LE DUC DE BOURBON, PREMIER MINISTRE
ta Havre, poursuivi hors du royaume par le cardinal Mazarin.
Enfin celui dont nous parlons, et que nous appelons Monsieur le Bac, supplanté, chassé de la cour et exilé par Fleury, évèque de Préjus, qui fut cardinal bientôt après.
Voici comment se fit celte révolution, qui élonna la France, et qui n'était après tout qu'un changement de ministre, ordinaire dans toutes les cours.
Monsieur le Duc abandonna d'abord tout le département ci» l'Église, et le soin de poursuivre les calvinistes et les jansénistes, à Révoque de Fréjus, se réservant l'administration de tout le reste. Ce partage produisit quelques difficultés entre eux. Le prince était gouverné par un des frères Paris, nommé Duverney, qui avait eu la principale part à l'ouvrage inouï de la liquidation des biens de tous les citoyens après le renversement des chimères de Lass. Une autre personne gouvernait plus gaiement le prince ministre : c'était la fille du traitant Pléneuf, mariée au marquis de Prie» jeune femme brillante, légère, d'un esprit vif et agréable. Pour Fleury, âgé alors de soixante et treize ans, il n'était gouverné par personne, et il avait sur le roi, son élève, un ascendant suprême, fruit de l'autorité d'un précepteur sur son disciple, et de l'habitude.
Pâris-Duverney, étroitement lié avec cette marquise de Prie, résolut avec elle de mettre le roi entièrement dans la dépendance du prince et de chasser le précepteur. Nous avons déjà vu1 que le duc d'Orléans, régent de France, pour finir sa guerre contre le roi d'Espagne Philippe V, avait marié l'infante , fille de ce monarque et de la princesse de Parme, âgée alors de cinq ans et demi, au roi de France qui en avait quinze. 0 fallait attendre environ dix ans au moins la naissance incertaine d'un dauphin. M"* de Prie etDuverney prirent ce prétexte pour renvoyer l'infante à son père, et pour faire un véritable mariage du roi de France avec une sœur du duc de Bourbon, très-belle et très-capable de donner des enfants, élevée à Fontevrault sous le nom de princesse de Vermandois9.
On commença par renvoyer la femme de cinq ans avant de s'as-
2. Les Condés eussent ainsi porté un double coup aux d Orléans* (6. A.)
6urer d'une plus mûre. On la fit partir pour l'Espagne, sans j sentir son père et sa mère, sans adoucir la dureté d'une telle démarche par la plus légère excuse. On chargea seulement l'abbé de Iivry-Sanguin, fils d'un premier maître d'hôtel du roi, ministre alors en Portugal, de passer en Espagne pour en instruire le roi et la reine, pendant que leur enfant était en chemin, reconduite a petites journées. Cet oubli de toute bienséance n'était l'effet d'aucune querelle entre les cours de France et d'Espagne. Il semblait qu'une telle démarche ne pouvait être imputée qu'au caractère de Duverney, qui, ayant été garçon cabarelier dans son enfance, chez sa mère en Dauphiné, soldat aux gardes dans sa jeunesse, et plongé depuis dans la finance, retint toute sa vie un peu de la dureté de ces trois professions. La marquise de Prie ne songea jamais aux conséquences, et Monsieur le Duc n'était pas politique.
L'infante1 qui fut ainsi reconduite fut depuis reine en Portugal. Elle donna à Joseph I*»* les enfants qu'on ne voulut pas qu'elle donnât à Louis XY, et n'en fut pas plus heureuse.
Quelques mois après son renvoi, M"' de Prie courut en poste a Fontevrault essayer si )a princesse de Vermandois lui convenait, et si on pouvait s'assurer de gouverner le roi de France par elle. La princesse, encore plus fière que la marquise n'était légère et inconsidérée, la reçut avec une hauteur dédaigneuse et lui fit sentir qu'elle était indignée que son frère lui dépêchât une telle ambassadrice. Cette seule entrevue la priva de la couronne. On la laissa faire la fière dans son couvent : elle mourut abbesse de BeaumonJU les-Tours trois ans après8.
Il y avait dans Paris une M"* Texier, maltresse d'un ancien militaire nommé Vauchon, veuve d'un caissier qui avait appartenu à Plêneuf , père de Ma° de Prie. Elle était retenue pour toujours dans son lit par une maladie affreuse qui lui avait rongé la moitié du visage. Vauchon lui parla de Stanislas Leczinski, fait roi de Pologne
1. Marie-Anne-Victoire, infante d'Espagne, née en 1718, fut mariée en 13g an prince 4e BrésH, depuis roi de Portugal sous le nom de Joseph I*r.
2. Joseph-Emmanuel, né en 1714, roi en 1750, sous le nom de Joseph I", mourut en 1777.
S. fienriette-Lonise-Harie-Françoise-Gahrielle, connue sous le nom de M0* do Vermandois, sœur de H11*' de Gharolais et de Clermont, était née le 15 janvier 1703 ; elle devint abbesse de Baumont-les-Tours en 1728, et n'est morte que le 19 septembre 1772. (B.)