JOURNÉE DE LÀ SAINT-BARTHÉLÉMY
Faitnée 1569, qui fiait par la bataille de Montcontour', la plus
meurtrière de toutes. L'amiral de Coligny était alors le chef le plus
renommé des protestants (13 septembre 15G9). Le parlement de
Paris le condamna à la mort, et l'arrêt promettait cinquante mille
| écus à quiconque le livrerait vivant. (28 septembre) Le procureur
f général Bourdin requit qu'on donnât la même somme à quiconque
| l'assassinerait, et que, quand même l'assassin serait coupable de
■ crime de lèse-majesté, on lui promit sa grâce. L'arrêt fut ainsi réformé suivant le réquisitoire. On donna un pareil arrêt contre Jean de La Fer ri ère, vidame de Chartres, et contre le comte de Mont-
i ' gomery ; leurs effigies avec celle de l'amiral furent traînées dans un tombereau, et pendues à une potence ; mais les têtes de La Ferrière et de Mootgomery ne furent point mises à prix. i Ce fut là le premier exemple des proscriptions, depuis celles du | triumvirat romain. Le cardinal de Lorraine fit traduire en latin, î ' ea allemand, en italien, et en anglais, cet arrêt de proscription. ï Un des valets de chambre de Coligny, nommé Dominique d'Albe, crut pouvoir mériter les cinquante mille écus en empoisonnant son maître; mais il eût élé douteux qu'un empoisonnement, difficile d'ailleurs à prouver, lui eût valu la somme promise. Il fut reconnu sur le point d'exécuter son crime, et pendu avec cet écri-
■ teau : Traître envers Dieu, ta patrie, et ton maître. Le parti protestant, malgré les pertes de Jarnac et de Montcontour, faisait de grands progrès dans le royaume ; il était maître de la Rochelle et de la moitié du pays au delà de la Loire. Le jeune Henri, roi de Navarre, depuis roi de France, et le prince Henri de Coudé, son cousin, avaient succédé au prince Louis de Condé, tué à
t ■ Ta bataille de Jarnac. Jeanne de Navarre avait elle-même présenté * son fils aux troupes et aux députés des églises protestantes, qui le reconnurent pour leur chef, tout jeune qu'il était.
Les protestants reprenaient de nouvelles forces et de nouveUes espérances. La cour manquait d'argent, malgré les bulles du pape Eue fut obligée d'envoyer demander la paix à Jeanne de Navarre, Aère de Henri IV. L'amiral Coligny, chef du parti au nom de ce prince, était très-Iassé de la guerre : la cour enfin se crut heureuse de revenir au système du chancelier de L'Hospital : elle abolit tous
i. 3 octobre 1569l
les édits nouveaux qui étaient aux calvinistes leurs emplois et la liberté de conscience ; on leur laissa tous leurs temples dans Paris et à la cour. On leur permit même dans le Languedoc de ne plus dépendre du parlement de Toulouse, qui avait fait trancher la tête au calviniste Rapin, envoyé du roi lui-même. Ils pouvaient porter toutes leurs causes, des juridictions subalternes du Languedoc aux maîtres des requêtes de l'hôtel. Us pouvaient, dans les parlements de Rouen, de Dijon, d'Aix, de Grenoble, de Rennes, récuser à leur choix six juges, soit présidents, soit conseillers, et quatre dans Bordeaux. On leur abandonnait pour deux ans les villes de U Rochelle, Montauban, Cognac, et la Charité: c'était plus qu'on n'avait jamais fait pour eux ; et cependant redit fut enregistré au parlement de Paris et par tous les autres sans aucune représentation.
La misère publique, causée par la guerre et devenue extrême, fut la cause de ce consentement général. Cette paix, qu'on appela mal assise et boiteuse *, fut conclue le 15 auguste 1570. La cour de Rome ne murmura point: son silence fit penser qu'elle était instruite des desseins secrets de Catherine de Médicis et de Charles K, son fils. La cour accordait des conditions trop favorables aux protestants pour qu'elles fussent sincères. Le dessein était pris d'exterminer pendant la paix ceux qu'on n'avait pu détruire par la guerre. Sans cela, il n'eût pas été naturel que le roi pressât l'amiral Coligny de venir à la cour, qu'on l'accablât de grâces extraordinaires, et qu'on rendit sa place dans le conseil au même homme qu'on avait pendu en effigie et dont la tête était proscrite. On lui permit même d'avoir auprès de lui cinquante gentilshommes dans Paris: c'était probablement cinquante victimes de plus qu'on faisait tomber dans le piège.
Enfin arriva la journée de la Saint-Barthélémy *, préparée depuis deux années entières: journée dans laquelle une partie de la nation massacra l'autre, où Ton vit les assassins poursuivre les proscrits jusque sous les lits et dans les bras des princesses qui intercédaient en vain pour les défendre» où enfin Charles IX Û»
1. Cette paix lut ainsi appelée parce que, dit Daniel, elle avait été couche, •a nom du roi, par les sieurs de Biron et de Mesmes, dont le premier étlft boiteux, et l'autre portait le nom de sa seigneurie de Malassise.
t. 24 août 1572. (Note de Voltaire.)