STANISLAS, ROI DB POLOGNE
bien publie. L'empereur garda le Milanais ; ce n'est pas un fief dont il doive toujours donner T investiture : c'était originairement le royaume de Lombardie annexé à l'empire, devenu ensuite un fief sous les Viscontis et sous les Sforoes, et aujourd'hui c'est un État appartenant ai empereur; État démembré à la vérité, mais qui, avec la Toscane et Mantoue, rend la maison impériale très-puissante en Italie.
Par ce traité, le roi Stanislas renonçait au royaume qu'il avait eu deux fois, et qu'on n'avait pu lui conserver ; il gardait le titre de roi; il lui fallait un autre dédommagement, et ce dédommagement Ait pour la France encore plus que pour lui. Le cardinal de Fleury se contenta d'abord du Barrois, que le due de Lorraine devait donner au roi Stanislas, avec la réversion à la couronne de France; et h Lorraine ne devait être cédée que lorsque son due serait en pleine possession de la Toscane. C'était faire dépendre cette cession de h Lorraine de beaucoup de hasards. C'était peu profiter des plus grands succès et des conjonctures les plus favorables. Le garde des sceaux Chauvelin encouragea le cardinal de Fleury à se servir de tes avantages : il demanda la Lorraine aux mêmes conditions que le Barrois, et il l'obtint A.
H n'en coûta que quelque argent comptant, et une pension de trois millions cinq cent miUe livres faite au duc François jusqu'à ceque la Toscane lui fût échue.
Ainsi la Lorraine fut réunie à la couronne irrévocablement: réunion tant de lois inutilement tentée. Par là un roi polonais fut transplanté en Lorraine : cette province eut pour la dernière fois un souverain résidant chez elle, et il la rendit heureuse. La maison régnante des princes lorrains devint souveraine de la Toscane.
1. Quoique l'Angleterre ne fût pas intervenue dans le traité, cependant le cardinal de Fleury avait réglé avec l'ambassadeur d'Angleterre tous les pointa de la négociation ; et ce fut par faiblesse qu'il consentit à demander la Lorraine «m en instruire le ministre anglais. Cette conduite diminua la confiance qu'on mit en lui; l'Angleterre et la BoUande regardaient cette cession éventuelle de la Lorraine comme un gage du consentement que la France donnerait aux dispositions de Charles VI et à l'élection de son gendre à l'empire. L'accomplissement de la cession de la Lorraine aurait été le prix de la modération de la 'nnce. Le cardinal l'avait senti ; il voyait, par cette disposition, la paix plus *strée contre les intrigues des ambitieux qui voudraient allumer la guerre, et il ne pardonna point au garde des sceaux Chauvelin d'avoir abusé de sa faiblesse. (K.)— Toutes ces réflexions des éditeurs de Kehl ne sont pas justes. 11 bot faire comme Voltaire : applaudir à la conduite de Chauvelin, qui a'intigna de voir Fleury tout 4 la dévotion des Anglais. (G. A.)
Le second fils du roi d'Espagne fut transféré à Naples. On aurait pu renouveler la médaille de Trajan : regba assignata, les trônes donnés.
Tout resta paisible entre les princes chrétiens, si on en excepte les querelles naissantes de l'Espagne et de l'Angleterre pour le commerce de l'Amérique. La cour de France continua d'être regardée comme l'arbitre de l'Europe.
L'empereur faisait la guerre aux Turcs sans consulter l'empire; cette guerre fut malheureuse : Louis XV le tira de ce précipice par sa médiation, et M. de Villeneuve, son ambassadeur à la Porte-Ottomane, alla en Hongrie conclure en 1739, avec le grand vizir, la paix dont l'empereur avait besoin.
Presque dans le même temps, le nom seul de Louis XV1 pacifiait l'État de Gênes, menacé d'une guerre civile ; il soumit et adoucit pour un temps les Corses, qui avaient secoué le joug de Gênes. Le même ministère étendait ses soins sur Genève, et apaisait une guerre civile élevée dans ses murs.
Il interposait surtout ses bons offices entre l'Espagne et l'Angleterre, qui commençaient à se faire sur mer une guerre plus ruineuse que les droits qu'elles se disputaient n'étaient avantageux. On avait vu le même gouvernement, en 1735, employer sa médiation entre l'Espagne et le Portugal : aucun voisin n'avait à se plaindre de la France, et toutes les nations la regardaient comme leur médiatrice et leur mère commune. Cette gloire et celte félicité ne furent pas de longue durée.
MORT DE L'EMPEREUR CHARLES VI. LA SUCCESSION DE LA MAISON D'AUTRICHE DISPUTÉE PAR QUATRE PUISSANCES. LA REINE DE HONGRIE RECONNUE DANS TOUS LES ÉTATS DE SON PÈRE. LA SILÉSIE PRISE PAR LE ROI DE PRUSSE.
L'empereur Charles VI mourut au mois d'octobre1 1740, à l'âge de cinquante-cinq ans. Si la mort du roi de Pologne Auguste II avait
1. Toutes les éditions portent : « Presque dans le même temps il pacifiait, etc.» Voyez l'Avertissement de Beucbot.