‹ Précis du siècle de Louis XVChapitre 49 sur 257 · Voyez page · texte numérisé non relu

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mieux les alarmes que l'excès des précautions. Je ne puis m'empécher de parler ici d'un artifice dent on se servit peur rendre la personne de CharlesrÉdouard odieuse dans Londres. On fit imprimer un journal imaginaire dans lequel on comparait les événements rapportés dans les gazettes» sous le gouvernement dn roi George, à ceux qu'on supposait sous la domination d'un prince catholique.

« A présent, disait-on, nos gazettes nous apprennent, tantôt qu'on a porté à la Ban<gi*e des trésors enlevés aux. vaisseaux français et espagnols, tantôt que nous avens rasé Perto-ttello, tantôt qne nous avons pris Lonisbourg et que nous sommes maîtres du commerce. Voici ce que nos gaxettes diront sous la domination du pastendant: Aujourd'hui il a été proclamé dans les marchés de Londres, par des campagnards et par des moines. Plusieurs maisons ont été brûlées et plusieurs citoyens massacrés.

a Le 4, la maison du Sud et la maison des Indes ont été rhnn gées en couvents.

« Le 20, on a mis en prison six membres du parlement*.

« Le 26, on a cédé trois ports d'Angleterre aux Français.

« Le 28, la loi hafaaê corpus a été abolie, et on a passé un dau» vel acte pour brûler Les hérétiques.

« Le 29, le P. Poignardkû, jésuite italien, a été nommé garde du sceau privé. »

Cependant on suspendait en effet, le 28 octobre, la loi habêa» corpus. C'est une loi regardée comme fondamentale en Angleterre, et comme le boulevard de la liberté de la nation. Par cette loi, le roi ne peut faire emprisonner aucun citoyen sans qu'il soit interrogé dans les vingt-quatre heures, et relâché sous caution jusqu'à ce que son procès lui soit fait ; et s'il a été arrêté injustement, te secrétaire d'État doit être condamné à lui naf er chèrement chaque heure.

Le roi n'a pas le droit de faire arrêter un membre du parlement, sous quelque prétexte qne ce puisse être, sans le consentement de la chambre. Le parlement, dans les temps de rébellion, suspend toujours ces lois par un acte particulier, pour un certain temps, et donne pouvoir au roi de s'assurer, pendant ce temps seulement, des personnes suspectes. Il n'y eut aucun membre des deux chambres qui donnât sur lui la moindre prise/ Quelques-uns cependant étaient soupçonnés par la voix publique d'être jacobites; et il y avait

DU PRINCE CHARLES-EDOUARD STUAKT. t9S

des citoyens dans Londres qui étaient sourdement de ce parti ; mais aucun ne voulait hasarder sa fortune et sa vie sur des espérances incertaines. La défiance et 1 inquiétude tenaient en suspens tous les esprits ; on craignait de se parler. C'est un crime en ce pays de boire à la santé d'un prince proscrit qui dispute la cou ronne, comme autrefois à Borne c'en était un, sous un empereur régnant, d'avoir chez soi la statue de son compétiteur. On buvait à Londres à la santé du roi et du prince, ce qui pouvait aussi bien signifier le roi Jacques et son fils Charles-Edouard que le roi George et son fils aine le prince de GalJes '. Les partisans secrets de bi révolution se contentaient de faire imprimer des écrite tellement mesurés que le parti pouvait aisément les entendre aaa&quel» gouvernement pût les condamner. On en distribua beaucoup da cette espèce ; un entre autres par lequel on avertissait a qu'il j avait un jeune homme de grande espérance qui était prêt de feifit une fortune considérable ; qu'en peu de temps il s'était (ait plu» de vingt mille livres de rente, mais qu'il avait besoin d'amis pour s'établir à Londres ». La liberté d'imprimer est un des privilèges dont les Anglais sont le plus jaloux. La loi ne permet pas d'attrouper le peuple et de le haranguer ; mais elle permet de parler par écrit à la nation entière. Le gouvernement ût visites toutes les imprimeries ; mais» n'ayant le droit d'en fermer aucune sans un délit constaté, il les laissa subsister toutes.

La fermentation commença à se manifester dans Londres quand on apprit que le prince Edouard s'était avancé jusqu'à. Carliste, et qu'il s'était rendu maître de la ville (26 novembre 1145*); que ses forces augmentaient, et qu'enfin il était à Derby (4 décembre), dans l'Angleterre même, à trente lieues de Londres : alors il eut pour la première ibis, des Anglais nationaux dans ses troupes. Trois cents hommes du comté de Lancastre prirent parti dans son régiment de Manchester. La renommée, qui grossit tout, faisait son armée forte de trente mille hommes. On. disait que tout le comté de Lancastre s'était déclaré» Les boutiques et la Banque furent fer* mées un jour à Londres *.

1 Frédéric-Louis, né en 1707, mort tn «Si, pare de George H.

1 On plutôt, 15 novembre,

3. On disait aussi que les Français avaient débarqué au nombre de dix mille» George II fit cacher ses trésors, et se disposa a s'embarquer pour la Hollande. (G. A.)

156 CHAPITRE XXY.

SUITE DES AVENTURES DU PRIHCE CHARLES* EDOUARD. SA DÉFAITE, 8ES MALHEURS ET CEUX DE SON PARTI.

Depuis le jour que le prince Edouard aborda en Ecosse ses par* tisans sollicitaient des secours de France ; les sollicitations redoublaient avec les progrès. Quelques Irlandais qui servaient dans les troupes françaises s'imaginèrent qu'une descente en Angleterre, ▼ers Plymouth, serait praticable. Le trajet est court de Calais ou de Boulogne vers les côtes. Ils ne voulaient point une flotte de vaisseaux de guerre, dont l'équipement eût consumé trop de temps, et dont l'appareil seul eût averti les escadres anglaises de s'opposer au débarquement. Ils prétendaient qu'on pourrait débarquer huit ou dix mille hommes et du canon pendant la nuit ; qu'il ne fallait que des vaisseaux marchands et quelques corsaires pour une telle tentative ; et ils assuraient que, dès qu'on serait débarqué, une partie de l'Angleterre se joindrait à l'armée de France, qui bientôt pourrait se réunir auprès de Londres avec les troupes du prince. Ds faisaient envisager enfin une révolution prompte et entière. Ds demandèrent pour chef de cette entreprise le duc de Richelieu, qui, par le service rendu dans la journée de Fontenoy1 et par la réputation qu'il avait en Europe, était plus capable qu'un autre de conduire avec vivacité cette affaire hardie et délicate. Ils pressèrent tant qu'on leur accorda enfin ce qu'ils demandaient. Lally, qui depuis fut lieutenant général, et qui a péri d'une mort si tragique*, était l'âme de l'entreprise. L'écrivain de cette histoire, qui travailla longtemps avec lui, peut assurer qu'il n'a jamais vu d'homme plus zélé, et qu'il ne manqua à l'entreprise que la possibilité. On ne pouvait se mettre en mer vis-à-vis des escadres anglaises, et cette tentative fut regardée à Londres comme absurde.

On ne put faire passer au prince que quelques petits secours d'hommes et d'argent, par la mer Germanique et par Test de l'É-

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