‹ Précis du siècle de Louis XVChapitre 164 sur 257 · mars fo90. (Soie de Voltaire · texte numérisé non relu

mars fo90. (Soie de Voltaire

ARRÊTS DE PLUSIEURS PARLEMENTS

dans Paris et dans une partie de la France, mourut quelque ter après au château de Châtenai * en Poitou, où Henri 1Y Pavait transférer. La Ligue ne s'occupa qu'à faire élire un nouveau : L'intention de Philippe II était de donner le royaume de France ; fille Claire-Eugénie, qui devait épouser le duc de Guise, fils Balafré, assassiné à Blois.

On faisait toujours rendre des arrêts par le parlement, et ce qi appelle des décrets, par la Sorbonne. Celle-ci, par son décret 7 mai 1590, promettait la couronne du martyre à quiconque a le bonheur de mouiir en combattant contre Henri IV.

Ce fut en vertu * de ce décret que se fit cette fameuse procesj de la Ligue, en présence du cardinal Cajetan, légat du pape, plusieurs évèques italiens, et du jésuite Beliarmin, depuis cardi qui tous avaient suivi le légat.

L'évéque de Senlis, Guillaume Rose, était à la tète, portant crucifix d'une main, et une hallebarde de l'autre. Après lui ve le prieur des chartreux, suivi de tous ses moines, l'habit retrou le capuchon abattu, un casque en tête. Les quatre ordres m dtaiits, les minimes, les capucins, marchaient dans le même éc page, portant tous de vieux mousquets avec un air menaçant, yeux enflammés, en grinçant les dents* comme dit le présic de Thou.

Le curé de Saint-Cême faisait l'office de sergent; il ordonnai marche, les baltes, les salves de mousqueterie. Les moines défi devant le coche du légat, l'un d'eux tua son aumônier d'uncou] fusil chargé à balle. Cet accident ne troubla pas la cérémo fie Thon rapporte que les moines crièrent que cet aumônier i sauvé, puisqu'il était mort dans une si sainte cérémonie; e peuple ne prit seulement pas garde à la mort de l'aumônier.

Cependant on pendait sans miséricorde tous ceux qui parla de traiter avec le roi. Ce prince, victorieux à Ivryv était déjà dei les portes de Paris avec des troupes plus formidables que la ] cession des moines.

1. 9 mal 1890. (Note de Voltaire.) — Cette date est celle que portent lea tions données do rivant de Voltaire : c'est celle qu'on lit dans l'épitaphe portée par Breui du Radier, page 469 du tome III de la Bibliothèque du Po Ce fat A Kontenai-le-Comte que mourut le cardinal de Bourbon. (B.)

1 S juin 1590. (Note de Voltaire.)

11 ût préparer1 une escalade du côté du faubourg Saint-Jacques, pendant une nuit fort sombre. Cette entreprise allait réussir. Qui croirait qu'un libraire, un avocat et un jésuite *, empêchèrent Henri IV de se rendre maître de sa capitale? Le jésuite, d'une vieille hache, coupa la main d'un soldat qui avait déjà le poignet appuyé sur la muraille ; on jeta de la paille allumée dans le fosse où les royalistes étaient descendus, l'alarme fut donnée partout, et Henri IV fut obligé de se retirer.

La guerre continua de tous côtés. Les Parisiens redoublaient tous les jours leur serment de ne point reconnaître le roi.

Le nouveau pape, Grégoire XIV, envoyait des troupes au secours de la Ligue; il fournissait aux factieux de Paris quinze mille livres par mois du trésor que Sixte-Quint avait amassé. Ces troupes marchaient avec un archevêque nommé Mateucci, qui faisait la fonction de commissaire général de l'armée. La ville de Verdun était son rendez-vous. Le jésuite Jouvency avoue, dans son Histoire de la Compagnie de «testa, que le supérieur des novices de Paris, nommé Nigri, rassembla tous les novices de l'ordre, et les mena à Verdun, i l'armée papale, dans laquelle ils furent incorporés. Ce trait, qui peut paraître incroyable, ne l'est point après tout ce que nous avons vu.

