LE PARLEMENT MÉCONTENTE LE ROI. 55S
LE PARLEMENT MÉCONTENTE LE ROI ET UNE PARTIE DE LA NATION, SON ARRÊT CONTRE LE CHEVALIER DE 1A BARRE ET CONTRE LE GÉNÉRAL LALLY.
Qui pouvait croire alors que dans peu de temps le parlement éprouverait le même sort que les jésuites? Il fatiguait depuis plusieurs années la patience du roi, et il ne se concilia pas la bienveillance du public par le supplice du chevalier de La Barre et par celui du général Lally *.
Ce corps déplaisait bien plus au gouvernement par sa lutte perpétuelle contre les édits du roi que par ses cruautés envers quelques citoyens. Il semblait prendre, à la vérité, le parti du peuple ; mais il gênait l'administration, et il paraissait toujours vouloir établir son autorité sur la ruine de la puissance suprême.
Il s'unissait en effet avec les autres parlements, et prétendait ne
1. Ce chapitre, tel qu'il est, à quelques mots prés, parut, en 1775, dans l'édition encadrée. (8.)
1- Dans l'édition de 1777, in-4% après cet alinéa, il y avait :
« On ne peut mieux faire, pour l'instruction du genre humain, que de rapporter ici la lettre d'un vertueux avocat du conseil à II. de Beccaria, le plus célèbre jurisconsulte d'Italie. »
Puis venait une réimpression de la Relation de la mort du chevalier de Le Barre.
Après cette Relation, le chapitre lxix était terminé par les deux alinéas que voici :
« Le second acte de cruauté qu'une grande partie du public reprocha au parlement de Paris lut le supplice du comte de Lally, général des armées du roi dans les Indes occidentales, traîné dans un tombereau dans la Grève, avec un bâillon dans la bouche, le 6 mai 1766.
« Les cris de ses ennemis, soulevés contre lui par son humeur dure et insociable, furent si violents et si persévérants que les juges le condamnèrent d'une voix unanime. Mais la pitié qui succéda à ce déchaînement fut si forte que le même public, toujours léger, qui semblait avoir d'abord demandé son sang, fut enfin persuadé de son innocence. En effet, on n'avait pu trouver ni trahison, ni rapine de sa part; et quand il fallut chercher dans sa fortune de quoi fournir l'amende à laquelle il fut condamné, on ne la trouva pas; alors * oâ éclata contre les juges. »
C'est sans doute parce que le chapitre eût été trop long qu'en 1777 il y avait un chapitre ixx, commençant par ces mots : « Le parlement déplaisait, etc. »
Sur le procès de Lally, voyez le chapitre xxxiv du Précis du Siècle <fo LouiiXV. (B.)
faire avec eux qu'un corps, dont il était le principal membre. Tots s'appelaient alors classes du parlement : celui de Paris était la première classe; chaque classe faisait des remontrances sur les édite, et ne les enregistrait pas. Il y eut même quelques-uns de ces corps qui poursuivirent juridiquement les commandants de province envoyés à eu* de la part du roi pour faire enregistrer. Quelques classes décernèrent des prises de corps contre ces officiers. Si ces décrets avaient été mis à exécution, il en aurait résulté un effet bien étrange. C'est sur les domaines royaux que se prennent les deniers dont on paye les frais de justice, de sorte que le roi aurait payé de ses propres domaines les arrêts rendus par ceux qui loi désobéissaient contre ses officiers principaux qui avaient exécuté ses ordres.
Cette étonnante anarchie ne pouvait pas subsister : il fallait ou que la couronne reprit son autorité, ou que les parlements prévalussent.
On avait besoin, dans des conjonctures si critiques» d'un chancelier entreprenant et audacieux ; on le trouva '. Il fallait changer toute l'administration de la justice dans le royaume, et elle fut changée.
Le roi commença par essayer de ramener le parlement de Paris; il le fit venir n un lit de justice (le 7 septembre 1770) qu'il tint à Versailles avec les princes, les pairs, et les grands officiers de la couronne. Là il lui défendit de se servir jamais des termes d'timtë, d'indivisibilité, et de classes;
D'envoyer aux autres parlements d'autres mémoires que ceux qui sont spécifiés par les ordonnances ;
De cesser le service, sinon dans les cas que ces mêmes ordonnances ont prévus;
De donner leur démission en corps;
De rendre jamais d'arrêt qui retarde les enregistrements :
Le tout sous peine d'être cassé.
Le parlement» sur cet édit solennel, ayant encore cessé le service
4. C'était René-Nicolas-Charles-Augustin de Maupeou, né en 1714, rooit en 1792, et qt-'un peu plus loin Voltaire appelle Maupeou, second du nom. Son père, ftené-Charles de Maupeou, vice-chancelier et garde des sceaux en 1 ^ avait été chancelier up jour : nommé le 15 septembre 1768, il donna le lendemain sa démission en faveur de son ûls. (B.)