ARRÊT DU PARLEMENT EN FAVEUR D'ÀRISTOTE
#e séparer, et enjoignit, selon les lois, aux évêques d'aller résider dans leurs diocèses ; mais alors le pape avait tant d'influence dans les cours de sa communion que le cardinal de Richelieu était obligé de le ménager et comme cardinal et comme ministre. On évoqua toute cette affaire au conseil du roi, on l'assoupit, jusqu'à la première occasion qui la ferait renaître; il n'y avait point alors d'autre politique.
Précisément dans ce temps-là même il fallait de l'argent, et ce sont là de ces affaires qui ne s'assoupissent pas. Les guerres civiles contre les huguenots, sous le ministère du duc de Luines ; la guerre de la Valtehne, sous le cardinal de Richelieu, avaient épuisé toutes les ressources. Les huguenots du royaume, maltraités par Richelieu, recommençaient encore la guerre. Le roi fut obligé d'aller lui-même au palais faire vérifier des édits bursaux. On consultait souvent dans ces édits plutôt la nécessité pressante que la proportion égale des impôts et Futilité du peuple. L'avocat général Ser vin fut frappé de mort subite en prononçant sa harangue au roi : « Vous acquérez, disait-il, une gloire plus solide en gagnant le cœur « de vos sujets qu'en domptant vos ennemis. » A ces dernières paroles la voix lui manqua, une apoplexie le saisit, et on remporta expirant.
Le jésuite d'Avrigny, auteur des Mémoires chronologiques, d'ailleurs exacts et curieux, prétend qu'il mourut en parlant contre les jésuites dans une affaire qui survint immédiatement après.
11 était toujours question de cet horrible système de la puissance du pape sur les rois et sur les peuples. 11 semblait que le sang de Henri IV eût fait renaître les têtes de cette hydre. Sanctarelli, jésuite italien, publia cette doctrine dans un nouveau livre approuvé par Yitelleschi, général de cet ordre, et dédié au cardinal de Savoie1. Jamais on ne s'était exprimé d'une manière si révoltante. Le livre fut brûlé à Paris selon 1 usage* ; mais, ces exécutions ne produisant rien, il fut agité dans le parlement si on chasserait les jésuiles une seconde fois. 11 ordonne au provincial, à trois recteurs et à trois profès, de comparaître le lendemain. Us arrivent au
1. Son litre est intitulé : Antonti Sanctarelli tractatus de katrêai, schismate. apostaiia, solticitatione in sacramenlo pœnitentiœ, elc, et de pùtettate roman pontifia* in ni* deltctis puniendis, liome, Zanetti, it>25, in-4\ (B.)
% 13 mars 1626. [Note de Voltaire.)
tmiliou du peuple, indigné, qui bordait les avenues du Palais, le jésuite Cotton, alors provincial, porte la parole. On lui demande «'il croit que le pape puisse excommunier et déposséder le roi de France. € Ah! répondrt-â, le roi est fils atné de l'Église, il ne fera jamais rien qui oblige le pape à en Tenir à cette extrémité.— lais, lui dit le premier président, ne pense*<vous pas comme TOtre père général, qui attribue au pape cette puissance? — Ah! notre père général suit les opinions de Rome, où il est, et nous celles de France, où nous sommes. — 'Et si vous étiei à Rome, que feriez- «oust — Nous ferions comme les autres. » Ces réponses pouvaient «Mirer aux jésuites l'abolition de leur ordre en France : ils en furent quittes pour signer quatre propositions concernant les libertés de 1 Église gallicane, ou plutôt de toute Église, qui sont en partie celles que nous Terrons en 1682. Le roi défendit au parlement de passer outre.
La Sorbonne, redevenue française après avoir été uKramontaine sous Henri MI et sous Henri rV, fit non-seulement un décret contre ëanotarelli et contre toutes oes prétentions de Home, mais ordonna que ce décret serait lu publiquement tous les ans. La cour ne permit pas cette clause» tant il paraissait encore important de ménager ce qu'on ne pouvait assez réprimer1.
Là MÈRE ET LE FRÈRE MT ROJ QUITTENT Ut ROYAUME. CONDUITE BU PARLEMENT.
Le cardinal de Richelieu gouvernait la France despotiquement. Leiiasard, qui est presque toujours l'origine des grandes fortunes, eu, pour parler plus juste, cette chaîne inconnue de tous les événements, qu'on appelle hasard, avait d'abord produit l'abbé de Chilien (Richelieu) auprès de Marie de Médicis pendant sa régence. Elle 4e fit évéque de Luçon, secrétaire d'État, et surintendant de sa
1. r U y a certains abus, disait Richelieu, qu'on abolit plus aisément en les tolérant qu'en les voulant détruire ouvertement... 11 faut réduire les jésuites en tel état qu'ils ne puissent nuire par puissance, mais tel aaasi uïlf ne se portent pas à le taire par désespoir, a