DES BARRICADES, GUERRE DE LA FRONDE
Cet archevêque avait trois passions dominantes : la débauche, 1» «édition £t la vaine gloire. On le vit ^n même temps se livrer à des amours quelquefois honteux, prêcher devant la cour, et faire la» guerre à la reine sa bienfaitrice.
On sait que d'abord le cabinet, alarmé des Barricades, fut obligé de rendre les magistrats emprisonnés. Celte indulgence enhardit les factieux. La reine mère fui enfin obligée de fuir deux fok de Paris avec le roi son fila, les prioces et «on ministre, «fit la seconde fois qu'elle se tira des mains des factieux, ce fut pour aller à -Saint- Germain ', où toute la cour coucha sur la paille, tant ce voyage fut précipité. Le prince de Condé, touché des larmes de la reine et flatté d'être le défenseur de la couronne, prépara le blocus de Paris. Le parlement, de son côté, nomma des généraux et leva des troupes. Chaque conseiller du parlement se taxa à cinq cents livres. Vingt membres de ce corps, qui étaient l'objet de la haine de leurs oonfrères parce qu'ils avaient acheté leurs charges de la nouvelle créalion sous le cardinal de Richelieu, donnèrent chacun quinse mille livres pour obtenir la bienveillance du reste de la compagnie. Elle fît payer cinquante écus par chaque maison à porte cechére; elle fit saisir jusqu'à six cent mille livres dans les maisons des partisans de la cour. Avec cet argent extorqué par la rapine et par un arrêt, elle fit des régiments de bourgeois, et on eut plus de troupes contre la cour que la cour n'en eut contre Paris.
Le parlement, en faisant ces préparatifs, déclara le cardinal premier ministre ennemi de l'État et perturbateur du repos public, lui ordonna de sortir du royaume dans huit jours ; et, passé ce temps, ordre à tous les Français de ku cemne sus, ancien formulaire des* déclarations de guerre de monarque à monarque.
Cependant le grand Gondé,<awec sept eu huit mille hommes, tenait Paris bloqué et en alarmes. On «ait quel mépris il avait pour cette guerre, qu'il appelait la guerre despote de chambre, et qui selon lui ne devait être écrite qu'en vers burlesques. On ne se souvient aujourd'hui que du ridicule de cette première campagne de la Fronde; des vingt conseillers au parlement, qu'on appela ks qmnm-mngU parce qu'ils avaient fourni chacun quinse mille livres à l'armée parisienne ; du régiment du coadjuteur, nommé le régiment de Corintàe, à cause du
U S janvier 1649. {Note de Voltaire^
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titre d'évôque de Corintbe que portait alors le cardinal de Reii *, de la défaite de ce régiment» appelée la première aux Corinthiens; enfin des chansons plaisantes et satiriques qui célébraient les exploits des bourgeois de Paris.
La duchesse de Nemours dit que, dans une conférence accordée à quelques députés des rebelles, on leur fit accroire que le prince de Gondé se faisait servir régulièrement à son diner un plat d'oreilles de Parisiens. Malgré toutes ces plaisanteries, qui caractérisaient la nation, il y eut du sang répandu, des villages ruinés, des campagnes dévastées, un brigandage affreux, et beaucoup d'infortunés.
Celait dans ce temps-là même que le cardinal Mazarin venait de mettre la dernière main à la paix de Westphalie : il ajoutait l'Alsace à la France, et le parlement le déclarait ennemi de l'État et ordonnait qu'on lui courût sus.
Assez de livres sont remplis des détails de tous ces troubles, des factions de Paris, des intrigues de la cour, et de ce flux et reflux continuel de réconciliations et de ruptures : notre plan est de ne rapporter que ce qui concerne le parlement. Les Mémoires de la duchesse de Nemours nous apprennent qu'un des motifs qui avaient déterminé le grand Gondé à favoriser Mazarin, et à se déclarer contre le parlement, fut qu'un jour ayant été aux chambres assemblées pour apaiser les, troubles naissants, et ayant accompagné son discours d'un de ces gestes d'un général victorieux, qu'on pouvait prendre pour une menace, le conseiller Quatre-Sous lui dit que c'était un fort vilain geste dont il devrait se défaire. Les murmures de l'assemblée, que le cardinal de Retz appelle si souvent la cohue des enquêtes, excitèrent la colère du prince. Il fallut que ses amis l'excusassent auprès de Quatre-Sous ; mais à ce mouvement de colère s'était joint un motif plus noble, celui de secourir l'enfance du roi opprimée, et la reine régente outragée.
Toutes les guerres civiles qui avaient désolé la France furent plus funestes que celle de la Fronde, mais on n'en vit jamais qui fut plus injuste, plus inconsidérée ni plus ridicule. Un archevêque de Paris et une cour de judicature armés contre le roi, sans aucun prétexte plausible, étaient un événement dont il n y avait point d'exemple, et qui probablement ne sera jamais imité.
Dans cette première petite guerre delà Fronde, on négocia beau-