HENRI IV RE PEUT OBTENIR DE L'ARGENT
devoir en confondre les auteurs qu'en les chargeant d'un fardeau qu'ils étaient incapables de porter. Le cardinal de Gondi, archevêque de Paris, qui avait le premier ouvert cet avis, fut mis à la tète du nouveau conseil des finances, qui devait recouvrer les prétendus quinze millions, la moitié des revenus de l'État.
Gondi était originaire d'Italie; il gouvernait sa maison avec une économie qui approchait de l'avarice : ces deux raisons le firent croire capable de gérer la partie la plus difficile des finances d'un grand royaume ; les états et lui oublièrent combien il était indécent à un archevêque d'être financier.
Sully1, le plus jeune du conseil des finances du roi, mais le plus capable, comme il était le plus honnête homme, recouvra en peu de temps, et par son infatigable industrie, la partie des finances qui lui était confiée. Le conseil de l'archevêque, qui s'était donné le titre de conseil de raison, ne put, dit Sully, rien faire de raisonnable. Les semaines, les mois, s'écoulèrent sans qu'ils pussent recouvrer un denier. Ils furent enfin obligés de renoncer à leur administration, de demander pardon au roi, et d'avouer leur ignorance. Ce fut cette aventure qui détermina Henri IV à donner à Sully la surintendance des finances.
BBKRI IV NE PEUT OBTENIR DE L ARGENT POUR REPRENDRE AMIENS, S'EN PASSE, ET LE REPREND.
L'article des finances jeta quelquefois de l'ombrage entre le roi et le parlement. Ce prince, comme on l'a dit, n'avait pas regagné fout son royaume par l'épée, il s'en fallait beaucoup. Les chefs de h Ligue lui en avaient vendu la moitié. Sully commençait à peine à débrouiller le chaos des revenus de l'État ; le roi faisait la guerre à Philippe II, lorsqu'un accident imprévu mit la France dans le plus grand danger.
L'archiduc Ernest, gouverneur des Pays-Bas pour le roi Philippe 11, s'empara de la ville d'Amiens, avec des sacs de noix, par
t. Il n'était alors que marquis de Rosny . {NoU de Voltaire»)
138 CHAPITRE XIITIIL
une surprise peu honorable pour les habitants. Les troupes espagnoles pouvaient faire des courses depuis Amiens jusqu anx-portas cte Paris. H était d'une nécessité absolue de reprendre par uakng siège ce que l'archiduc a?ait pris es un moment.
L'argent, qui est toujours ce qui manque dans de Idée* «cessions, était le premier ressert qu'il fallait employer. SeJrj, ea. qui le roi commençait à prendre une grande confiance* fit en hâte «s plan qui produisit les deniers nécessaires. Lui seul mit le rai en état d'avoir premptement une armée et nue artillerie fonmdaèfe ; lui seul établit un hôpital beaucoup mieux servi que ne L'a jamais été celui de Paris, et ee fut peut-être pour la première lois qu'une armée française se trouva dans l'abondance. Mais pour murait tout l'argent destiné à cette entreprise, Sully Hit obligé d'ajoutés aux ressources de son génie quelques impôts et quelques créations de cliarges qui exigeaient des édite ; et ces édits < enregistrement au parlement.
Le roi, avant de partir pour Amiens, écrivit au premier \ de Harlai « qu'on devait nourrir ceux qui défendent l'État. Qu'en me donne une armée, et je donnerai gaiement ma vie pour vous sauver et pour relever la France t. Les édits furent rejetés ; 9 n'eut d'abord au lieu d'argent que des remontrances. Le premier président, avec plusieurs députés, vint lui représenter les besoins de l'État. « Le plus grand besoin, lui répondit le roi, est de chasser les ennemis de l'État ; vous êtes comme ces fous d'Amiens, qui, m'ayant refusé deux mille écus, en ont perdu un milliea. Je vais à l'armée me faire donner quelques coups de pistolet à la télé, et vous verrez ce que c'est que d'avoir perdu votre roi. t Harlai lui répliqua : c Nous sommes obligés d'écouter la justice, Dieu nous l'a baillée en main. — C'est à moi, dit le roi, que Dieu l'a baillée, et non à vous. » Il fut obligé d'envoyer plusieurs lettees- de jussion , et d'aller lui-même au parlement faire enregistrer ses édits.
Avant d'aller au parlement, il avait eru devoir faire sortir delà ville le président Séguier et le conseiller La Rivière, les plus opposés à la vérification; mais ce bon prince révoqua l'ordre immédiatement après l'avoir donné. Il tint son lit de justice avec la hauteur d'un roi, et avec la bonté d'un père. On vit le vainqueur de Coutras, d'Arqués, d'ivry, d Aumale, de Fontaine-française, au
D'UNE FâlBUSR HÉMONIAQUK. 43fr
de son parlement comme s'il eût été dans sa famille, pariant familièrement à ces mêmes magistrats qui, trop occupés de la forme, s'étaient trop opposés à un fend dont le salut public dépendait; louant ceux qui avaient les intentions droites, réprimandant doucement les jeunes conseillers des enquêtes, et leur disant : « Jeunes gens, apprenet de ces bons vieillards à modérer votre fougue. »
On peut connaître l'extrême besoin où il était par un seul trait. U fut obligé, ea partant pour te camp d'Amiens, d'emprunter quatre mille écus de sa maîtresse Gabrielle d*Estrées, qu'il fît dwcbesse de Beaufort, et que le sot peuple appela la duchesse d'ordure. Tout l'argent qu'on lui donnait était pour ses officiers et pour ses soldats ; il ne lui resta rien pour sa personne. Les commissaires de ses finances, qui étaient au camp, le laissaient manquer du nécessaire. On sait qu'il mandait au doc de Sully que t sa marmite était renversée, ses pourpoints percés par le coude, ses chemises trouées » ; et c'était le plus grand roi de l'Europe qui écrivait ainsi !