JOURNEE DE LA SAINT-BÀRTHÉLEMY
même tirait d'une fenêtre de son Louvre sur ceux de ses sujets qui échappaient aux meurtriers *. Les détails de ces massacres, que je dois omettre ici, seront présents à tous les esprits jusqu'à la dernière postérité.
Je remarquerai seulement que le chancelier de Biragùe1, qui était garde des sceaux cette année, fut, ainsi qu'Albert de Gondi, depuis maréchal de Retz, un de ceux qui préparèrent cette journée. Ils étaient tous deux Italiens. Birague avait dit souvent que, pour venir à bout des huguenots, il fallait employer des cuisiniers, et non pas des soldats. Ce n'était pas là le chancelier de L'flospital. La journée de la Saint-Barthélémy fut ce qu'il y a jamais eu de plus horrible. La manière juridique dont la cour voulut soutenir ei justifier ces massacres fut ce qu'on a vu jamais de plus lâche. Charles IX alla lui-même au parlement le troisième jour des massacres, et pendant qu'ils duraient encore. Il présupposa que l'amiral de Coligny et tous ceux qu'on avait égorgés, et dont on continuait de poursuivre la vie, avaient fait une conspiration contre sa personne et contre la famille royale, et que cette conspiration était prête d'éclater quand on se vit obligé de l'étouffer dans le sang des complices.
Il n'était pas possible que Coligny, assassiné trois jours avant par Maurevert, presque sous les yeux du roi, et blessé très-dangereusement, eût fait dans son lit celte conspiration prétendue.
C'était le temps des vacances du parlement ; on assembla exprès une chambre extraordinaire. Cette chambre condamna, le 27 septembre 1572, l'amiral Coligny, déjà mort et mis en pièces, à êire traîné sur la claie, et pendu à un gibet dans la placé de Grève, d'où il serait porté aux fourches patibulaires de Montfaucon. Par cet arrêt, son château de Châtiîlon-sur-Loing fut rasé ; lès arbres du parc coupés ; on sema du sel sur le territoire de cette sei-
1. Le texte de Brantôme, qui rapporte cette particularité, est transcrit dans une note du chant deuxième de la Uenriade. On avait, en 1793, placé evant cette fenêtre, qui est sur le quai du Louvre, à l'extrémité méridionale <Jc la galerie d'Apollon, un poteau avec une inscription. Bonaparte, premier consul, fit disparaître, en 1802, ce poteau qui, suivant quelques |ier>onnes. aurait dû être placé ailleurs et sur la ruades Poulies. Voici l'insciiption qu'on avait mise sur le poteau : Ceet de cette fenêtre que l'infâme Charte» /X, d'exécrable mémoire, a tiré *ur le peuple avec une carabine. (B.)
2. 11 est omis comme garde des sceaux dans V Abrégé chronologique du président Hénanlt. {Note de Voltaire.)
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gaeune; on croyait par là rendre ce terrain stérile, comme s'il n'y eût pas eu dans ces temps déplorables assez de friches en France. Un ancien préjugé faisait penser que le sel ôte à la terre sa fécondité : c'est précisément tout le contraire ; mais l'ignorance des hommes égalait alors leur férocité.
Les enfants de Coligny, quoique nés du sang le pins illustre, furent déclarés roturiers â, privés non-seulement de tous leurs biens, mais de tous les droits de citoyens, et incapables de tester. Enfin le parlement ordonna qu'on ferait tous les ans à Paris une procession pour rendre grâces à Dieu des massacres, et pour en célébrer la mémoire. Celte procession ne se fit point parce que les temps changèrent, et cette honte fut du moins épargnée à la nation,
Par un autre arrêt du même jour, deux gentilshommes, amis de l'amiral, Briquemaut et Cavagnes, échappés aux assassins de la Saint-Barthélémy, lurent condamnés à être pendus comme complices de la prétendue conspiration ; ils furent traînés le même jour dans un tombereau à la Grève, avec l'effigie de l'amiral. De Thou assure que le roi et Catherine sa mère vinrent jouir de ce spectacle à l'Hôtel de Ville, et qu'ils y traînèrent le roi de Navarre, notre Henri IV.
ta cour avait d'abord écrit dans plusieurs provinces que les massacres de Paris n'avaient été qu'un léger tumulte excité par la conspiration de l'amiral ; mais, par un second courrier, on envoya dans toutes les provinces un ordre exprès de traiter les protestants comme on les avait traités à Paris * .
Les peuples de Lyon et de Bordeaux furent ceux qui imitèrent 1a fureur des Parisiens avec le plus de barbarie. Un jésuite nommé Edmond Ogier excitait le peuple de Bordeaux au carnage, un cruciûx à la main. 11 mena lui-même les assassins chez deux conseillers au parlei ».ent dont il croyait avoir à se plaindre, et qu'il fit égorger sous ses yeux s.
1. Philippe H accorda a la famille de Ballhazar Gérard, l'assassin de Guillaume, prince d'Orange, des lettres de noblesse dont elle jouit longtemps.
2. Une lettre de Charles IX, dont «ne copie fait partie du manuscrit de la bibliothèque du roi. intitulé Lettrée et Dépêche* du roi à monsieur de Ma*delot, prouve qu'on avait envoyé dans les provinces des hommes chargés -' 'ordres verbaux et secrets tout contraires aux dépêches publiques f*i avaient été adressées aux gouverneurs. (B.)