‹ Précis du siècle de Louis XVChapitre 148 sur 257 · DE L'INTRODUCTION DES JÉSUITES EN FRANCE · texte numérisé non relu

DE L'INTRODUCTION DES JÉSUITES EN FRANCE

On sait assez que l'Espagnol Ignace de Loyola, s'étant déclaré le chevalier errant de la Vierge Marie, et ayant fait la veille des armes en son honneur, était venu apprendre un peu de latin à Paris à l'âge de trente-trois ans ; que, n'ayant pu y réussir, il fit vœu avec quelques-uns de ses compagnons d'aller convertir les Turcs, quoiqu'il ne sût pas plus le turc que le latin. Enfin, n'ayant pu passer en Turquie, il se consacra, lui et les siens, à enseigner le catéchisme aux petits enfants, et à faire tout ce que voudrait le pape ; niais peu de gens savent pourquoi il nomma sa congrégation naissante la Société de Jésus.

I^es historiens de sa vie rapportent que sur le grand chemin de Rome il fut ravi en extase, que le Père éternel lui apparut avec son fils chargé d'une longue croix, et se plaignant de ses douleurs ; le Père éternel recommanda Ignace à Jésus, et Jésus à Ignace. Dès ce jour il appela ses compagnons jésuites, ou Compagnie de Jésus. U ne faut pas s'étonner qu'une compagnie à laquelle on a reproché tant de politique ait commencé par le ridicule : la prudence achève souvent les édifices fondés par le fanatisme.

Les disciples d'Ignace obtinrent de la protection en France Guillaume Duprat, évêque de Clermont, fils du cardinal Duprat, lem donna dans Paris une maison qu'ils appelèrent le collège de Clermont, et leur légua trente-six mille écus par son testament.

Ils se mirent aussitôt à enseigner. L'Université de Paris s'opposa à cette nouveauté, en 1554. L'évêque Eustache du Bell ai, à qui le parlement renvoya les plaintes de l'Université, déclara que l'institut était contraire aux lois et dangereux à l'État. Le cardinal de Lorraine, qui les protégeait, obtint, le 25 avril 1560, des lettres de François II au parlement de Paris, portant ordre d'enregistrer la bulle du pape et la patente du roi qui établissaient les jésuites. Le parlement, au lieu d'enregistrer les lettres, renvoya l'affaire à rassemblée de l'Église gallicane. C'était précisément dans le temps du colloque de Poissy. Les prélats qui y étaient assemblés en grand

nombre, approuvèrent l'institut sous le nom de Société, et no» d'ordre religieux, à condition qu'ils prendraient un autre nom que celui de jésuites.

L'Universié alors leur intenta procès au parlement, après aToir consulté le célèbre Charles Dumoulin. Pierre Versoris plaida pour eux ; le savant Etienne Pasquier, pour l'Université (5 avril 1562). Le parlement rendit un arrêt par lequel» en se remettant à délibérer plus amplement sur leur institut, il leur permettait par prorisiem d'enseigner la jeunesse '.

Tel £ut leur établissement, telle fut l'origine de toutes les querelles qu'ils essuyèrent et qu'ils suscitèrent dépôts, et qui enfin les ont i du royaume.

DU CHANCELIER DE l'hOSMTAL, ET DE 81

L'introduction des jésuites en France ne servit pas à éteindre let feux que la religion avait allumés. Us étaient, par un vœu particulier, dévoués aux ordres du pape ; et, l'Espagne étant le berceau de leur institut, les premiers jésuites établis à Paris furent les émissaires de Philippe II, qui fondait une partie de sa grandeur sur les misères de la France.

.Le chancelier de L'Hospital était presque le seul homme du conseil qui voulût la paix. A peine avait-il donné un édit de pacification que les prédica'eurs catholiques et protestants prêchaient le meurtre dans plusieurs provinces, et criaient aux armes.

L'Hospital, pour dernière ressource, imagina de faire vojager le jeune roi Charles IX dans toutes les provinces de son royaume. On le montra de ville en ville comme celui qui devait guérir tant de maux. A peine avait-on de quoi subvenir aux frais de ce voyage; l'agriculture était négligée, presque toutes les manufactures étaient tombées, la France était aussi pauvre que turbulente.

Ce fut dans ce voyage que le législateur L'Hospital fit la célèbre ordonnance de Moulins, en 1 566. On vit les plus sageâ lois naître

1. fce président Bénault dit qu'ils n'ouvrirent leur collège qtfen 1574. Cette > «et peu importante. (Note de Voltaire*)

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