DU PARLEMENT SOUS HENRI H
Le commencement du règne de Henri II fut signalé par ce fameux duel que le roi, en plein conseil, ordonna entre Jarnac et La Cha-
1. Le président Démit dit que l'avocat général fat pendu eu 1354 : il * trompe sur le genre du supplice et sur le date. Ces horreurs sont détailles dans l'Emoi mr les Bœun, chapitre cxxxvm: on ne peut trop en parler. (NoU de IW/«r».)
DU PARLEMENT SOUS HENRI II. 9ff
taignecaie, ta 11 ju» 1547. 11 s'agissait de savoir si Jarnac avait arasé à La Châtaigneraie qu'il avait couché avec sa belle-mère. Ni les empereurs, m le sénat de Rome, n'auraient ordonné un duel pour «ne pareille affaire; l'honneur, chez les nations modernes, n'était pas celui des Romains.
Le parlement ne fit aucune démarche pour prévenir ce combat juridique. Les cartels furent portés par les hérauts d'armes, et signifiés par-devant notaires. Le parlement lui-môme en avait o* donné plusieurs autrefois, et ces mêmes duels, regardés aujourd'hui comme un crime irrémissible, s'étaient toujours faits avec la sanction des lois. Le parlement avait ordonné celui de Careuge et de Le Gris, du temps de Charles VI, en 1386, et celui du chevalier Arche» et de Jean Picard, «on beau-père, en 1364.
Tous ces combats s'étaient laits pour des femmes. Garouge accusait Le Gris d'avoir violé la sienne, et le chevalier Arohon accusait Jean Picard d'avoir couché avec sa propre tiUe. Non-seulement les juges ecclésiastiques permirent aussi ces combats, mais les évoques et les abbés combattirent par procureurs; et Ton trouve dans k Fret Théâtre d honneur et de chevalerie1 que Geoftroi du Maine, évêque d'Angers, ayant un différend. avec l'abbé de Saint-Serge, pour la redevance d'un moulin, le procès fut jugé à coups de bâton par deux champions qui n'avaient pas le droit de se tuer avec l'épée parce qu'ils n'étaient pas gentilshommes.
Cette ancienne jurisprudence a changé avec le temps, comme Uml le reste. On vit bientôt, sous Henri II, un théâtre de carna£ moins honorable et plus terrible. Les impôts créés par François I*V et surtout les vexations sur le sel exercées par les exacteurs, soulevèrent le peuple en plusieurs endroits du royaume. On accusa k parlement de Bordeaux de s'être joint à la populace, au lieu de lui résister, et d'avoir été cause du meurtre du seigneur de Monins, commandant de Bordeaux, que les séditieux massacrèrent aux yeux des membres du parlement, qui marchaient avec eux habillés en matelots. Le connétable Anne de Montmorency, gouverneur du Languedoc, vint avec un maître des requêtes, nommé Etienne de fcuilly, interdire le parlement pour un an ; il fit exhumer le corps du seigneur de Monins par tous les officiers du corps de ville, qui
t. Par Vulson de La Colombiers»
furent obligés de le déterrer avec leurs ongles, et cent bourgeoh passèrent par les mains du bourreau.
Ce traitement indisposa tous les parlements du royaume; celui de Paris déplut à la cour plus que les autres. Le roi, en 4554, le rendit semestre' et augmenta le nombre des charges : il en vendit soixante et dix nouvelles. Ces édits ne furent point vérifiés, mais ils furent exécutés pendant l'espace d'une année ; après quoi le parlement ne Ait plus semestre, mais il demeura surchargé de soixante-dix membres inutiles, qui avaient acheté leurs offices; abus que le président Jacques-Auguste de Thou déplore avec beaucoup d'éloquence.
Le règne de Henri II ne fut guère plus heureux que celui de son père. Les défaites de Saint-Quentin et de Gravelines affaiblissaient le respect public pour le trône, les impôts aliénaient l'affection, et tous les parlements étaient mécontents.
Le roi, pour avoir plus aisément de l'argent, convoqua une grande assemblée dans la chambre du parlement de Paris, en 1558. Qoelques-uns de nos historiens lui ont donné le nom d'états généraux, mais c'était une assemblée de notables, composée des grands quise trouvèrent à Paris, et de quelques députés de province. Pour assembler de vrais états généraux, il eût fallu plus de temps, plus d'appareil, et la grand'chambre aurait été trop petite pour les contenir.
Les trésoriers généraux des finances y eurent une séance particulière; ni eux, ni le parle ment, n'y furent confondus avec le tien état. 11 n'était pas possible que le parlement, cour des pairs, n'eût pas une place distinguée dans le lieu même de sa résidence.
Le roi y parla lui-même; la convocation ne dura que huit jours; le seul objet était d'obtenir trois millions d'écus d'or : le clergé en paya un tiers, et le peuple les deux autres tiers; jusque-là tout fut paisible.