‹ Précis du siècle de Louis XVChapitre 48 sur 257 · Voltaire a oublié Bnchauan, naestager · texte numérisé non relu

Voltaire a oublié Bnchauan, naestager

1 Le morceau de taffetas avait été préparé pour étendard. Il portait même une devise, dit-on : Tandem triumpham. (S. A») 3. Ou jMbt (Tiwnwiai

deux monarques lui écrivirent et le traitèrent de frère : non qu'ils le reconnussent solennellement pour héritier des couronnes de la Grande-Bretagne, mais ils ne pouvaient, en lui écrivant, refuser ce titre à sa naissance et à son courage ; ils lui envoyèrent à diverses reprises quelques secours d'argent, de munitions et d'armes. 11 fallait que ces secours se dérobassent aux vaisseaux anglais, qui croisaient à l'orient et à l'occident de l'Ecosse. Quelques-uns étaient pris, d'autres arrivaient, et servaient à encourager le parti qui se fortifiait de jour en jour. Jamais le temps d'une révolution ne parut plus favorable. Le roi George alors était hors du royaume. 11 n'y avait pas six mille hommes de troupes réglées dans l'Angleterre. Quelques compagnies du régiment de Sainclair marchèrent d'abord des environs d'Edimbourg contre la petite troupe du prince : elles furent entièrement défaites. Trente montagnards prirent quatre-vingts Anglais prisonniers avec leurs officiers et leurs bagages.

Ce premier succès augmentait le courage et l'espérance, et attirait de tous côtés de nouveaux soldats. On marchait sans relâche. Le prince Edouard, toujours à pied à la tète de ses montagnards, vêtu comme eux, se nourrissant comme eux, traverse le pays de Badenoch, le pays d'Athol, le Perthshire, s'empare de Perth, ville considérable dans l'Ecosse. (15 septembre 1745) Ce fut là qu'il fut proclamé solennellement régent d'Angleterre, de France, d'Ecosse, et d'Irlande, pour son père Jacques III. Ce titre de régent de France* que s'arrogeait un prince à peine maître d'une petite ville d'Ecosse, et qui ne pouvait se soutenir que par les secours du roi de France, était une suite de l'usage étonnant qui a prévalu que les rois d'Angleterre prennent le titre de rois de France; usage qui devrait être aboli, et qui ne l'est pas parce que les hommes ne songent jamais à réformer les abus que quand ils deviennent importants et dangereux.

Le duc de Perth, le lord George Alurray, arrivèrent alors à Perth, et firent serment au prince. Us amenèrent de nouvelles troupes ; une compagnie entière d'un régiment écossais au service de la cour déserta pour se ranger sous ses drapeaux. Il prend Dunde, Drumraond, Newbourg. On tint un conseil de guerre : les avis se partageaient sur la marche. Le prince dit qu'il fallait aller droit à Edimbourg, la capitale de l'Ecosse. Mais comment espérer de prendre

Edimbourg avec si peu de monde et point de canon? II avait des partisans dans la ville, mais tous les citoyens n'étaient pas pour lui. « Il faut me montrer, dit-il, pour les faire déclarer tous. • Et sans perdre de temps il marche à la capitale (19 septembre), il arrive ; il s'empare de la porte. L'alarme est dans la ville : les uns veulent reconnaître l'héritier de leurs anciens rois; les autres tiennent pour le gouvernement. On craint le pillage ; les citoyens les plus riches transportent leurs effets dans le château ; le gouverneur Guest s'y retire avec quatre cents soldats de garnison. Les magistrats se rendent à la porte dont Charles-Edouard était maître. Le prévôt d'Edimbourg, nommé Stuart, qu'on soupçonna d'être d'intelligence avec lui, parait en sa présence, et demande d'un air éperdu ce qu'il faut faire. « Tomber à ses genoux, lui répondit un habitant, et le reconnaître. » Il fut aussitôt proclamé dans la capitale1.

