‹ Précis du siècle de Louis XVChapitre 145 sur 257 · DE LA RÉGENCE DE CATHERINE DE MÉD1CIS · texte numérisé non relu

DE LA RÉGENCE DE CATHERINE DE MÉD1CIS

qu'en présence des magistrats du lieu. Enfin on leur enjoignait d'être en tout des citoyens soumis, en servant Dieu selon leur conscience.

Quand il fallut enregistrer ce nouvel édit, le parlement fit encore plusieurs remontrances. Enfin après trois lettres de jussion, il obéit le 6 mars *, en ajoutant la clause « qu'il cédait à la volonté absolue du roi ; qu'il n'approuvait point la religion nouvelle, et que Tédit ne subsisterait que jusqu'à nouvel ordre ». Cette clause, dictée par le parti des Guises et du triumvirat, inspira la défiance aux réformés, et rendit les deux édits de pacification inutiles.

Les querelles d'État et de religion augmentèrent par les moyen» mêmes qu'on avait pris pour les pacifier. Le petit triumvirat, la faction des Guises et celle des prêtres, menaçaient et choquaient dans toutes les occasions le parti des Gondé, des Goligny et des réformés : on était encore en paix, mais on respirait la guerre civile.

Le hasard qui causa le massacre de Vassy fit enfin courir la France entière aux armes, et si ce hasard n'en avait pas été la cause, d'autres étincelles auraient suffi pour allumer l'embrasement8.

Le prince de Condé s'empare de la ville d'Orléans (avril 1562), et se fit déclarer par son parti protecteur du royaume de France ; soit qu'il empruntât ce titre des Anglais, comme il est très- vraisemblable, soit que les circonstances présentes le fournissent d'ellesmêmes.

Au lieu d'apaiser cette guerre civile naissante le parlement, où le parti des Guises dominait toujours, rendit, au mois de juillet 15&2,

1 1562. (Noté de Voltaire.)

i. 11 est très-douteux que ce tumulte ait été l'effet du hasard : toutes les apparences y sont contraires. Le duc de Guise, à la mort, protesta, dit-on, de wd innocence. Mais le duc de Guise, qui, après avoir immolé cent mille victimes à son ambition, osait dire que sa religion lui ordonnait de pardonner,le duc de Guise, qui, après avoir dirigé, sous François 11, les intrigues qui devaient conduire le prince de Condé sur un échafaud, déclara publiquement, sous Charles IX, que jamais il n'avait trempé dans les projets des ennemis du prince, et offrit de lui servir de second contre eux, ce même duc de Guise mérite-t-il d'être cru sur parole lorsqu'on mourant il désavoue d'avoir projeté le tumulte de Vassy? D'ailleurs, le style de la déclaration qu'on nous a transmise n'est ni d'un mourant ni du duc de Guise : c'est une pièce évidemment fabriquée ; et quand il serait vrai qu'on l'eût fait adopter ou signer a ce duc mourant, on sent combien cette circonstance ôterait encore de force a son

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plusieurs arrêts par lesquels il proscrivait les protestants, ordondonnait à toutes les communautés de prendre les armes, de poursuivre et de tuer tous les novateurs qui s'assembleraient pour prier Dieu en français.

Le peuple, déchaîné par la magistrature, exerça sa cruauté ordinaire partout ou il fut le plus fort ; à Ligueil en Touraine il étrangla plusieurs habitants, arracha les yeux au pasteur du temple, et le brûla à petit feu. Gomercy, Loches, l'Ile Bouchard, Axài-lé-Rid&ra, Vendôme, furent saccagés ; les tombeaux des ducs de Vendôme mis en pièces, leurs corps exhumés, dans l'espérance d'y trouver quelques joyaux, et leurs cendres jetées au vent. Ce fut le prélude de cette Saint- Barthélémy qui effraya l'Europe dix années après, et dont le souvenir inspirera une horreur éternelle.

DU CBARCEUn DB l'hOSPITAL. DE l' ASSASSINAT DE FRANÇOIS DE GUIS*.

On croit bien que toutes ces cruautés ne furent point sans représailles, les protestants firent autant de mal qu'on leur en faisait, et la France fut un vaste théâtre de carnage. Le parlement de Toulouse fut partagé. Vingt-deux conseillers tenaient encore pour les édits de pacification, les autres voulaient que les protestants fussent exterminés. Ceux-ci se retranchèrent dans l'hôtel de ville ; on se battit avec fureur dans Toulouse : il y périt trois à quatre mille citoyens, et c'est là l'origine de cette fameuse procession qu'on fait encore à Toulouse tous les ans, le 10 mars, en mémoire de ce qu'on devrait oublier. Le chancelier de l'Hospital, sage et inutile médecin de cette frénésie universelle, cassa vainement l'arrêt qui ordonnait cette funeste cérémonie annuelle.

Le prince de Gondé cependant faisait une véritable guerre. $00 propre frère le roi de Navarre, après avoir longtemps flotté entre la cour et le parti protestant, ne sachant s'il était calviniste ou papiste, toujours incertain et toujours faible, suivit le duc de Guise au siège de Rouen, dont les troupes du prince de Condé s'étaient emparées; il y fut blessé à mort, en visitant la tranchée le 15 octobre 1569 : la ville fut prise et livrée au pillage. Tous les partisans du prince

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