DES SUPPLICES INFLIGÉS AUX PROTESTANTS
Le véridique président de Thou, qui fut un des juges de l'affaire dont nous parlons, rend justice à l'innocence de leur vie laborieuse; il les peint « patients dans les plus grands travaux, justes, sobres, ayant les procès en horreur, libéraux envers les pauvres, payant les tributs avec allégresse, n'ayant jamais fait attendre leurs seigneurs pour leurs rentes, assidus aux prières, ignorant toute espèce de corruption, mais ne se prosternant point devant les images, ne faisant point le signe de la croix, et, quand il tonnait, se bornant à lever les yeux au ciel, etc. »
Le vice-légat d'Avignon et le cardinal de Tournon résolurent d'exterminer ces infortunés. Ils ne songeaient ni l'un ni l'autre qu'ils allaient priver le roi et le pape de sujets utiles.
Meynier, baron d'Oppède, premier président du parlement de Provence, obtint des lettres de François I", qui portaient ordre d'agir selon les lois contre ces hommes agrestes; quibus in eos legibu$ agatur, dit de Thou.
Le parlement de Provence commença par condamner dix-neuf habitants de Mérindol, leurs femmes et leurs enfants, à être brûlés sans ouïr aucun d'eux; ils étaient errants dans les campagnes voisines. Cet arrêt alarma tout le canton. Quelques paysans prirent les armes et pillèrent un couvent de carmes, sur les terres d'Avignon.
Le président d'Oppède demanda des troupes. L'évêque de Cavaillon, sujet du pape, commença par amener quelques soldats ; il se mit à leur tète, saccagea quelques maisons, et tua quelques personnes. Ceux qu'il poursuivait se retirèrent sur les terres de France. Ils y trouvèrent trois mille soldats, conduits par le premier président d'Oppède, qui commandait dans la province en l'absence du gouverneur. L'avocat général faisait l'office de major dans cette armée. C'est à cet avocat qu'on amenait les prisonniers. Il leur faisait réciter le Pater noster et Y Ave Maria pour juger s'ils étaient hérétiques; et quand ils récitaient mal ces prières, il criait toile et crucifige, et les faisait arquebuser à ses pieds. Le soldat français est quelqueiois bien cruel, et quand la religion vient encore augmenter cette cruauté, il n'y a plus de bornes.
Il fut prouvé qu'en brûlant les bourgs de Mérindol et de Gabrières avec les villages d'alentour, les exécuteurs violèrent jusqu'à des filles de huit à neuf ans entre les bras de leurs mères, et massa-