le théâtre , et par le charme de la parole qu'il porta à un degré d'élégance et de pureté inconnu jusqu'à lui. Cependant ou applaudit après lui à des pièces écrites aussi barbarement que ridiculement «Soustraites.

Cest contre cette décadence que l'académie française lutte continuellement; elle préserve le bon goât d'une ruine totale , en n accordant au moins des prix qu'à ce qui est écrit avec quelque pureté , et en réprouvant ce qui pèche par le style. Il est vrai que Ies beaux-; arts, qui donnèrent tant de supériorité à la France sur les autres nations, sont bien dégénérés, et la Franc» serait aujourd'hui sans gloire dans ce genre , sans u« petit nombre d ouvrages de génie, tels que je poë me de£ Quatre Saisons ét le quinzième chapitre de Béli- Mire, s'il est permis, de mettre la £fo$£ à çôté de U

3yd Pftrîpia du siècle de tours xri

fur mer, d'anciens magistrats, des médecins qui connaissent la nature, de vrais doctes (juoique docteurs, des hommes de lettres dont le goût a épuré les connaissances , des géomètres , des physiciens aient tous i concouru à ce travail aussi utile que pénible, sans aucune vue d'intérêts, sans même rechercher la gloire, puisque plusieurs cachaient leurs noms, enfin sans être ensemble d'intelligence, et pr conséquent exempt* de l'esprit de parti. *"

Mais ce qui est encore plus honorable pour la patrie, c'est que dans ce recueil immense le bon l'emporte sur le mauvais ; ce qui n'était pas encore arrivé. Les persécutions qu'il a essuyées ne sont pas si honorables pour la France, Ce même malheureux esprit de formas, mêlé d'orgueil , d'envie et d igi/orance, qui fit proscrire limprimerie du temps de Louis XI r les spectacles sous le grand Henri ÏV, les commencements de la saine philœophie sous Louis XIII, enfin Fémétique et l'inoculation; çe même esprit, dis- je , ennemi de tout ce qui instruit et de tout ce qui s'élève , porta des coups presque mortels à cette mémorable entreprise ; il est parvenu même à la rendre moins bonne quelle n'aurait été , ep lui mettant des entraves dont il ne faut jamais enchaîner la raison : car on ne doit réprimer que la témérité et non la. sage hardiesse, sans laquelle l'esprit humain ne peut faire aucun progrés. Il est certain que Ja connaissance de la nature, l'esprit de doute sur les fables anciennes honorées du nom d histoires, la saine métaphysique dégagée des impertinences de : l'école , sont les ïruits Je ce siècle , et que la raisqn s'est perfotionnée. \ , /*

U est vtv.i tp* toutes les tentatives n'ont pas éti

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ïtaulreu&S. 1)cs voyages au bout du monde, pour cous* tater,uuc vérité que Newton avait démontrée dans sob cahinut , ont laissé des doutes sur l'exactitude des mesures, t'entreprise du fer brut forgé , ou converti eh âciër , celle de faire éclore des animaux à la manière de l'Egypte dâtis des climats trop différents de l'Egypte, beaucoup d'autres efforts pareils, ont pu faire perdre un temps précieux, et ruiner même quelques familles: mais nous avons dû à ces nïêmes entreprises des lumières utiles sur la nature du fer et sur le développement des germes contenus dans les œufs. Des systèmes trop hasardés ont déitguré des travaux qui auraient été très utiles. On s'est .fondé sur des expériences troiûpeiiscs pour faire revivre cette ancienne erreur', que des animaux pouvaient naître sans germe. De là sont sorties des imaginations plus chimériques que ces animaux. Les uns ont poussé l'abus de la découverte de Newton sur l'attraction , jusqu'à dire que les enfants èe forment par attraction dans le ventre de leurs mères. Les autres ont inventé des molécules organiques. On ^est emporté dâûs ses vaines idées jusqu à prétendre <jue les montagnes ont été formées par la mer ; ce qui est aussi Vrai que dè dire que la met a été formée par les montagnes.

j 1 .Qui croirait que des géontètreç ont été assez extra- ' Vaghhts pour imagine îvqt&n exaltant sotl $me, oh •pouvait voir l'avenir comme le présent? Plus dun philosophe , comme on Fa déj^ dit ailleurs , a voulu , à 'l'exemple de Descartes,, se mettre à la place de Dieu, et créer, comme lui, un monde avec la parole : mais bientôt toutes ces folies de la philosophie sont réprouvées des sages; et même ces édifices fautes tiques 9

détruits par la raison , laissent dans leurs ruines de* matériaux dont la raison même lait usage.

