Dam ton Dictionnaire historique et critique
î. Cette dernière pièce nous paraît une plaisanterie contre les ligueurs. Les protestants, presque toujours prives en France de la liberté de se défendre, firent un grand usage de ces pièces supposées, dont personne n'a été la dupe lorsqu'elles ont paru, mats dont plusieurs ont été recueillies depuis comme des pièces authentiques.
Les deux autres pièces n'ont rien qui doive en faire soupçonner la vérité. Le duc de Guise avait été assassiné. N'eût-il été qu'un simple citoyen, le parlement devait faire le procès aux meurtriers. L'ordre du roi ne devait pas les mettre à l'abri de la condamnation. Ainsi le premier arrêt n'est qu'un acte de justice et de courage. Le second a pour objet la défense des lois du royaume et des droits du parlement. La duchesse de Cléves demandait que l'on poursuivit ceux qui avaient expédié et délivré la commission, ce qui était inculper
faut soigneusement observer les dates. Le due de Cuise avait été assassiné le vendredi 33 mars 1588, et le cardiotl le 24.
La Ligue était à Paris toute-puissante ; la faction nommée des Seiie, composée de boungeois, et vendue à l'Espagne et au pape, était maîtresse de la ville.
Le kmdi 16 janvier 158$, Jean Le Clerc dit Bnssy, autrefois procureur au parlement, et devenu gouverneur de la Bastille, se transporta à la grand'chambre, suivi de cinquante satellites couverts de cuirasses, et le pistolet à la main ; il ordonna au premier président de Harlai, aux présidents de Thon et Potier, de le suivre. 11 aHa ainsi de chambre en chambre se saisir des magistrats qu'il soupçonnait être attachés an roi. Ils furent conduits à la Bastille au nombre de chiquante, à travers deux haies de bourgeois.
Quelques membres de la chambre des comptes, du grand conseil et de la cour des aides, furent mis dans d'autres prisons.
Le parlement était alors composé d'environ cent quatre-vingts membres. U y en eut cent vingt-six qui firent serment sur le crucifix de ne jamais se départir de la Ligue, et de poursuivre la vengeance de la mort du duc et du cardinal de Guise contre les auteurs et les complices. Les greffiers, les avocats, les procureurs, les notaires, firent le même serment, au nombre de trois cent vingt-six.
Le mardi 17 janvier, qui était le lendemain de l'emprisonnement des cinquante magistrats, le parlement tint ses séances comme à l'ordinaire. L'audience fut tenue par le président Barnabe Brisson, qui accepta ce dangereux poste. D crût se préparer une ressource contre l'indignation du roi en protestant secrètement par-devant les notaires Luçon et Le Noir que c'était malgré lui qu'il présidait I ce parlement, et qu'il cédait à la violence : protestation qui sert rarement d'excuse, et qui ne décèle qn'un esprit faible.
Le premier président Achille de Harlai, plus courageux *, aima
les officiers de la chancellerie, el le secrétaire d'État qui avait signé cette commission. Le parlement eut la sagesse de ne point feire droit sur cette partie de la requête. (K.)
1. M. de Voltaire, dans la Henriade, chant IV, vers 441-42, dit, en parlant de Harlai:
11 m présente ans Seize, U demande des fers,
Dn front dont U aurait condamné ces pervers.
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