Au milieu de tant d'événements, les uns horribles, les autres ridicules, la faction qu'on nommait des Seize, qui avait dans Paris beaucoup plus d'autorité que le parlement, et qui balançait même celle du duc de Mayenne, donna un nouvel exemple des excès d'atrocité où les guerres civiles entraînent les hommes. Ces Seize, ayant découvert qu'un procureur de la ville, nommé Brigard, avait envoyé une lettre à Saint-Denis, occupé alors par les troupes royales, le déférèrent au parlement pour lui faire son procès. Le premier président, Barnabe Brisson, sauva la vie à ce malheureux. Les Seize soupçonnèrent Brisson d'être, dans le cœur, du parti du roi, et voici comme ils s'en vengèrent.

i. 10 septembre 1590. (Note de Voltaire.)

î. Pierre de L'Estoile n'a pas conservé le nom du jésuite; mais il dit que l'aio» cat s'appelait Beledens, et le libraire, Nivelle. Il y a eu plusieurs libraires du nom de Nivelle. Cette famille avait sa sépulture dans l'église Saint-Benoit. Sébastien Nivelle, que son épitaphe qualifiait la perle des libraire*, avait soixantesept ans en 1590, et mourut en 1605, à quatre-vingts ans.Il est donc probable que ce n'est pas lui, mais un de ses fils, Nicolas ou Robert, qui était de garde 1s 10 septembre 1390. (B.)

ARRÊTS DE PLUSIEURS PARLEMENTS. 417

Bussy-le-Clerc, gouverneur de la Bastille, celui-là même qui avait déjà emprisonné une partie du parlement, commença d'abord par exiger un blanc- signé de dix des principaux factieux, en leur disant que c'était pour consulter la Sorbonne. Dés qu'il eut leur signature, il remplit le papier d'une sentence de mort contre le premier président. On épia le moment où il avait l'imprudence d'aller à pied dans les rues. Il fut saisi, conduit au Petit-Cbâtelet; et dés qu'il y fut entré, Gromé, conseiller au grand conseil, se pré- * senta à lui, revêtu d'une cotte d'armes, le fit mettre à genoux, et lui lut la sentence qui le condamnait à être pendu pour crime de lèse-majesté divine et humaine.

C'est une chose assez singulière que Brisson, dans ce moment terrible, l'esprit encore rempli des formalités des lois dans lesquelles il avait été élevé, demanda à être confronté avec les témoins qui l'accusaient. Gromé ne lui répondit que par un grand éclat de rire. Brisson eut la faiblesse de demander qu'on différât l'exécution jus- <ra'i ce qu'il eût fini un ouvrage de jurisprudence qu'il avait commencé; on rit encore davantage, et il fut pendu à une poutre1.

.Une heure après, le lieutenant du grand-prévôt, nommé Chouillier, alla saisir dans le Palais Larcher, conseiller de la grand'chambre, sous-doyen des conseillers, vieillard septuagénaire, accusé aussi d être partisan du roi. 11 fut mené au même endroit où était le corps de Brisson. Dès que Larcher aperçut ce spectacle, il demanda luimême à mourir, et on le pendit à la même poutre.

Le curé de Saint-Côme1, dans le même temps, suivi d'une troupe de prêtres et de suppôts de l'Université, était allé prendre dans son lit le conseiller au Châtelet Tardif, dangereusement ma- ■%

lade, et qui venait d'être saigné; il le présenta lui-même au bour- ^

reau, et le fit périr de la même manière. $

C'est encore une des horreurs de la nature humaine qu'il se ^

trouve des hommes qui fassent de ces exécutions, et dont le métier .'$'

soit d'arracher la vie aux autres hommes, sans s'informer seule- H,

ment ni si cette mort est juste, ni quel est le droit de celui qui la ~ %

commande. &«

Le lendemain, on exposa les trois corps dans la place de Grève, js£|

Page 1