FINANCES ET SYSTÈME DE LASS
finances à la place du duc de Noailles; mais il n'eut ces deux places qu'à condition qu'il établirait de tout son pouvoir le système de Lass, qui allait bientôt se déployer tout entier. Lass était sur le point d'être le maître absolu de tout l'argent du royaume, et le garde des sceaux d'Argemson, déclaré vice-chancelier, devait n'avoir dans cette partie que la fonction de sceller les caprices d'un étranger.
U mil d'abord toute l'activité de son caractère à soutenir le système de Lass, dont M sentit bientôt après les prodigieux abus. Une des grandes démences de ce système était de décrier l'argent pour y substituer des billets, au lieu que le papier et l'argent doivent a» soutenir l'un par l'autre. Lass rendait un grand service à te nationen y établissant une banque générale, telle qu'on en voit en Suéde, à Venise, en Hollande, et dans quelques autres États ; mais il bouleversait la France enpoussant les actions de cette banque jusqu'à une valeur chimérique, en y joignant des compagnies de commerce imaginaires, et en ne proportionnant pas ces papiers de crédit à l'argent qui circulait dans le royaume.
Pour commencer à avilir les espèces, on les refondit. Le ministère ordonna, le 50 mai 1718, que le marc d'argent, qui, après avoir essuyé plusieurs variations rapides depuis la mort de Louis XIV, était alors à quarante livres, serait à soixante, et que ceux qui porteraient à la Monnaie des anciennes promesses du gouvernement, nommées billets d'État, avec une certaine quantité d'argent, à quarante livres numéraires le marc, recevraient le payement total de leur argent et de leurs billets en valeur numéraire à soixante livres.
Cette opération était absurde et injuste. Voici quel en était l'effet pernicieia.
Un citoyen portait à la Monnaie du roi deux mille cinq cents livres de l'ancienne espèce avec mille livres de billets d'État ; on lui donnait trois mille cinq cents livres de la nouvelle espèce en argent comptant : il croyait gagner, et il perdait réellement, car on ne lui donnait qu'environ cinquante-huit mares sous la dénomination trompeuse de trois mille cinq cents livres. Il perdait réellement plus de quatre marc*, et perdait en outre la totalité de ses billets.
Le gouvernement faisait encore une plus grande perte que les particuliers, et s'il trompait les citoyens, il était trompé lui-même : car, dans le payement des impôts qui se payent en valeur numéraire, il recevait réellement un tiers de moins. La nation en général suppor*
tait encore un antre dommage par cette altération des monnaies : on les retondait chez l'étranger, qui donnait aux Français pour soixante livres ce qu'il avait reçu pour quarante.
Cela prouve évidemment que ni le régent ni le garde des sceaux malgré leur esprit et leurs lumières, n'entendaient rien à la finance, qu'ils n'avaient point étudiée. Le parlement, qui fit de justes remontrances au régent, n'y entendait pas davantage. Il fit des représentations aussi légitimes que mal conçues *. D se trompa sur l'évaluation de l'argent; il ajouta à cette erreur de calcul une erreur encore plus grande en prononçant ces paroles : c k l'égard de l'étranger, si nous tirons sur lui un marc d'argent, dont la valeur intrinsèque n'est que de vingt-cinq livres, nous serons forcés de lui payer soixante livres, et ce qu'il tirera de nous, il nous le payera dans notre monnaie, qui ne lui contera que sa valeur intrinsèque. »
La valeur intrinsèque n'est ni vingt-cinq livres, ni dix livres, ni cinquante livres ; ce mot de livre ou franc n'est qu'un terme arbitraire, dérivé d une ancienne dénomination réelle. La seule valeur intrinsèque d'un marc d'argent est un marc d'argent, une demi* livre du poids de huit onces. Le poids et le titre font seuls cette valeur intrinsèque.
Le régent répondit au parlement avec beaucoup de modération, et lui dit ces propres mots : « J'ai pesé les inconvénients, mais je n'ai pu me dispenser de donner l'ôdit : je les ferai pourtant de nouveau examiner pour y remédier, t
Le régent n'avait pas pesé ces inconvénients, puisqu'il n'était pas même assez instruit pour relever les méprises du parlement. Ce corps ne dit point ce qu'il devait dire, et le régent ne répondit point ce qu'il devait répondre.
Le parlement ne se contenta pas de cette réponse; les murmures de presque tous les gens sensés contre Lass l'aigrissaient, et quel- * ques-uns de ses membres étaient animés par la faction de la duchesse du Maine, du cai****1"* àt Polignac, et de quelques autres mécontents.
Le lendemain1, les chambres assemblées, au nombre de cent soixante et cinq membres, rendirent un arrêt par lequel eUes défendirent d'obéir à l'édit du roi.