FINANCES ET SYSTÈME DE LASS
Le régent se contenta de casser cet arrêt comme attentatoire à l'autorité royale, et de poster deux compagnies des gardes à l'hôtel de la Mounaie. 11 souffrit même encore qu'une députation du parlement Tint faire des remontrances à la personne du roi. Sept présidents et trente-deux conseillers allèrent au Louvre. On croyait que cette marche animerait le peuple ; mais personne ne s'assembla seulement pour les voir passer.
Paris n'était occupé que du jeu des aciious auquel Lass le faisai jouer ; et la populace, qui croyait réellement faire un gain lorsqu'on lui disait que quatre francs en valaient six, s'empressait à l'hôtel des Monnaies, et laissait le parlement aller faire au roi des remontrances inutiles.
Lass, qui avait réuni à la banque la compagnie d'Occident, y réuni t encore la ferme du tabac, qui lui valait beaucoup.
Le parlement osa défendre1 aux receveurs des deniers royaux de porter l'argent à la banque. 11 renouvela ses anciens arrêts contre les étrangers employés dans les finances de l'État. Enfin il décréta d'ajournement personnel le sieur Lass, et ensuite de prise de corps.
Le duc d'Orléans * prit alors le parti de faire tenir au roi un lit de justice au palais des Tuileries. La maison du roi prit les armes, et entoura le Louvre. Il fut ordonné au parlement d'arriver à pied et en robes rouges. Ce lit de justice fut mémorable : on commença par faire enregistrer les lettres patentes du garde des sceaux, que le parlement n'avait pas voulu jusque-là recevoir. M. d'Argenson ouvrit eusuitela séance par un discours dont voici les paroles les plus remarquables :
« Il semble même qu'il a porté (le parlement) ses entreprises jusqu'à prétendre que le roi ne peut rien sans l'aveu de son parlement, et que son parlement n'a pas besoin de l'ordre et du consentement de Sa Majesté pour ordonner ce qu'il lui plait.
« Ainsi le parlement pouvant tout sans le roi, et le roi ne pouvant rien sans le parlement, celui-ci deviendrait bientôt législateur nécessaire du royaume ; et ce ne serait plus que sous son bon plaisir que Sa Majesté pourrait faire savoir à ses sujets quelles sont ses intentions. »