mû. (Noté de Vottak%4 S. Voyei page
DU PARLEMENT, DES CONVULSIONS, ETC. 53i
▼eus donne la communion comme Jésus l'a donnée à Judas. » Ces filles, qui ne ressemblaient en rien à Judas, présentèrent requête ; et celui qui s'était comparé à Jésus-Christ fut condamné à l'amende honorable et à payer aux deux filles trois mille francs, moyennant lesquels eHes furent mariées. On brûla plusieurs mandements «févêques, plusieurs écrits qui annonçaient le schisme. Le peuple les appelait le$ feux de joie, et battait des mains. Les autres parlements du royaume en faisaient autant dans leur ressort. Quelquefois la cour cassait tous ces arrêts ; quelquefois, par lassitude, elle les laissait subsister. On était inondé des écrits des deux partis. Les esprits s'échauffaient. Enfin l'archevêque de Paris, ayant défendu aux prêtres de Saint-Médard d'administrer une sœur Perpétue du courent de Sainte-Agathe, le parlement lui ordonna de la faire -communier, sous peine de la saisie de son temporel.
Le roi, qui s'était réservé la connaissance de toutes ees affaires, fclftma son parlement, et donna mainlevée à l'archevêque de la saisie de ses rentes. Le parlement voulut convoquer les pairs, le roi le défendit ; les chambres assemblées insistèrent, et prétendirent que l'affaire de sœur Perpétue était de l'essence de la pairie. >€ Ces défenses, dit l'arrêté, intéressent tellement l'essence de la cour et des pairs, et les droits des princes, qu'il n'est pas possible an parlement <Fen délibérer sans eux. » Un arrêt du conseil du roi ayant été signifié au greffier du parlement sur cette affaire, le 24 janvier 1755, contre les formes ordinaires, le parlement en demanda satisfaction au roi même « par la suppression de l'original et de la copie de la signification ».
Ce corps continuait toujours à poursuivre avec la même vivacité les curés qui prêchaient le schisme et la sédition. Il y avait un fanatique nommé Boutord, curé du Plessis-RosainviHiers *, chez qui les jésuites avaient fait une mission ; quelques magistrats qui avaient des maisons de campagne dans cette paroisse n'étaient contents ni des jésuite*ni du ouré, 11 leur cria d'une voix furieuse de sortir de l'église, les appela jansénistes, calvinistes et athées, et leur dit « qu'il serait le premier à tremper ses mains dans leur sang ». Le parlement ne le condamna pourtant qu'au bannissement perpétuel *•
1. Dans le diocèse d'Amiens ; voyez le chapitre xxxvi du PrécU du Siècle de Louis XV.
1 6 février 1753. {Hôte de Voltaire.)
532 CHJlPITRE LXY.
L'archevêque ne prit point le parti de ce fanatique. Mais sur les refus de sacrements, les arrêts du parlement étaient toujours cassés. Gomme il voulait forcer l'archevêque de la métropole à donner la communion, les suflragants n'étaient pas épargnés. On envoyait souvent des huissiers à Orléans et à Chartres pour faire recevoir l'eucharistie. Il n'y avait guère de semaines ou il n'y eût un arrêt du parlement pour communier dans l'étendue de son ressort, et un arrêt du conseil pour ne communier pas. Ce qui aigrit le plus les esprits, ce fut l'enlèvement de sœur Perpétue. L'archevêque de Paris obtint un ordre de la cour pour faire enlever cette il lie. qui voulait communier malgré lui. On dispersa les religieuses ses compagnes. La petite communauté de Sainte-Agathe fut dissoute. Les jansénistes jetèrent les hauts cris, et inondèrent la France de libelles . Us annonçaient la destruction de la monarchie. Le parlement était toujours persuadé que l'affaire de Sainte*Agathe exigeait la convocation des pairs du royaume. Le roi persistait à soutenir que la communion n'était pas une affaire de la pairie.
Bans des temps moins éclairés, ces puérilités auraient pu subvenir la France. Le fanatisme s'arme des moindres prétextes. Le mot seul de sacrement aurait fait verser le sang d'un bout du royaume à l'autre. Les évoques auraient interdit les villes, le pape aurait soutenu les évêques, on aurait levé des troupes pour communier le sabre à la main ; mais le mépris que tous les honnêtes gens avaient pour le fond de ces disputes sauva la France. Trois ou quatre cents convulsionnaires de la lie du peuple pensaient* à la vérité, qu'il fallait s'égorger pour la bulle et pour sœur Perpétue : le reste de la nation n'en croyait rien. Le parlement était devenu cher aux peuples par son opposition à l'archevêque et aux arrêts du conseil ; mais on se bornait à l'aimer, sans qu'il tombât dans la tète d'aucun père de famille de prendre les armes et de donner de l'argent pour soutenir ce corps contre la cour, comme on avait fait du temps de la Fronde. Le parlement, qui avait pour lui la faveur publique, s'opiniâtrait dans ses résolutions, qu'il croyait justes, et n'était pas séditieux.