Uneextravagance pareille a infecté la morale. 11 s'est trouvé d s esprits assez aveugles pour saper tous les fondements de la société, çn croyant la réformer. On a été assez forç ppur soutenir que le miep. et le tien sont des crimes, et quon ne doit point jouir de son travail; que non -seulement tous les hommes sonî ég^ux, mais qu'ils qjit perverti Tordre de la nature c|» se rassemblant; que 1 homme est né pour être isolé., comme Une hète farouche; que 1rs castors, les abeilles^ et les fourmis dérangent les lois éternelles eu vivant .en republique. .

Ces impertinences , dignes de l'hôpital des fous, ont été quelque temps & la mode, comme les singes qu'on fait danser dans des foires.

Elles ont été poussées jusqu'à ce point incroyable de démence, qu un je ne sais qpel charlatan sauvage a* osédircdansunprojctdeducation^a)^^^ roi ne doit pas balancer à donner en mariage à son fils la fille au bourreau , si les goiUs , les humeurs et les caractères se conviennent.

■ , La théologie n a pas été à couvert de ces excès : des ouvrages dont la nature est dôtrè édifiants, sont dedevenus des libelles diffamatoires , qui ont même éprouvé la sévérité des parlements , et qui devaient aussi être condamnés par toutes les académies, tant ils sont mal écrits. \

Plus d'un abus semblable a infecté la littérature ; line foule d'écrivains s est égarée dans un style re-,

(a) Ces propres paroles se trouvent dans le livre intituW Ewile, ComcJV, pge 178.

TJX ici S.. D II SIÈCLE DE IQVIS XT. 3^5

long-temps, et qui doit être contenu peut-êirc autant qu'encouragé. i. >? . •■ . ,

Uii autre académicien (a) a donné le moyen le plus avantageux de fournir à toutes les maisons de Paris. Peau qui leur manque , projet qui ne peut être rejeté que par la pauvreté, ou par la négligence, ou par:.

l'avarice» . , ' .X . . » . ».

lïn médecin (b) a trouvé enfin le secret lopg-temps cherçhé de rendre Feau de la mer, potable : il ne s'agit , plus que de rendre cette expérience assez facile pour, qu'on én puisse profiter en tout temps sans trop de. liais. ,!•> ,.;ti.u, {v;»i *.a *uV ' .tj

Si quelque invention péut suppléer à lja cormais-i. sancç qu* nous est refusée, d^s longitudes .sur la mer, ciest c^ll^dwaplu* habile horloger de France (c) qui dispute cette invention, à rAngleterce. Miiis il fautât*/ tendrp que le temps mette sou speau à ioutos ces découvertes. U n en est pas d une invention qui; peut avoir son utilité et ses inwnvénients^ d une décou-, verte qui peut être contestée r d une pphiion qui peut être çombattuè^çoiiwed^ c^s grands monuments de$\ beaux arts, en poésie, en éloquence, en musique, pu. architecture, çn sculpture , en peinture , qui forcent tout d'un coup le suffrage de toutes les nations, et qui> s*assurent ceux de la postérité par un éclat que rien nj9; peut obscurcir, -, : Nous avons déjà parlé du célèbre dépôt des couk naissances humaines, qui a pnru sous, le titre de Picà tionnaire encyclopédique. Ùc^t une gloire éternelle pour la nation , que des officiers de guerre sur terre et;

(c) M. Poissonuivr» . . .. . ; ' . ;

38o PRECIS OU SlfcCF.E DE LOUIS XV.

plus élégante poésie. Mais enfin la littérature, cjuoiqcc souvent corrompue , occupe presque toute la jeunesse bien élevée : eilese répand dans les conditions qui l'ignoraient. Cc$t à elle qu'on doit l'éloignement des dél>auihes grossières , et la conservation d'un reste de la politesse introduite dans la nation par Louis XIV et par

diiions de la vie > console même dans les calamités pubKcrues , en arrçkant sur des objets agréables l'esprit • jui serait Uop accablé de la contemplation des misères

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