‹ Précis du siècle de Louis XVChapitre 51 sur 257 · Ou plutôt, 17 janvier · texte numérisé non relu

Ou plutôt, 17 janvier

leur propre impétuosité. Six piquets de troupes françaises les couvrirent, soutinrent le combat, et leur donnèrent le temps de se rallier. Le prince Edouard disait toujours que s'il avait eu seulement trois mille hommes de troupes réglées \t se serait rendu mette* de toute l'Angleterre.

Les dragons anglais commencèrent la fuite, et toute l'armée anglaise survit, sans que les généraux et les officiers passent arrêter les soldats. Ils regagnèrent lenr camp* à l'entrée de ht nuit. Ce camp était retranché, et presque entouré de marais.

Le prince, demeuré maître du champ de bataille, prit à l'instant te parti d'aller les attaquer dans leur camps malgré forage, qni redoublait avec violence» Les montagnards perdirent quelque temps à chercher dans l'obscurité leurs fusils, qu'ils avaient jetés dans Faction, suivant leur coutume. Le prince se met donc en marche avec eux pour livrer un second combat ; il pénétre jusqu'au camp ennemi, l'épée à fa main : la terreur s'y répandit, et les troupes anglaises, deux ibis battues en un jour, quoique avec peu de perte, s'enfuirent à Edimbourg. Ils n'eurent pas six cents hommes de tues dans cette journée, mais ils laissèrent leurs tentes et leurs équipages au pouvoir du vainqueur. Ces victoires faisaient beaucoup pour le gloine du prince, mais peu encore peur ses intérêts. Le duc de Curaberland marchait en Ecosse ; il arrivai à Edimbourg le *0 février. Le prince Edouard fut obligé de lever le siège du château de Stirlmg. L'hiver était rude ; les subsistances manquaient. Se pins grande ressource était dans quelques partis qui erraient tantôt vers Inverness, et tantôt vers Àberdeen, pour recuettiii'lepeude troupes et d'argent qu'on hasardait de lui faire passer de France. La pas» part de ses vaisseaux étaient observés et pris par les Anglais. ïrom compagnies du régiment de Fitz-James abordèrent heureusement» Lorsque quelque petit vaisseau abordait, il était reçu avec des acclamations de joie ; les femmes couraient au-devant ; ettes menaient par la bride les chevaux des officiers. On faisait valoir les moindres secours comme des renforts considérables1; mais l'armée du? prince Edouard n'en était pas moins pressée par le duc àe Camberland. Elle était retirée dans Inverness, et tout le pays n'était pas

1. Mais les Français étaient saisis d'effroi à la vue du sinistre pays où ils arrivaient. On vit un détachement se rembarquer.

pour lui. Le duc de Cumberiand passe enfin la rivière de Spey (25 avril 1746 f), et marche vers Inverness; il fallut en venir à une bataille décisive.

Le prince avait à peu près le même nombre de troupes qu'à la journée de Falkirk. Le duc de Cumberiand avait quinze bataillons et neuf escadrons, avec im corps de montagnards. L'avantage du nombre était toujours nécessairement du côté des Anglais ; ils avaient de la cavalerie et une artHlerie bien servie, ce qui leur donnait encore une très-grande supériorité. Enfin ils étaient aecot*tumés à la manière de combattre des montagnards, qui ne les étonnait plus. Us avaient à réparer aux yeux du duc de Cumberiand la honte de leurs défaites passées. Les deux armées furent en présence le 27 avril 1746, à deux heures après midi, dans un lieu nommé CuHoden. Les montagnards ne firent point leur attaque ordinaire, qui était si redoutable *. La bataille rat entièrement perdue, et le prince, légèrement blessé, fut entraîné dans la fuite ht plus précipitée. Les lieux, les temps font f importance de l'action. On a vu dans cette guerre, en Allemagne, en Italie, et en Flandre, des batailles de près de cent mille hommes qui n'ont pas eu de grandes suites ; mais à Culioden, une action entre onze mille hommes d'un côté, et sept à huit miHe de l'autre, décida du sort de trois royaumes. IÎ n'y eut pas dans ce combat neuf cents hommes de tués parmi les rebelles, car c'est ainsi que leur malheur les a fait nommer en Ecosse même. On ne leur fit que trois cent vingt prisonniers. Tout s'enfuit du côté d'mverness, et y fut poursuivi par les vainqueurs. Le prince, accompagné d'une centaine d'officiers, fut obligé do se jeter dans une rivière, à trois milles dlnvernese, et de la passer à la nage. Quand il eut gagné l'autre bord, il vit de loin les flammes au milieu desquelles périssaient cinq ou six cents montagnards dans une grange à laquelle le vainqueur avait mis le feu, et il entendit leurs cris.

Il y avait plusieurs femmes dans son armée : une entre autres, nommée M** de Seiord, qui avait combattu à la tête des troupes de montagnards qu'elle avait amenées : elle échappa à la poursuite; quatre autres furent prises. Tous les officiers français furent

t. Ou plutôt, le 12 avril.

1 Ils s'étaient mis en marche pour la commencer, quand on leur donna ordre de s'arrèler. (G. A.)

faits prisonniers de guerre, el celui qui faisait la fonction de ministre de France auprès du prince Edouard se rendit prisonnier dans Invemess. Les Anglais n'eurent que cinquante hommes de tués et deux cent cinquante-neuf de blessés dans cette affaire décisive *.

Le duc de Gumberland fit distribuer cinq mille livres sterling (environ cent quinze mille livres de France) aux soldats : c'était un argent qu'il avait reçu du maire de Londres ; il avait été fourni par quelques citoyens, qui ne l'avaient donné qu'à cette condition. Cette singularité prouvait encore que le parti le plus riche devait être vie* torieux. On ne donna pas un moment de relâche aux vaincus; on les poursuivit partout. Les simples soldats se retiraient aisément dans leurs montagnes et dans leurs déserts. Les officiers se sauvaient avec plus de peine : les uns étaient trahis et livrés ; les autres se rendaient eux-mêmes,, dans l'espérance du pardon. Le prince Edouard, Sullivan, Sheridan, et quelques-uns de ses adhérants, se retirèrent d'abord dans les ruines du fort Auguste, dont il fallut bientôt sortir *. A mesure qu'il s'éloignait, il voyait diminuer le nombre de ses amis. La division se mettait parmi eux, et ils se reprochaient l'un à l'autre leurs malheurs ; ils s'aigrissaient darc leurs contestations sur les partis qu'il fallait prendre ; plusieurs se retirèrent : il ne lui resta que Sheridan et Sullivan, qui l'avaient suivi quand il était parti de France.

Il marcha avec eux cinq jours et cinq nuits, sans presque prendre un moment de repos, et manquant souvent de nourriture. Ses ennemis le suivaient à la piste. Tous les environs étaient remplis de soldats qui le cherchaient, et le prix mis à sa tête redoublait leur diligence5. Les horreurs du sort qu'il éprouvait étaient en tout semblables à celles où fut réduit son grand-oncle Charles II, après la bataille de Worcester *, aussi funeste que celle de Culloden. Il n'y a pas d'exemple sur la terre d'une suite de calamités aussi singulières et aussi horribles que celles qui avaient affligé toute sa maison. Il était né dans l'exil, et il n'en était

i. Voltaire passe sons silence le massacre que les Anglais firent des prison* niers et des blessés. (G. A.)

2. Le prince ne se retira pas au fort d'Auguste, mais A Invergary.

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