Les refus de sacrements» les querelles entre la juridiction civile cl les prétentions ecclésiastiques, s'étant multipliés dans les diocèses de Paris, d'Amiens, d'Orléans, de Chartres, de Tours ; les jésuites soufflant secrètement cet incendie ; les jansénistes criant avec fureur ; le seuisme paraissant prés d'éclater, le parlement avait préparé de très-amples remontrances, et il devait envoyer au roi une grande députation. Le roi ne voulut point la recevoir ; il demanda préalablement à voir les articles sur lesquels ces représentations porteraient ; on les lui envoya * : le roi répondit qu'ayant examiné les objets de ces remontrances, il ne voulait point les entendre.
Les chambres s'assemblent aussitôt; elles déclarent qu'elles cessent toute espèce de service, excepté celui de maintenir la tranquillité publique contre les entreprises du clergé * . Le roi leur ordonne, par des lettres de jussion, de reprendre leurs fonctions ordinaires, de rendre la justice à ses sujets, et de ne se plus mêler d'affaire» qui ne les regardent pas. Le parlement répond au roi qu'il ne peut obtempérer. Ce mot obtempérer fit à la cour un singulier effet. Toutes les femmes demandaient ce que ce mot voulait dire ; et quand elles surent qu'il signifiait obéir, elles firent plus de bruit que les ministres et que les commis des ministres.
Le roi assemble un grand conseil *. On expédie des lettres de cachet pour tous les membres iu parlement, excepté ceux de la grand'chambre. Les mousquetaires du roi courent dans toute la ville pendant la nuit du 8 au 9 mai, et font partir tous les présidents et les conseillers des requêtes et des enquêtes pour les lieux de leur exil. On envoie avec une escorte l'abbé Ghauvelin au Mont- Saint-Michel, et ensuite à la citadelle de Caen ; le président Frémont de Mazy, petit-fils d'un fameux partisan, au château de Ham en Pi*
i. 30 avril 1753. (Note de Voltaire.) 1 5 mai 1753. (té.) S, S mai. {là.)
$31 CHAPITRE LXYÏ.
-cardie ; le président de Moreau de Nassigny *, aux îles de Saiiite- Marguerite ; et Bèze de Lys, à Pierre-Encise.
Les conseillers de la grand'chambre s'assemblèrent. Us étaient exceptés du châtiment général, parce que, plusieurs ayant des pensions de la cour, et leur âge devant les rendre plus flexibles, on avait espéré qu'ils seraient plus obéissants ; mais quand ils forent assemblés, ils furent saisis du même esprit que les enquêtes : ils dirent qu'ils voulaient subir le même exil que leurs confrères, et, dans cette séance même, ils décrétèrent quelques curés de prise 4e corps. Le roi envoya la grand'chambre à Pontowe*, comme le duc d'Orléans régent ly avait déjà reléguée. Qnamd elle fut *Pontoise, elle ne s'occupa que des affaires du schisme. Aucune cause particulière ne se présenta.
Cependant il fallait pourvoir à faire rendre la justice aux citoyens. On créa une chambre composée de six conseillers cTÊtat et de vingt et un maîtres des requêtes1, qui tinrent leurs séances aux {irands-Augustins, comme s'ils n'osaient pas siéger dans le Palais. Les usages ont ime telle force chez les hommes que le roi, en disant qu'il érigeait cette chambre de sa certaine science et de m pleine puissance, n'osa se servir de sa puissance pour en faire enregistrer l'érection dans son conseil d'État, quoique ce conseil ait des registres aussi bien que les autres cours. On s'adressa au Chàtelet, qui n'est qu'une justice subalterne. Le Châtelet se signala * en n'enregistrant point ; et parmi les raisons de son refus, il allégua que Clotaire r* et Clotaire II avaient défendu qu'on dérogeât aux anciennes ordonnances des Francs. La cour se contenta de casser la sentence du Châtelet; et en conséquence de ses ordres, une députation de la chambre se transporta au Châtelet, fît rayer la sentence sur les registres, enregistra eHe-mème; et cette procédure inutile étant faite, le Châtelet fit une protestation plus mutile. On
1. La première édition porte : « Le président Moreau de Bassigny, fils d'un marchand de draps. » Dans la seconde et dans la huitième édition, on lit : « Le président de Bésigny. »
Bans l'édition encadrée de 1775, il y a : c Le président Moreau de Bésigny. > Cette version est celle de l'édition in-4\ tome XXVII, publiée en 1777. Mais Voltaire toi-même, dans sa lettre au comte de La Touraille, du 17 septembre 1769, reproche à l'auteur d'avoir mis Bésigny pour Nassigny. (B.)
î. 10 mai. (Note de Voltaire