‹ Précis du siècle de Louis XVChapitre 137 sur 257 · DES SUPPLICES INFLIGÉS AUX PROTESTANTS · texte numérisé non relu

DES SUPPLICES INFLIGÉS AUX PROTESTANTS

Le confesseur de k nouvelle reine Constance était du nombre de de oes infortunée. Sa pénitente, dans un moment de zélé, lui creva un û»il «L'un coup de baguette, lorsqu'il allait au supplice. Tous ses compagnons et lui se jetèrent dans les flammes en chantant des psaumes, et crurent avoir la couronne du martyre.

Ceux qu'en appela Vaudois et Albigeois vinrent ensuite : tous voulaient rétablir la primitive Église, et comme un de leurs principaux dogmes était la pauvreté, ou du moins la médiocrité évangélique, à laquelle ils voulurent réduire les prélats et les moines, les archevêques de Narbonne et de Lyon en firent brûler quelquesuns par leur seule autorité. Les papes ordonnèrent contre eux une croisade comme contre les Turcs et les Sarrasins; on les extermina par le fer et par les flammes, et cent lieues de pays furent désolées.

Enfin les débauches, les assassinats et les empoisonnements du pape Alexandre VI, l'ambition guerrière de Jules H, la vie voluptueuse de Léon X, ses rapines pour fournir à ses plaisirs, et la vente publique des indulgences, soulevèrent une partie de l'Europe. Le mal était extrême, il fallait au moins une réforme : elle fut commencée, mais par une défection entière, en Allemagne, en Suisse, et à Genève.

François I" lui-même, en favorisant les lettres, avait fait naître le crépuscule à la lueur duquel on commençait à voir en France tous les abus de l'Église; mais il était toujours dans la nécessité de ménager le pape ainsi que le Turc, pour se soutenir contre Charles-Quint. Cette politique l'engagea, malgré les supplications de sa sœur, la reine de Navarre, déjà calviniste, à faire brûler ceux qui seraient convaincus d'adhérer à la prétendue réforme. Il fit indiquer, même, au commencement de 1535, par Jean du Bell ai, évêque de Paris, une procession générale à laquelle il assista, une torche à la main, comme pour faire amende honorable des profanations des sectaires. L'évêque portait l'eucharistie; le dauphin, les ducs d'Orléans, d'Angoulême et de Vendôme, tenaient les cordons du dais; tous les ordres religieux et tout le clergé précédaient. On voyait les cardinaux, les évêques, les ambassadeurs, les grands officiers de la couronne, immédiatement après le roi. Le parlement» la chambre des comptes, toutes les autres compagnies fermaient la marche. On alla dans cet ordre à l'église Notre-Dame, après quoi

une partie de la procession se sépara pour aller à l'Estrapade voir brûler à petit feu six bourgeois que la chambre de la TourneUe du parlement avait condamnés le matin pour les opinions nouvelles. On les suspendait au bout d'une longue poutre, posée sur une poulie au-dessus d'un poteau de vingt pieds de haut, et on les faisait descendre à plusieurs reprises sur un large bûcher enflammé. Le supplice dura deux heures, et lassa jusqu'aux bourreaux et au léle des spectateurs.

Les deux jésuites Maimbourg et Daniel rapportent, après Mézeray, que François I" fit dresser, pendant cette exécution, un troue dans la salle de l'évêché, et qu'il y déclara, dans un discours pathétique, que « si ses enfants étaient assez malheureux pour tomber dans les mêmes erreurs, il les sacrifierait de même t. Daniel ajoute que ce discours attendrit tous les assistants, et leur tira des larmes.

Je ne sais où les auteurs ont trouvé que François Pr avait prononcé ce discours abominable1. La vérité est que dans ce temps-là même il écrivait à Mêla nchthon, et qu'il le priait de venir à sa cour. Il sollicitait les luthériens d'Allemagne, et les soudoyait contre l'empereur; il faisait une ligue avec le sultan Soliman, qui fut entièrement conclue deux ans après ; il livrait l'Italie aux Turcs, et les musulmans eurent une mosquée à Marseille après que les chrétiens eurent été brûlés dans Paris et dans les provinces.

U se passa, quelques années après, une scène bien plus tragique. Il y avait sur les confins de la Provence et du comtat d'Avignon des restes de ces anciens Vaudois et Albigeois qui avaient conservé une partie des rites de l'Église des Gaules, soutenus par Glaude, évéque de Turin, au viu* siècle, et perpétués jusqu'à nos jours dans les sociétés protestantes. Ces peuples habitaient vingt-deux bourgs, dans des vallées entourées de montagnes peu fréquentées, qui les rendaient presque inconnus au reste du monde. Ils cultivaient ces déserts depuis plus de deux cents ans, et les avaient rendus fertiles.

1. Voyez Estai sur les Mœurs, chapitre cxxv. M. Garnier, continuateur de Velly, cite Dubouchet (Annales ^Aquitaine), le continuateur de Nicêta Gilles, Belle forest, Sleidan; mais je ne crois pas que ce soit à l'occasion du prétendu propos attribué à François K (Note de Voltaire.) — Tout ce qui précède est de Voltaire, et, à l'exception des premiers mots, est posthume- Mais Garnier rapporte le même discours de François I" : voyez son Histoire de France, tome XXIV, in-12, page 559. (B.)

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