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DE LA CONJURATION D'AMBOISE

Tout était contre les lois dans ce procès. Le prince appelait en Tain au roi ; en vain il représentait qu'il ne devait être jugé que par les pairs assemblés ; on déclarait ses appels mal fondés.

Le parlement, intimidé ou gagné par les Guises, ne fit aucune démarche. Le prince fut condamné à la pluralité des voix dans le conseil du roi, où l'on fit entrer le président Christophe de Thou et ies deux conseillers du parlement.

François II se mourait alors ; tout allait changer; le connétable de Montmorency était en chemin, et allait reprendre son autorité. L'amiral Coligay, neveu du connétable, s'avançait ; la reine mère, Catherine de Médicis, était incertaine et accablée; le chancelier de L'Hospital ne voulait point signer l'arrêt; les deux princes de Guise osèrent bien la presser de faire exécuter le prince de Condé, déjà condamné, et le roi de Navarre son frère, à qui on pouvait faire le procès en un jour. Le chancelier de L'Hospital soutint la reine chancelante contre cette résolution désespérée. Elle prit un parti sage ; le roi son (ils touchait à sa fin, elle profita des moments où elle était encore maîtresse de la vie des deux princes pour se réconcilier avec eux, et pour conserver son autorité malgré la maison de Lorraine. Elle exigea d'Antoine de Navarre un écrit par lequel il renonçait à la régence, et se l'assura à elle-même dans son cabinet, ; sans consulter ni le conseil, ni les députés des états généraux qu'on devait tenir à Orléans, ni aucun parlement du royaume.

François II, son fils, mourut le 5 décembre, âgé de dix-sept ans

et dix mois ; son frère, Charles IX, n'avait que dix ans et demi.

; Catherine de Médicis sembla maîtresse absolue les premiers jours

de ce règne. Elle tira le prince de Condé de prison de sa seule

; autorité : ce prince et le duc de Guise se réconcilièrent et s'em~

| brassèrent en sa présence, avec la résolution déterminée de se

détruire l'un l'autre ; et bientôt s'ouvrit la carrière des plus hor-

| ribles excès où l'esprit de faction, la superstition, l'ignorance

| revêtue du nom de théologie, le fanatisme et la démence, aient

! jamais porté les hommes.

Pendant que François II touchait à sa fin, le parlement de Paris

1 réprima» autant qu'il le put, par un arrêt authentique, des

! maximes ultramontaines capables d'augmenter encore les troubles

de l'État. Les aspirants au doctorat soutiennent en Sorbonne des

thèses théologiques, ignorées pour l'ordinaire du reste du monde;»

mais alors elles excitaient l'attention publique. On soutint dans une de ces thèses que « le pape, souverain monarque de FÉglise, peut dépouiller de leurs royaumes les princes rebelles à ses décrets ». Le chancelier de L'Hospital envoya des lettres patentes au président Christophe de Thou, et à deux conseillers» pour informer sur cette thèse aussi criminelle qu'absurde. Tanquerel, qui l'avait soutenue, s'enfuit. Le parlement rendit un arrêt par lequel la Sorbonne assemblée abjurerait l'erreur de Tanquerel. Le docteur Le Goust demanda pardon pour Tanquerel au nom de la Sorbonne, le 12 décembre 1560. On eut dans ia suite des maximes plus affreuses à réfuter.

DES PREMIERS TROUBLES 80DS LA RÉGENCE DE CATBEBXRB DE HÉNCtt.

Dès que le faible François II eut fini son inutile vie, Catherine Medici, que nous nommons de Médicis, assembla les états dans Orléans, le 13 décembre 1560. Le parlement de Paris ni aucun autre n'y envoyèrent de députés. A peine, dans ces états, parla-t-on de la régence ; on y confirma seulement au roi de Navarre la lieutenance générale du royaume, titre donné trois fois auparavant à François duc de Guise.

La reine ne prit point le nom de régente, soit qu'elle crût que le nom de reine, mère du roi, dût lui suffire, soit qu'elle voulût éviter des formalités : elle ne voulait que l'essentiel du pouvoir. Les états mêmes ne lui donnèrent point le titre de majesté \ les rois alors le prenaient rarement. Nous avons encore beaucoup de lettres de ce temps-là où l'on dit à Charles IX et à Henri III : yotre altesse- La variété et l'inconstance s'étendent sur les noms et sur les choses.

