‹ Précis du siècle de Louis XVChapitre 22 sur 257 · MORT DE CHARLES VI · texte numérisé non relu

MORT DE CHARLES VI

causé de grands mouvements, celle de Charles VI, dernier prince de la maison d'Autriche, devait entrainer bien d'autres révolutions. L'héritage de cette maison sembla surtout devoir être déchiré ; il s'agissait de la Hongrie et de la Bohême, royaumes longtemps électifs, que les princes autrichiens avaient rendus héréditaires; de la Souabe autrichienne, appelée Autriche antérieure; de la haute et basse Autriche, conquise au xm* siècle ; de la Stirie, de la Carinthier de laCarniole, de la Flandre, dùBurgau, des quatre villes forestières, du Brisgaw, du Frioul, du Tyrol, du Milanais, du Mantouan, du duché de Parme ; à l'égard de Naples et de Sicile, ces deux royaumes étaient entre les mains de don Carlos, fils du roi d'Espagne Philippe V.

Marie-Thérèse, fille aînée de Charles VI, se fondait sur le droit naturel qui l'appelait à l'héritage de son père, sur une pragmatique solennelle qui confirmait ce droit, et sur la garantie de presque toutes les puissances. Charles-Albert, électeur de Bavière, demandait la succession en vertu d'un testament de l'empereur Ferdinand Iw, frère de Charles-Quint.

Auguste III1, roi de Pologne, électeur de Saxe, alléguait des droits plus récents, ceux de sa femme même, fille aînée de Tempe* reur Joseph P% frère aîné de Charles VI.

Le roi d'Espagne étendait ses prétentions sur tous les États de la maison d'Autriche, en remontant à la femme de Philippe IL fille de l'empereur Maximilien II. Philippe V descendait de cette princesse par les femmes. Louis IV aurait pu prétendre à cette succession à d'aussi justes titres que personne, puisqu'il descendait en droite ligne de la branche aînée masculine d'Autriche par la femme

i de Louis XIII, et par celle de Louis XIV ; mais il lui convenait

| plus d'être arbitre et protecteur que concurrent : car il pouvait alors décider de cette succession et de l'empire, de concert avec la moitié de l'Europe ; mais s'il y eût prétendu, il aurait eu l'Europe à combattre. Cette cause de tant de têtes couronnées fut plaidée

; dans tout le monde chrétien par des Mémoires publics ; tous les princes, tous les particuliers, y prenaient intérêt. On s'attendait à une guerre universelle ; mais ce qui confondit la politique humaine,

! L Voltaire l'appelle encore Auguste III dans le chapitre xxxu ci-après. Mais,

fou le chapitre xrv, Voltaire l'appelle Auguste II.

c'est lue l'orage commença d'un côté où personne n'avait tourné le* yeux.

Un nouveau royaume s'était élevé au commencement de ce siècle: l'empereur Léopold, usant du droit que se sont toujours attribué les empereurs d'Allemagne de créer des rois, avait érigé, en 17 et, la Prusse ducale en royaume, en faveur de l'électeur de Brandebourg Frédéric-Guillaume *. La Prusse n'était encore qu'un vaste désert; mais Frédéric-Guillaume II*, son second roi, qui avait une politique différente de celle des princes de son temps, dépensa près de ving-cinq millions de notre monnaie à faire défricher ces terres, à bâtir des villages, et à les peupler : il y fit venir des familles de Souabe et de Franconie ; il y attira plus de seixe mille émigrants de Saltzbourg, leur fournissant à tous de quoi s'établir et de quoi travailler. En se formant ainsi un nouvel État, il créait, par une économie singulière, une puissance d'une autre espèce : il mettait tous les mois environ quarante mille écus d'Allemagne en réserve, tantôt plus, tantôt moins ; ce qui lui composa un trésor immense en vingt-huit années de règne. Ce qu'il ne mettait pas dans ses coffres lui servait à former une armée d'environ soixante et dix mille hommes choisis, qu'il disciplina lui-même d'une manière nouvelle, sans néanmoins s'en servir; mais son fils Frédéric M* fit usage de tout ce que le père avait préparé. H prévit la confusion générale, et ne perdit pas un moment pour en profiter. D prétendait en Silésie quatre duchés. Ses aïeux avaient renoncé à toutes leurs prétentions par des transactions réitérées, parce qu'ils étaient faibles : il se trouva puissant, et il les réclama.

Déjà la France, l'Espagne, la Bavière, la Saxe, se remuaient pour faire un empereur, La Bavière pressait la France de lui procurer au moins un partage de la succession autrichienne. L'électeur réclamait tous ces héritages par ses écrits; mais il n'osait les demander

i. Le premier roi de Prusse ne s'appelait que Frédéric (royes ci-après, : page 53). Comme électeur de Brandebourg, il était Frédéric 111; comme roi, il est Frédéric I".

% Ce titre est cekd que donne à ce monarque TArt de vérifier le» date*; mais, Frédéric-Guillaume, dit le Grand, père du premier roi de Prusse, n'ayant été qu électeur, on donna le nom de Frédéric-Guillaume I** au second roi de Prusse.

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