Cependant on mettait dans Londres sa tête h prix. Les seigneurs de la régence, pendant l'absence du roi George, firent proclamer qu'on donnerait trente mille livres sterling à celui qui le livrerait. Cette proscription était une suite de l'acte du parlement fait la dixseptiéme année du régne du roi, et d'autres actes du même parlement. La reine Anne elle-même avait été forcée de proscrire son propre frère, à qui, dans les derniers temps, elle aurait voulu laisser sa couronne si elle n'avait consulté que ses sentiments. Elle avait mis sa tête à quatre mille livres, et le parlement la mit à quatre-vingt mille.

Si une telle proscription est une maxime d'État, c'en est une bien difficile à concilier avec ces principes de modération que toutes les cours font gloire d'étaler. Le prince Charles-Edouard pouvait faire une proclamation pareille ; mais il crut fortifier sa cause, et la rendre plus respectable en opposant, quelques mois après, à ces proclamations sanguinaires, des manifestes dans lesquels il défendait à ses adhérents d'attenter à la personne du roi régnant et d'aucun prince de la maison d'Hanovre.

D'ailleurs il ne songea qu'à profiter de cette première ardeur de •a faction, qu'il ne fallait pas laisser ralentir. A peine était-il

1. On envoya deux ambassades vers Charles-Edouard, mais avant qu'il se fût rendu maître de la porte de Netherbow. Le prétendant ne voulut pas recevoir la seconde. Quant à la scène du lord-prévost que Voltaire raconte, rien de moins exact. (G. A.)

maître de la ville d'Edimbourg qu'il apprit qu'il pouvait donner une bataille, et il se hâta de la donner. Il sut que le général Cape s'avançait contre lui avec des troupes réglées, qu'on assemblait les milices, qu'on formait des régiments en Angleterre, qu'on en taisait revenir de Flandre, qu'enfin il n'y avait pas un moment à perdre. Il sort d'Edimbourg sans y laisser un seul soldat, et marche avec environ trois mille montagnards vers les Anglais, qui étaient au nombre de plus de quatre mille : ils avaient deux régiments de dragons. La cavalerie du prince n'était composée que de quelques chevaux de bagage. Il ne se donna ni le temps ni la peine de mire venir ses canons de campagne. D savait qu'il y en avait six dans l'armée ennemie; mais rien ne l'arrêta. 11 atteignit les ennemis à sept milles d'Edimbourg, à Preston-Pans. A peine est-il arrivé qu'il range son armée en bataille. Le duc de Perth et le lord George Murray commandaient, l'un la gauche, et l'autre la droite de l'armée, c'est-à-dire ehacun environ sept ou huit cents hommes. Charles- Edouard était si rempli de l'idée qu'il devait vaincre qu'avant de charger les ennemis il remarqua un défilé par où ils pouvaient se retirer, et il le fit occuper par cinq cents montagnards. Il engagea donc le combat suivi d'environ deux mille cinq cents hommes seulement, ne pouvant avoir ni seconde ligne ni corps de réserve. 11 tire son épée, et, jetant le fourreau loin de lui : « Mes amis, dit-il, je ne la remettrai dans le fourreau que quand vous serez libres et heureux. » Il était arrivé sur le champ de bataille presque aussitôt que l'ennemi : il ne lui donna pas le temps de faire des décharges d'artillerie. Toute sa troupe marche rapidement aux Anglais sans garder de rang, ayant des cornemuses pour trompettes; ils tirent à vingt pas; ils jettent aussitôt leurs fusils, mettes! d'une main leurs boucliers sur leur tète, et, se précipitant entre les hommes et les chevaux, ils tuent les chevaux à coups de poignards, et attaquent Les hommes le sabre à la main (2 octobre 1745). Tout ce qui est nouveau et inattendu saisit toujours. Cette nouvelle manière de combattre effraya les Anglais : la force du eorps, qui n'est aujourd'hui d'aucun avantage dans les autres batailles, était beaucoup dans celle-ci. Les Anglais plièrent de tous côtés sans résistance ; on en tua huit cents ; le reste fuyait par l'endroit que le prince avait remarqué, et ce fut là même qu'on en fit quatorze cents prisonniers. Tout tomba au pouvoir du vainqueur ; il se fit

