‹ Précis du siècle de Louis XVChapitre 15 sur 257 · MORT BU DUC D'ORLÉANS. S · texte numérisé non relu

MORT BU DUC D'ORLÉANS. S

la religion catholique, dont jamais ministre ne fit moins de cas que lui. 11 prétexta qu'il y avait pour les cardinaux un cérémonial particulier, et qu'un cardinal ne recevait pas r extrême-onction et le viatique comme un autre homme. Le curé de Versailles alla aux Informations et pendant ce temps Dubois mourut, le 10 au* 3BSte 1723. Nous rîmes de sa mort comme de son ministère : tel était le goût des Français, accoutumés à rire de tout *.

Le duc d'Orléans prit alors le titre de premier ministre parce que, le roi étant majeur, il n'y avait plus de régence ; mais il suivit bientôt son cardinal. C'était un prince à qui on ne pouvait reprocher que son goût ardent pour les plaisirs et pour les nouveautés*.

De toute la race de Henri IV, Philippe d'Orléans fut celui qui lui ressembla le plus : M en avait la valeur, la bonté, l'indulgence, fa gaieté, la facilité, la franchise, avec un esprit plus cultivé. Sa physionomie, incomparablement plus gracieuse, était cependant celte de flenri IV. il se plaisait quelquefois à mettre une fraise, et alors c'était Henri IV embelli.

0 y avait alors un singulier projet dont sa mort subite saura la France. C'était de rappeler Lass, réfugié et oublié dans Venise, et de faire revivre son système, dont il comptait rectifier les abus, et augmenter les avantages. Rien ne put jamais le détacher de l'idée d'une banque générale chargée de payer toutes les dettes de l'État. L'exemple de Venise, de la Hollande, de l'Angleterre, lui faisait illusion. Son secrétaire Melon, esprit systématique, trés-éclairé, mais chimérique, lui avait inspiré ce dessein et l'y confirmait de jour en jour. Il oubliait la différence établie par la nature entre le génie des Français et des peuples qu'on voulait imiter ; combien de temps il Cuit pour faire réussir de tels établissements; que la nation était alors plus révoltée contre le système de Lass qu'elle n'en avait été

1. Le régent, en 1722, avait fait le cardinal Dubois premier ministre. Où le compilateur des Mémoire» de Maintenon a-t-il pris que Louis XI V, ayant donné un petit bénéftce, en 1092, à cet abbé Dubois, alors obscur, avait dit de lai : « Il ne s'attache point aux femmes, qu'il aime; s'il boit, il ne s'enivre pas, et s'il joue, il ne perd jamais » ? Voilà de singulières raisons pour donner un AénéÉce. Peut-on faire parler ainsi Louis II V? et ce monarque jetait-il la vue for l'abbé Dubois? (Note de Voltaire, 1763.) D'ailleurs l'abbé Dubois n'était ni joueur ni buveur. (W., 1768.)

t. OU lit daas U Benriade, chant VH, vers 443, que le duc d'Orléans était

Ardent, plein de génie, Trop ami des plaisirs, et trop des nouveautés.

•d'abord enivrée, et que Lass, revenant une seconde fois bouleverser la France avec des billets, trouverait des ennemis plus en garde, plus acbarnés et plus puissants qu'il n'en avait eu à combattre dans «es premiers prestiges '.

La contemplation continuelle de cette grande entreprise qui séduisait le duc d'Orléans, et celle des orages qu'il allait exciter, allumèrent son sang. Les plaisirs de la table et de l'amour dérangèrent sa santé davantage. Il fut averti par une légère attaque d'apoplexie qu'il négligea, et qui lui en attira une seconde, le 2 décembre 1723, à Versailles. 11 mourut au moment qu'il en fut frappé.

Son fils, le duc de Chartres, d'un caractère faible et bizarre, plus (ait pour une cellule à Sainte-Geneviève, où il a fini ses jours, que pour gouverner un État*, ne demanda pas la place de son père. Le duc de Bourtwn, arrière- petit-fils du grand Gondé, la demanda surle-champ au jeune roi majeur. Le roi était avec Fleury, ancien évêque de Fréjus, son précepteur. 11 consulta par un regard ce vieillard ambitieux et circonspect, qui n'osa pas s'opposer par un signe de tête à la demande du prince.

La patente de premier ministre était déjà dressée par le secrétaire d'État La Vrillière, et le duc de Bourbon fut le maître du royaume en deux minutes.

Le sort des princes de Gondé a toujours été d'être opprimés par des prêtres. Le premier prince deCondé, Louis, oncle de Henri IV, fut toute sa vie persécuté par les prêtres de Rome et de la France, et assassiné sur le champ de bataille immédiatement après la perte 4e la journée de Jarnac.

Le second, Henri, cousin germain de Henri IV, plus poursuivi encore par les prêtres de la Ligue, empoisonné dans Saint-Jeand'Angély.

Le troisième, Henri II, mis en prison sous le gouvernement du Florentin Concini, et depuis toujours tourmenté par Je cardinal de Richelieu, quoiqu'il eût marié son fils à la nièce de ce cardinal.

Le quatrième, qui est le grand Gondé, enfermé à Vincennes* et

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