BATAILLE DE DETTINGEN
mettaient à la tête des brigades qu'ils rencontraient, et s'enfoncèrent dans les lignes des ennemis.
D'un autre côté, la maison du roi et les carabiniers ne se rebutaient point. On voyait ici une troupe de gendarmes, là une compagnie des gardes, cent mousquetaires dans un autre endroit, des compagnies de cavalerie s'avançant avec des chevau-légers ; d'autres qui suivaient les carabiniers ou les grenadiers à cheval, et qui couraient aux Anglais le sabre à la main avec plus de bravoure que d'ordre. Il y en avait si peu qu'environ cinquante mousquetaires, emportés par leur courage, pénétrèrent dans le régiment de cavalerie du lord Stair. Vingt-sept officiers de la maison du roi à cheval périrent dans cette contusion, et soixantesix furent blessés dangereusement. Le comte d'Eu, le comte cTflar court, le comte de Beuvron, le duc de Boufllers, furent blessés ; le comte de La Mothe-Houdancourt, chevalier d'honneur de la reine, eut son cheval tué, fut foulé longtemps aux pieds des chevaux, et remporté presque mort. Le marquis de Gontaut eut le bras cassé; le duc de Rochechouart, premier gentilhomme de la chambre, ayant été blessé deux fois, et combattant encore, fut tué sur la place. Le marquis de Sabran, de Fleury, le comte d'Estrade, le comte de Rostaing, y laissèrent la vie. Parmi les singularités de cette triste journée, on ne doit pas omettre la mort d'un comte de Boufflers de la branche de Rémiancourt. C'était un enfant de dix ans et demi : un coup de canon lui cassa la jambe ; il reçut le coup» te vit couper la jambe, et mourut avec un égal sang-froid. Tant de jeunesse et tant de courage attendrirent tous ceux qui furent témoins de son malheur.
La perte n'était guère moins considérable parmi les officiers anglais. Le roi d'Angleterre combattait à pied et à cheval, tantôt à la tête de la cavalerie, tantôt à celle de Finianterie. Le duc de Cumberland fut blessé à ses côtés ; le duc d'Aremberg, qui commandait les Autrichiens, reçut une balle de lusil au haut de la poitrine. Les Anglais perdirent plusieurs officiers généraux. Le combat dura trois heures ; mais il était trop inégal : le courage seul avait à combattre la valeur, le nombre, et la discipline. Enfin ' le maréchal de Noailles ordonna la retraite.
Le roi d'Angleterre dîna sur le champ de bataille, et se relira ensuite sans même se donner le temps d'enlever tous ses blessés,
dont il laissa environ six cents que le lord Stair recommandai la générosité du maréchal de Noailles. Les Français les recueillirent comme des compatriotes ; les Anglais et eux se traitaient en peuples qui se respectaient.
Les deux généraux s'écrivirent des lettres qui font voir jusqu'à quel point on peut pousser la politesse et l'humanité au milieu des horreurs de la guerre.
Cette grandeur d'âme n'était pas particulière au comte Staâr et au duc de Noailles. Le duc de Cumberland surtout fit un acte de générosité qui doit être transmis à la postérité. Un mousquetaire nommé Girardeatt, blessé dangereusement, avait été porté prés de sa tente. On manquait de chirurgiens, asseï occupés ailleurs ; on allait panser le prince, à qui une balle avait percé les chairs de la jambe, c Commence!, dit le prince, par soulager cet officier français : il est phis blessé que moi ; il manquerait de secours, et je n'en manquerai pas. •
Au reste, la parte fut à peu prés égale dans les deux années. 11 y eut du côté des alliés deux mille deux cent trente et un hommes tant tués que blessés. On sut ce calcul par les Anglais* qui rarement diminuent leur perte, et n'augmentent guère celle de leurs ennemis.
Les Français souffrirent une grande perte en faisant avorter le fruit des plus belles dispositions par cette ardeur précipitée et cette indiscipline qui leur avait fait perdre autrefois les batailles de Poitiers, de Crécy, d'Arincourt. Gelai qui écrit cette histoire vit, six semaines après, le comte Stair à La Haye ; il prit la liberté de lui demander ce qu'il pensait de cette bataille. Ce général h£ répondit : t Je pense que les Français ont fait une grande faute, et nous, deux : la votre a été de ne savoir pas attendre ; les 4ewt nôtres ont été de nous mettre d'abord dans un danger évident d*étre perdus, et ensuite de n'avoir pas su profiter de la victoire. »
Après cette action, beaucoup d'officiers français et anglais allèrent à Francfort, ville toujours neutre, où l'empereur vit l'un après l'autre le comte Stair et le maréchal de NoaiHes, sans pouvoir leur marquer d'autres sentiments que ceux de la patience dans son infortune.
Le maréchal de Noailles trouva l'empereur accablé de chagrin, sans États, sans espérance, n'ayant pas de quoi faire subsister sa