DE L'ABOLISSEHEKT DES JÉSUITES
pies : refus de sacrements, interdictions de religieuses. Le roi ayant écrit précédemment au pape Benoît XIV pour le prier de lui donner les moyens d'apaiser les troubles, moyens très-difficiles à trouver, Beauraont avait écrit de son côté pour aigrir le pape. Il déplut également au roi et au pontife de Rome. Louis XV, accoutumé à l'exiler *, l'envoya en Périgord. C'est ainsi que sa termina l'année 1757 «é
M l'aboussement des jésuites.
•On sait tout ce qu'on reprochait depuis longtemps aux jésuites : ils étaient regardés en général comme fort habiles, fort riches,
1. La première édition seule porte : Louis XV, qui me tauait qu'exiler; voyes en effet, page 515, l'é numération de quelques exils. Dés la seconde édition de VHUtoire du Parlement, Voltaire mit : accoutumé à Vexiler.
2. Dans les éditions de 1709 et 1770, le chapitre se terminait par l'alinéa que voici :
« Toutes ces querelles tombèrent bientôt dans l'oubli, lorsque l'expulsion des jésuites occupa tout le royaume. •
Cet alinéa, supprimé dans l'édition encadrée de 1775, fut «établi en 1777, dans le tome XXVH de l'édition in-V. Il n'avait pas été conservé par les éditeurs de Kefal. (B.)
3. Ce chapitre, qui dans la première édition était le wvir», commençait alors ainsi :
« Pour connaître un peu l'esprit des jésuites, ou plutôt celui de presque tous les moines, je commencerai par rapporter ce qui leur arriva dans le ressort du parlement de Bourgogne, un peu avant la banqueroute de leur frère La Valette, qui fut la pierre détachée de la montagne par laquelle le colosse fut renversé. Us avaient auprès de Genève un hospice et un domaine de trois à quatre mille livres de rente ; ils voulurent l'augmenter. Ce domaine devait appartenir légitimement A une famille noble de Bourgogne, composée d'une mère et de sept enfants, tous dans le service militaire. Ce domaine avait été engagé à des Genevois par un acte nommé antichrète; et par cet acte, passé depuis plus de quatre-vingts ans, ces Genevois jouissaient de la terre, que la famille n'était pas en état de racheter.
« Les jésuites s'emparèrent de cette terre en s'accommodent avec un syndic de Genève, qui en était en possession. Il leur fallait des lettres patentes du roi. Ils les obtinrent. Ce n'était pas encore assea ; ces lettres devaient être enregistrées au parlement de Dyon, et, comme personne ne réclamait, l'enregistrement ne souffrait aucune difficulté ; mais ce n'était pas tout, lis dépouillaient des mineurs qui pouvaient tous revenir contre eux. Ils eurent la hardiesse d'énoncer, dans une requête que j'ai vue, que ces mineurs ne seraient jamais en état de rentrer dans leur bien. Un bon citoyen, que j'ai longtemps fréquenté, indigné de voir ainsi une famille entière déoouillée du bien de ses
heureux dans leurs entreprises, et ennemis de la nation : Bs n'étaient rien de tout cela ; mais il avaient violemment abusé de leur crédit quand ils en avaient eu. D'autres ordres étaient beaucoup plus opulents, mais ils n'avaient pas été intrigants et persécuteurs comme les jésuites, et n'étaient pas détestés comme eux.
ancêtres, lui prêta l'argent nécessaire pour purger l'antichrése et peur rentier dans son domaine. Les jésuites furent alors obligés d'abandonner leur entreprise.
« On sut cette aventure ; elle ne diminua pas la haine qu'on portait à la société. D'autres religieux avaient acquis des richesses par des manœuvres semblables, plus sourdes et plus heureuses. En général, on portait envie aux moines opulents : ils étaient regardés comme le fardeau de la patrie ; mais n'ayant pas été persécuteur! comme les Jésuites, ils . n'étaient pas détestés comme eux.
« Dans le même temps un de leurs supérieurs, nommé La Valette, employé dans les missions des îles de l'Amérique, fit une banqueroute de plus de deux millions tant aux sieurs Lioncy et Gouffre, négociants de Marseille, qu'à un commissaire des guerres et à d'autres personnes qui leur avaient confié leur argent
« Ce n'était pas la première banqueroute qu'ils avaient faite : on se souvenait de leur fameuse banqueroute de Se vil le, qui réduisit à la mendicité plus de cent familles en 1644. Comme ils avaient eu en Espagne assez de crédit pour n'être pas obligés à restitution, ils crurent qu'ils seraient aussi heureux en France : ils imaginèrent qu'on ne rendrait jamais le corps entier responsable des engagements d'un de ses membres ; et quoiqu'ils passassent pour grands politiques, ils furent assez aveugles pour plaider au parlement de Paris, pouvant plaider devant la commission du conseil établie alors pour juger les différends touchant le négoce de l'Amérique.