une cavalerie avec les chevaux des dragons ennemis. Le général Copefht obligé de fuir, lui quinzième1. La nation murmura contre lui : on l'accusa devant une cour martiale de n'avoir pas pris assez de mesures ; mais il fut justifié, et il demeura constant que les véritables raisons qui avaient décidé de la bataille étaient la présence d'un prince qui inspirait à son parti une confiance audacieuse, et surtout cette manière nouvelle d'attaquer qui étonna les Anglais. C'est un avantage qui réussit presque toujours les premières fois, et que peut-être ceux trai commandent les armées ne songent pas assez à se procurer.

Le prince Edouard, dans cette journée, ne perdit pas soixante hommes. 11 ne fut embarrassé dans sa victoire que de ses prisonniers : leur nombre était presque égal à celui des vainqueurs. Il n'avait point de places fortes ; ainsi, ne pouvant garder ses prisonniers, il les renvoya sur leur parole, après les avoir fait jurer de ne point porter les armes contre lui d'une année. Il garda seulement tes blessés pour en avoir soin. Cette magnanimité devait lui faire de nouveaux partisans.

Peu de jours après cette victoire, un vaisseau français et un espagnol abordèrent heureusement sur les côtes, et y apportèrent de l'argent et de nouvelles espérances : il y avait, sur ces vaisseaux, des officiers irlandais qui, ayant servi en France et en Espagne, étaient capables de discipliner ses troupes. Le vaisseau français lui amena, le if octobre, au port de Montrose, un envoyé* secret du roi de France, qui débarqua de l'argent et des armes. Le prince, retourné dans Édknbourg, vit bientôt après augmenter son armée jusqu'à prés de six mHle hommes ». L'ordre s'introduisait dans ses

1* Ge féeii n'est pas vrai dans tous ses détails. Et d'abord Charles-Edouard n'attaqua pas dés la rencontre. Pendant un jour on s'observa mutuellement.. Qwit an défilé, il faut le remplacer par un fossé qui protégeait le front de l'année anglaise» et que Charles passa sur un petit pont pendant la nuit. Au joor, l'armée anglaise, devant faire volte-face aux Highlanders, se trouva donc avoir derrière elle le fossé qui la protégeait la veille. De là l'obstacle à sa. «traite* Il ne hii restait qu'un petit sentier, par où le général s'enfuit. (<J. A.)

1 C'était un frère du marquis d'Argens, trés-eonnu dans la littérature. Il fnt depuis président au parlement d'Aix. (Note de Voltaire.) — Il s'appelait d'Aiguilles. — Le Mémoire de feu M. le président (Boyer) dP Aiguilles $ur sa commission en Ecosse, adressé au roi Louis XV, n'a été imprimé qu'en i$W^ dans le tome K» des Archives littéraire*. (B.)

3. Ge chiffre, quoi que semble dire ici Voltaire, n'est pas bien gros. Chartes*

troupes et dans ses affaires. Il avait une cour, des officiers, des secrétaires d'État. On lui fournissait de l'argent de plus de trente milles à la ronde. Nul ennemi ne paraissait ; mais il lui fallait le château d'Edimbourg, seule place véritablement forte qui puisse servir dans le besoin de magasin et de retraite, et tenir en respect la capitale. Le château d'Edimbourg est bâti sur un roc escarpé ; il a un large fossé taillé dans le roc, et des murailles de douze pieds d'épaisseur. La place, quoique irrégulière, exige un siège régulier, et surtout du gros canon. Le prince n'en avait point. 11 se vit obligé de permettre à la ville de faire avec le commandant Guest un accord par lequel la ville fournirait des vivres au château, et le château ne tirerait point sur elle.

