D'UNE PAM EDS£ DÉMONIAQUE
Le parlement de Paris, renfermé dans les bornes de son devoir, n'en fut que plus respecté, et il eut beaucoup plus de réputation sous Henri IY que sous la Ligue. Il rendit un très-grand service à la France en s'opposant toujours à l'acceptation du concile de Trente. 11 y avait en effet vingt-quatre décrets de ce concile si opposés aux droits de la couronne et de la nation que, si on les eût souscrits, la France aurait eu la honte d'être un pays d'obédience.
L'affaire ecclésiastique dans laquelle il sign ala le plus sa prudence fut celle qui fit fe moins d'honneur à quelques ecclésiastiques encore ennemis secrets du roi, qui avait embrassé leur religion. Ite imaginèrent de produire sur la seêne une démoniaque, pour confondre les protestants dont le roi récompensait les services fidèles, et dont plusieurs avaient t*n grand crédit à la cour. On prétendait
exciter les peuples catholiques, en leur faisant voir combien Dieu les distinguait des huguenots. Dieu ne faisait qu'à eux la faveur de leur envoyer des possédés; on contraignait les diables par les exorcismes à déclarer que le catholicisme était la vraie religion ; et renoncer au protestantisme, c'était renoncer au diable.
Ce sont presque toujours des filles qu'on choisit pour jouer ces comédies : la faiblesse de leur sexe les soumet plus aisément que les hommes aux séductions de leurs directeurs, et, accoutumées par leur faiblesse même à cacher leurs secrets, elles soutiennent ces rôles singuliers avec plus de constance que les hommes.
Une fille de Romorantin, dont le corps était d'une souplesse extraordinaire, joua le rôle de possédée dans une grande partie de la France. Des capucins la promenaient de diocèse en diocèse. Un nommé Duval, docteur de Sorbonne, accréditait cette farce à Paris; un évéque de Clermont, un abbé de Saint-Martin1, voulurent mener cette fille en triomphe à Rome.
Le parlement procéda contre eux tous. On assigna Duval et les capucins; ils répondirent par écrit que la bulle In cœna Domtà leur défendait d'obéir aux juges royaux. Le parlement fit brûler leur réponse, condamna la bulle In cœna Domini, et interdit la chaire aux capucins. Cette seule interdiction eût en d'autres temps attiré ce qu'on appelle les foudres de Rome sur le roi et sur le parlement ; mais la scène se passait en 1599, temps où le roi était maître absolu de son royaume. Philippe II, qui avait tant gouverné la cour de Rome, n'était plus; et le pape commençait à respecter Henri IV.
Il ne faut pas omettre la réponse sage et plaisante du premier président de Uarlai à des bourgeoises de Paris. Madame Catherine, sœur du roi, qui n'avait pas été obligée comme lui de se faire catholique, tenait un prêche public dans son palais. U n'était pas permis d'en avoir dans la ville ; mais la rigueur des lois comme la
4. L'évéque de Clermont et l'abbé de Saint-Martin, son frère, étaient aewu du comte de La Rochefoucauld, tué à la journée de la Saint-Barthélémy. L'ère* que de Clermont a été plus connu, pendant le régne de Louis Xlli, sous le nom de cardinal de La Rochefoucauld. C'est lui qui a réformé cette espèce de moines que le public appelle Génovéfains, et qui se dounent le nom de Congrégation de France. Oo prétend qu'à la fin de sa vie il eut la fantaisie de se tore jésuite ; le général le refusa, mais il lui permit, pour le consoler, d'avoir toujours eues lui un jésuite auquel il serait obligé d'obéir. (K.)