‹ Précis du siècle de Louis XVChapitre 238 sur 257 · DU PARLEMENT, DES CONVULSIONS, ETC · texte numérisé non relu

DU PARLEMENT, DES CONVULSIONS, ETC

comédies. Le bruit que faisaient toutes ces sottises fut étouffé par la guerre de 1 733, et cet objet fit disparaître tous les autres

DU PAKLEMEmr, DBS COHVCLSIOHS, DES FOLIES DE PARU JUSQUE 1753.

Le parlement fut donc tranquille pendant cette guerre heureuse. A peine le public s'aperçut-il que Ton condamna des thèses soutenues en Sorbonne en faveur des prétentions ullramontaines, qu'on fit brûler une lettre de Louis XIV à Louis XV, et d'autres satires méprisables, aussi bien que quelques lettres d'évêques constitulionnaires. L'affaire la plus mémorable, et qui méritait le moins do l'être, fut celle d'un conseiller du parlement, nommé Carré de Montgeron* fils d'un homme d'affaires. U était trés-ignorant et trèsfaible, débauché, et sans esprit. Les jansénistes lui tournèrent la tête : il devint convulsionnaire outré. Il crut avoir vu des miracles, et même en avoir fait. Les gens du parti le chargèrent d'un gros recueil de miracles1, qu'il disait attestés par quatre mille personnes. Ce recueil était accompagné d'une lettre au roi, que Carré eut l'imbécilité de signer et la folie de porter lui-même à Versailles. Ce pauvre homme disait au roi, dans sa lettre, i qu'il avait été fort débauché dans sa jeunesse, qu'il avait même poussé le libertinage jusqu'à être déiste », comme si la connaissance et l'adoration d'un Dieu pouvoient être le fruit de la débauche ; mais c'est ainsi que le fanatisme imbécile raisonne. Le conseiller Carré alla à Versailles, le 29 août 1737, avec son recueil et sa lettre ; il attendit le roi à son passage, se mit à genoux, présenta ses miracles : le roi les reçut, les donna au cardinal Fleury, et dès qu'on eut vu de quoi il était question, on expédia une lettre de cachet pour mettre à la Bastille le conseiller. On l'arrêta le lendemain dans sa maison à

1. Louis-Basile Carré de Montgeron, né en 1686, mort en 1754, est auteur de J* Vérité des miracle* opérés à l'intercession de M. de Paris et autres appelants, 1736, in-4% dont il publia la Continuation en 1741, et un troisième volume en 1748. Un Abrégé des trois volumes de Montgeron sur les miracles s» M. de Paris, 1799, 2 volumes in-12, a été attribué a M. l'abbé Jacqueraont, qui i'a désavoué. (B.)

Paris ; il baisa la lettre de cachet en vrai martyr : le parlement s'assembla 11 n'avait rien dit quand on avait donné une lettre de cachet au duc de Bourbon, prince du sang et pair du royaume, et il fit une députation en faveur de Carré. Cette démarche ne servit qu'à faire transférer le prisonnier prés d'Avignon, et ensuite au château de Valence, où H est mort fou. Un tel homme en Angleterre en aurait été quitte pour être sifflé de la nation ; il n'aurait pas été mis en prison, parce que ce n'est point un crime d'avoir vu des miracles, et que, dans ce pays gourverné par des lois, on ne punit point le ridicule . Les convulsioiraaires de Paris mirent Carré au rang des plus grands confesseurs de la foi.

Au mois de janvier Î738, le parlement s'opposa à ht canonisation de Tincent de Paul, prêtre gascon, célèbre en son temps. La bulle de canonisation envoyée par Benoît X1H parut contenir des maximes dont les lois de la France ne s'accommodent pas. Elle fut rejetée; mais le cardinal Fleury, qui protégeait les frères de Saint-Lazare, institués par Vincent, et qui les opposait secrètement aux jésuites, fit casser par le conseil l'arrêt du parlement, et Tincent fut reconnu pour saint malgré les remontrances : aucune de ces petites querelles ne troubla le repos de la France1.

Après la mort du cardinal Fleury et les mauvais succès de la guerre de 1741 , le parlement reprit un nouvel ascendant. Les impôts révoltaient les esprits, et les fautes qu'on reprochait aux ministres encourageaient les murmures. La maladie épidémkrae des querelles de religion, trouvant les cœurs aigris, augmenta la fermentation générale. Le cardinal Feury, avant sa mort, s'était donné pour successeur dans les affaires ecclésiastiques un théatin nommé Boyer, qu'il avait fait précepteur du Dauphin. Cet homme avait porté dans son ministère obscur toute la pédanterie de sou état de moine; il avait rempli les premières places de rÉglise de France d'évêques qui regardaient la trop fameuse bufie Unigenitu* comme un article de roi et comme une loi de l'État. Beaumont, qui lui devait l'archevêché de Paris, se laissa persuader qu il extir-

1. La bulle de canonisation donnée par Clément III est du 10 juin 1737: Tincent de Paul avait été béatifié par Benoit XIII, le 13 août 1729. L'arrêt du parlement, du 4 janvier 1738, supprime la bulle du 16 juin précédent, comme contenant des opinions contraires aux libertés et franchises de l'Église gallicane. Un arrêt du conseil, du 22 janvier 1738. cessa l'arrêt du parlement, et permit la publication de la bulle. (B.J

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