‹ Précis du siècle de Louis XVChapitre 255 sur 257 · LE PARLEMENT MÉCONTENTE LE ROI · texte numérisé non relu

LE PARLEMENT MÉCONTENTE LE ROI

le roi leur fit porter des lettres de jussion ; ils désobéirent. Nouvelles lettres de jussion, nouvelle désobéissance. Enfin le monarque, poussé à bout, leur envoya pour dernière tentative, le 20 janvier (4771), à quatre heures du matin, des mousquetaires qui portèrent à chaque membre un papier à signer. Ce papier ne contenait qu'un ordre de déclarer s'ils obéiraient ou s'ils refuseraient. Plusieurs voulurent interpréter la volonté du roi : les mousquetaires leur dirent qu'ils avaient ordre d'éviter les commentaires ; qu'il fallait un ont ou un

Quarante membres signèrent ce ont; les autres s'en dispensèrent '. Les oui étant venus le lendemain au parlement avec leurs camarades, leur demandèrent pardon d'avoir accepté, et signèrent non; tous furent exilés.

La justice fut encore administrée par les conseillers d'État et les maîtres des requêtes, comme elle l'avait été en 1755; mais ce ne fut que par provision. On tira bientôt de ce chaos un arrangement utile.

D'abord le roi se rendit aux vœux des peuples, qui se plaignaient depuis des siècles de deux griefs, dont l'un était ruineux, l'autre honteux et dispendieux à la fois.

Le premier était le ressort trop étendu du parlement de Paris, qui obligeait les citoyens de venir de cent cinquante lieues se con» sumer devant lui en frais qui souvent excédaient le capital. Le second était la vénalité des charges de judkature, vénalité qui avait introduit la forte taxacion aes epices.

Pour réformer ces deux abus, six parlements nouveaux furent institués, le 25 février 4771, sous le titre de Conseils supérieurs, avec injonction de rendre gratis la justice. Ces conseils furent établis dans Arras, Blois, Châlons, Clermont, Lyon, Poitiers *. On y en ajouta d'autres depuis* pour remplacer quelques parlements suprimés dans les provinces.

1. On remarqua que ceux qui, dam rassemblée des chambrée, avaient opiné continuer le service, signèrent ne*, se croyant liés par l'arrêté de leur rps. Les plus ardents, au contraire, intimidés par la présence d'un mousquetaire, signèrent •*». (K.)

& Les éditions de 4775 et 4777 portent ici : « (En suivant l'ordre alphabétique). » (B.)

3. Les huit derniers mots de cet alinéa ne sont ni dans l'édition de 1773, ai dans celle de 1777.

11 fallait surtout former un nouveau parlement à Paris, lequel serait payé par le roi, sans acheter ses places, et sans rien exiger des plaideurs. Cet établissement fut fait le 13 avriL L'opprobre de la vénalité, dont François 1" et le chancelier Duprat avaient malheureusement souillé la France, fut lavé par Louis XV et par les soins du chancelier de Maupeou, second du nom i. On finit par la réforme de tous les parlements, et on espéra, mais en vais, de voir réformer la jurisprudence.

* La mort de Louis XV, en 1774, ayant donné lieu à une nouvelle administration, Louis XVI, son successeur, rétablit son parlement avec des modifications nécessaires * : elles honorèrent le roi qui le ordonna, le ministère qui les rédigea, le parlement qui s'y conforma; et la France vit l'aurore d'un règne sage et heureux.

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