Catherine de Médicis était intéressée à rabaisser les Guises, qui l'avaient humiliée du temps de François II, et dans cette idée elle favorisa d'abord les calvinistes. Le roi de Navarre l'était, mais ii craignait toujours d'agir. Le connétable de Montmorency, l'homme le plus ignorant de la cour, et qui à peine savait signer son nom, fut longtemps indécis ; mais sa femme, Magdeleine de Savoie, aussi bigote que son mari était ignorant, remporta sur les Coligny, et

de là régence de Catherine de médicis. ssi

détermina son mari à s'unir arec le duc de Guise. Le maréchal de Saint-André se joignit à eux, et on donna à cette union le nom de triumvirat, parce qu'on aime toujours à comparer les petites choses aux grandes. Saint-André était en tout fort au-dessous de François de Guise et de Montmorency ; il était le Lépide de ce triumvirat, d'ailleurs plus connu par ses débauches et par ses rapines que par ses actions.

Ce fut là le premier signal des divisions au milieu des états d'Orléans. La reine mère envoya d'abord un ordre, au nom du roi son fils, à tous les gouverneurs de provinces , de pacifier autant qu'ils le pourraient les troubles de religion. Cette déclaration défendait aux peuples de se servir des noms odieux de huguenots et de papistes. Elle rendait la liberté à tous les prisonniers pour cause de religion; elle rappelait ceux que la crainte avait fait retirer hors du royaume depuis le temps de François 1". Rien n'était plus capable de ramener la paix» si les hommes eussent écouté la raison.

Le parlement de Paris, après beaucoup de débats, fit des remontrances. U allégua que cette ordonnance1 devait être adressée au parlement du royaume, et non aux gouverneurs des provinces. Il se plaignit qu'on donnât trop de liberté aux novateurs. La reine mena son fils au parlement, au mois de juillet : jamais il n'y eut une plus grande assemblée. Le prince de Condé y était lui-même. On y fit enregistrer redit qu'on nomme de juillet, édit de concorde et de paix, beaucoup plus détaillé que l'ordonnance dont on se plaignait ; édit qui recommandait à tous les sujets la tolérance, qui défendait aux prédicateurs les termes injurieux, sous peine de la vie, qui prohibait les assemblées publiques, et qui, en réservant aux ecclésiastiques seuls la connaissance de l'hérésie, prescrivait aux juges de ne prononcer jamais la peine de mort contre ceux mêmes que l'Église livrerait au bras séculier.

Cet édit fut suivi du colloque de Poissy, tenu au mois d'auguste 1561*. Cette conférence ne pouvait être qu'inutile entre deux partis diamétralement opposés. D'un côté l'on voyait un cardinal

1. La première édition porte, entre parenthèses, cet mots : (Célèbre éditée juillet 1561), et qui sont dans tontes les éditions que j'ai vues, données du vivant de l'auteur. (B.)

i L'ouverture s'en Ût le 9 septembre.

de Lorraine, un cardinal de Tour non, des évêques comblés de richesses, un jésuite nommé Laines1, et des moines, défenseurs opiniâtres de l'autorité du pape ; de l'autre étaient de simples ministres protestants1, tous pauvres, tous voulant qu'on fût pauvre comme eux, et tous ennemis irréconciliables de cette puissance papale qu'ils regardaient comme l'usurpation la plus tyranuique.

Les deux partis se séparèrent très-mécontents l'un de l'autre, ce qui ne pouvait être autrement.

Jacques-Auguste de Thou rapporte que le cardinal de Tournon, ayant reproché vivement à la reine d'avoir mis au basard la religion romaine en permettant cette dispute publique, Catherine lui répondit : « Je n'ai rien lait que de l'avis du conseil et du parlement de Paris. »

Il parait cependant que la majorité du parlement était alors contre les réformateurs. Apparemment la reine entendait que les principales têtes de ce corps lui avaient conseillé le colloque de Poissy.

Après cette conférence, dont on sortit plus aigri qu'on n'y était entré, la cour, pour prévenir les troubles, assembla dans Saint- Germain-en-Laye, le 17 janvier 1562, des députés de tous les parlements du royaume. Le chancelier de L'Hospital leur dit que, dans les divisions et dans les malheurs de l'État, il ne fallait pas imiter Galon,, à qui Cicéron reprochait d'opiner dans le sein de la corruption comme il eût fait dans les temps vertueux de la république.

On proposa des tempéraments qui adoucissaient encore i'édit de juillet. Par ce nouvel édit, longtemps connu sous le nom d edit de janvier, il fut permis aux réformés d'avoir des temples dans les faubourgs de toutes les villes. Nul magistrat ne devait los inquiéter; au contraire, on devait leur prêter main-forte conuv toute insulte, et condamner à mille écus d'or d'amende ceux qui troubleraient leurs assemblées ; mais aussi ils devaient restituer les églises, les maisons, les terres, les dîmes, dont ils s'étaient emparés. Us ne pouvaient, par cet édit, convoquer aucun synode

1. Ce Jacques Laines, né en 1512, mort en 1565, était, depuis 1558, général des jésuites. Il avait succédé dans cette place au fondateur saint Ignace, ai obtint l'introduction de sa société en France. Voyez page 389.

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