RÉGENCE DU DUC D'ORLÉANS
H restait toujours indécis si le parlement devait cette grande prérogative a la présence des princes et des pairs, ou si les pair» Servaient au parlement le droit de nommer un régent du royaume. Toutes ces prétentions étaient enveloppées d un nuage ; chaque pas qu'on fait dans l'histoire de France prouve, comme on l'a déjà *uf, que presque rien n'a été réglé d'une manière uniforme et staftrie, et que te hasard, l'intérêt présent, des volontés passagères, ont souvent été législateurs.
H y parut asser quand le due du Vaine et le comte de Toulouse, Gis -naturels et légitimés de Louis Xf¥, furent dépouillés des privilèges que leur père leur avait accordés solennellement en 1714. Il les déclara princes du sang <t héritiers de la couronne après l'extinction de !a race des vrais princes du sang, par un éaït perpétuel et irrévocable, de sa certaine science, pleine puissance et autorité «eyaoe. 'Cet édit fut enregistré sans aucune remontrance dans tous les parlements du royaume, à qui louis XIV avait au moins laissé la liberté de remontrer après l'enregistrement.
Trois princes du sang même, les seuls qu'eut ta France après la branche d'Orléans, consentirent a eet édit, ainsi que plusieurs pairs qui donnèrent aussi leurs vont, les deux tîls de Louis &PV jouirent en conséquence des honneurs attachés à la dignité de prince du sang, au lit de justice qui donna la régence.
Mais, îrientôt après, ces mêmes princes, le duc de Bourbon, le comte de Gharolais et le prince de Conti, présentèrent une requête au jeune roi, tendante a faire annuler dans un nouveau lit de justice au parlement les droits accordés aux princes légitimés. Ainsi, en moins de six mois, le parlement de Paris se serait trouvé juge ée la régence du royaume et de la succession à la couronne. Les princes légitimés alléguaient les plus fortes raisons; les princes du sang produisaient des réponses très-plausibles. Les pairs intervinrent -, trente-neuf seigneurs 4e la plus haute noblesse prétendirent que cette grande cause était celle de la nation, et qu'on devait assembler les états généraux pour la juger.
On n'en avait pas tu depuis plus de cent ans4, et on en désirait, le fmeux sjstétte de Law, dont on commençait à craindre
; 1. Voyez pages 290, 332, 338, 344, 356.
\ S. Depuis 1614; voyez chapitre xlvi, page 456.
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rétablissement projeté, indisposait la robe, qui craint toujours les nouveautés. On jetait déjà les fondements d'un grand parti contre le régent. L'assemblée des états pouvait plonger le royaume dans une grande crise ; mais le parlement, qui croit quelquefois tenir lieu des états *, était lourde souhaiter qu'on les convoquât. Il rejeta la protestation de la noblesse, signifiée, le 17 juin 1717, par un huissier au procureur général et au greffier en chef. Il interdit même l'huissier pendant six mois.
Le duc du Maine et le comte de Toulouse vinrent alors euxmêmes présenter requête à la grand'chambre, en protestant que cette affaire, où il s'agissait de la succession a la couronne, ne pouvait être jugée que par un roi majeur, ou par les états généraux. La grand'chambre, embarrassée, prit des délais pour répondre.
Enfin, le 2 juillet, le régent fit rendre un édit qui fut enregistré le 8 sans difficulté. Cet édit était aux enfants légitimés de Louis JJT le titre de princes du sang, que leur père leur avait donné contre les lois des nations et du royaume, en leur réservant seulement la prérogative de traverser, comme les princes du sang, ce qu'on appelle au parlement le parquet : c'est une petite enceinte de bois, par laquelle ils passent pour aller prendre leurs places ; et de tout les honneurs de ce monde, c'est assurément le plus mince. Ainsi tout ce qu'avait établi Louis XIV était alors détruit ; la forme même de son gouvernement avait été entièrement changée, des conseils ayant été substitués aux secrétaires d'État.
Le régent lui-même eut en ce temps-là une difficulté singulière avec le parlement. Il demanda quel était l'ordre de la cérémonie quand un régent allait en procession avec ce corps. D s'agissait d'une procession à la cathédrale de Paris pour le jour qu'on appelle la Notre-Dame d'août, jour où Louis XIII avait mis la France sous la protection de la vierge Marie *, et jour fameux pour les disputa de rang. Le parlement répondit que le régent du royaume devait marcher entre deux présidents. Le régent se crut obligé d'envoyer •u nom du roi un ordre par lequel le régent devait passer seul avant la compagnie: ce qui paraissait bien naturel, mais ce qui