Ce contre-temps ne parut pas déranger ses affaires. La cour de Londres le craignait beaucoup, puisqu'elle cherchait à le rendre odieux dans l'esprit des peuples : elle lui reprochait d'être né catholique romain, et de venir bouleverser la religion et les lois du pays. Il ne cessait de protester qu'il respecterait la religion et les lois, et que les anglicans et les presbytériens n'auraient pas plus à craindre de lui, quoique né catholique, que du roi George, né luthérien. On ne voyait dans sa cour aucun prêtre1 : il n'exigeait pas même que dans les paroisses on le nommât dans les prières, et il se contentait qu'on priât en général pour le roi et la famille royale, sans désigner personne.

Le roi d'Angleterre était revenu en hâte, le 11 septembre, pour s'opposer aux progrès de la révolution ; la perte de la bataille de Preston-Pans l'alarmaau point qu'il ne se crut pas assez fort pour résister avec les milices anglaises. Plusieurs seigneurs levaient des régiments de milices à leurs dépens en sa faveur, et le parti whig surtout, qui est le dominant en Angleterre, prenait à cœur la conservation du gouvernement qu'il avait établi, et de la famille qu'il avait mise sur le trône ; mais si le prince Edouard recevait de nouveaux secours et avait de nouveaux succès, ces milices mêmes pouvaient se

Êdooard, en effet, avait pris trop à la lettre les protestations de ses partisans. Les mœurs militaires avaient disparu dans les villes. On se contentait d'applaudir au courage des montagnards, mais on ne s'enrôlait pas. Les plus chauds partisans du prince étaient les dames, qui chantaient : « Charlie, mon mignon. > (6. A.)

1. I) avait un chapelain, le docteur Maclachlan ; mais il se rendait sans scrupule aux églises presbytériennes ou épiscopales. (G. A.)

BU PUINCE CHARLES-EDOUARD STDAUT. 153

tourner contre le roi George. II exigea d'abord un nouveau serment des milices de la ville de Londres ; ce serment de fidélité portai ces propres mots : « J'abhorre et je déteste, je rejette comme un sentiment impie, cette damnable doctrine que des princes excommuniés par le pape peuvent être déposés ou assassinés par leurs sujets ou quelque autre que ce soit, etc. • Mais il ne s'agissait ni d'excommunication ni du pape dans cette affaire, et quant à Tassasstaat, on ne pouvait guère en craindre d'antre que celui qui avait été solennellement proposé au prix de trente mille livres sterling*. \H septembre) On ordonna, selon l'usage pratiqué dans les temps de troubles depuis Guillaume Hf, à tous les prêtres catholiques de sortir de Londres et de son territoire. Mais ce n'étaient pas les prêtres catholiques qui élaient dangereux. Ceux de cette religion ne composaient qu'une petite partie du peuple d'Angleterre. C'était la valeur du prince Charles qui était à redouter ; c'était 'Intrépidité dune armée victorieuse, animée par des succès inespérés. Le roi George se crut obligé de faire revenir six mille hommes des troupes de Flandre et d'en demander encore six mille aux Hollandais, suivant les traités faits avec la république.

Les États-Généraux lui envoyèrent précisément les mêmes troupes qui, par la capitulation de Tournai et de Dendermonde, ne devaient servir de dix-huit mois. Elles avaient promis de ne faire aucun service, • pas même dans les places les plus éloignées des frontières », et les Étals justifiaient cette infraction en disant que l'Angleterre n'était point place frontière. Elles devaient mettre bas les armes devant les troupes de France, mais on alléguait que ce n'était pas contre des Français qu'elles allaient combattre; elles ne devaient passer à aucun service étranger, et on répondait qu'en effet elles n'étaient point dans un service étran~ ger puisqu'elles étaient aux ordres et à la solde des États-Généraux.

(Test par de telles distinctions qu'on éludait la capitulation qui semblait la plus précise, mais dans laquelle on n'avait pas spécifié un cas que personne n'avait prévu.

Quoiqu'il se passât alors d'autres grands événements, je suivrai celui de la révolution d'Angleterre, et l'ordre des matières sera préféré à Tordre des temps, qui n'en souffrira pas. Rien ne prouve

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