« La cause fut plaidée à la grand 'chambre avec la plus grande solennité. On y allait en foule comme aux spectacles. Le sieur Gerbier, célèbre avocat, se fit, en parlant contre eux, la même réputation qu'autrefois les Ârnautd et les Pasquier. Le 8 mai 1761, toutes les maisons des jésuites, excepté les collèges, furent condamnées solidairement à payer les créanciers, et ce qu'il y eut de singulier, c'est que le général des jésuites, résidant à Rome, fut condamné par le même arrêt, comme Si on avait pu le contraindre. Le prononcé fut reçu du public avec des applaudissements et des battements de mains incroyables. Quelques jésuites, qui avaient eu la hardiesse et la simplicité d'assister a l'audience, furent reconduits par la populace avec des huées. La joie fut aussi universelle que la haine ; on se souvenait de leurs persécutions, et eux-mêmes avouèrent que le public les lapidait avec les pierres de Port-Boyal, qu'ils avaient détruit sous Louis XIV.
« Pendant qu'on avait plaidé cette cause, etc.
Ce morceau fut supprimé dés la seconde édition. Le bon citoyen que f ai longtemps fréquenté, dont il y est question, était Voltaire lui-même. La famille qu'il obligea est la famille Cesprez de Grassy. Le bon de l'affaire, c'est que, lorsqu'on délivra la France des révérends pères jésuites, ces mêmes gentilshommes, dont les bons pères avaient voulu ravir le bien, achetèrent celui des jésuites, qui était contigu.
Ge fut dès la seconde édition en 769, qu'à la première version du commencement de ce chapitre Voltaire substitua la verrion actuelle. (B.)
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On a prétendu que leur général avait eu l'imprudence de rendre de mauvais offices dans Rome à un ambassadeur de France4, l'un de ceux qui ont le mieux servi l'État et dont le génie supérieur devait être plutôt ménagé qu'offensé. La conduite du général était d'autant plus maladroite qu'il savait que le crédit de son ordre ne tenait presque plus à rien : et il y parut bien dans la suite.
Il y avait, depuis 1747, à la Martinique un jésuite nommé La Valette, supérieur des missions, et dont remploi devait être de convertir des nègres : il aima mieux les faire travailler à ses intérêts que prendre soin de leur salut. C'était un génie vaste et entreprenant pour le commerce. Il s'associa avec un Juif nommé Isaacv établi à l'île de la Dominique, et eut des correspondances dans toutes les principales villes de l'Europe. Les plus grand de ses correspondants était le jésuite Sacy, procureur général des missions, demeurant dans la maison professe de Paris. Le monopole énorme que faisait La Valette le fit rappeler par le ministère, sur les plaintes des habitants des îles, en 1755 ; mais les jésuites obtinrent qu'il fût renvoyé dans son poste. Il n'en coûta à La Valette qu'une promesse par écrit de ne se mêler plus que de gagner des âmes, et de ne plus équiper de vaisseaux. Ses supérieurs le nommèrent alors visiteur général et préfet apostolique : et avec ces titres il alla continuer son commerce. Les Anglais le dérangèrent; ils prirent ses vaisseaux. La Valette et Sacy firent une banqueroute plus considérable que la somme qu'ils avaient perdue : car les effets dont les Anglais s'étaient emparés ne furent pas vendus douze cent mille francs de notre monnaie, et la banqueroute des jésuites fut d'environ trois millions.
Deux gros négociants de Marseille, Gouffre et Lioncy, y perdirent tout d'un coup quinze cent mille livres. Sacy, procureur des missions à Paris, eut ordre de son général d'offrir cinq cent mille francs pour les apaiser : il offrit cet argent, et ne le donna point ; il en employa une partie à satisfaire quelques créanciers de Paris, dont les cris lui paraissaient plus dangereux que ceux qui se faisaient entendre de plus loin.
Les deux Marseillais se pourvurent cependant devant la juridiction consulaire de leur ville. La Valette et Sacy furent condam-