Cap de la Galice
1 C'est aussi l'opinion des historiens anglais»
I9f CHAPITRE XIII.
Il ne restait plus aux Français, sur les mers, que sept ràssenn de guerre pour escorter les flottes marchandes aux lies de l'Amérique sous le commandement de M. de L'Estanduère *. Ils furent rencontrés par quatorze vaisseaux anglais (14 octobre 1747). On se battit, comme à Finistère, avec le même courage et la môme fortune. Le nombre l'emporta, et l'amiral Hawke amena dans la Tamise six vaisseaux de sept qu'il avait combattus1.
La France n'avait plus alors qu'un seul vaisseau de guerre. On connut dans toute son étendue la faute du cardinal de Sleurj» d'avoir négligé la mer; cette faute est difficile à réparer. La marine est un art, et un grand art. On a vu quelquefois de bannes troupes de terre formées en deux ou trois années par des généraux habiles et appliqués; mais il faut un long temps bout se procurer une marine redoutable.
DE L'INDE, DE MADRAS, DE FOKDICQÉTIY. EXPÉDITION DE IA B^URDOEHAB. CONDUITE DE DUPLB1X, ETC.
Pendant que les Anglais portaient leurs armes victorieuses sur tant de mers, et que tout le globe était le fhéâtre de la guerre, ils en ressentirent enfin les effets dans leur colonie de Madras. Un bomme à la fois négociant et guerrier, nommé Mahé de La Bourdonnaie, vengea l'honneur du pavillon français au fond de l'Asie.
Pour rendre cet événement plus sensible, il est nécessaire de donner quelque idée de l'Inde, du commerce des Européans dans cette vaste et riche contrée s, et de la rivalité qui régna entre eux, rivalité souvent soutenue par les armes.
Les nations européanes ont inondé l'Inde. On a su y faire de grands établissements, on y a porté la guerre, plusieurs y ont faft des fortunes immenses, peu se sont appliqués à connaître les antiquités de ce pays, plus renommé autrefois pour sa religion, ses
i. Voyez, la lettre de Voltaire A M- Dupuy, du 23 décembre 116&. 2. L'Estanduère avait huit vaisseaux, et en sauva deux. (G.A~) X. Voyex ci-dessus, page 19.
sciences et ses lois, que pour ses richesses, qui ont fait de nos jours Tunique objet de nos voyages.
Un Anglais S qui a demeuré trente ans dans le Bengale, et qui sait les langues modernes et anciennes des brames, détruit tout ce vain amas d'erreurs dont sont remplies nos histoires des Indes, et confirme ce que le petit nombre d'hommes instruits en a pensé*. Ce pays est, sans oontredit, le plus anciennement policé qui sent tes le monde; les savants chinois même lui accordent cette supénoriié. Les plus anciens monuments que l'empereur Kang-hi avait recueillis dans son cabinet de curiosité, étaient tous indiens, k docte et infatigable Anglais » qui a copié, en 1754, leur première loi écrite, nommée le Skmta, antérieure au Vàdtm, assure **e cette loi a quatre mille six cent soixante et six ans d'antiquité dus le temps qu'il la copie. Longtemps avant ce monument, le plus ancien de k terre s'il faut l'en croire, cette loi était cens** csée par la tradition et par des hiéroglyphes antiques.
4ki ne fait d'ordinaire aucune difficulté dans toutes les relations éb l'Inde, copiées sans examen les unes sur les autres, de diviser tentas les nations des Indiens en mahométans et en idolâtres; mais a* est avéré que les brameset les banians, loin d'être idolâtres, ont toujours feesonu un seul fideu créateur, que leurs livres appellent toujours Y Éternel; ils le reconnaissent encore au milieu de toutes les superstitions qui défigurent leur ancien cafte : fions avens cru, en voyant les figures monstrueuses «posées dans leurs temples à la vénénntion publique, qu'ils adoraient des diables, quoique ces peuples n'aient jamais entendu perler du diable. Ces représentantes symboliques n'étaient autre chose que les emblèmes des *rtn*. La vertu, en général, est figurée comme une belle femme qui a dix tous peur résister aux vices. Elle porte une couronne; die est montée sur un dragon, et tient du premier de ses bras droits me pique dont la pointe ressemble à une fleur de lis. Ce n'est pas fai le lieu d'entrer dans le détail de toutes leurs antiques cérémo»
4. 1. Holwell. (Mots de Voltaire.) Jean-Sophonie HolweU, né à Dublin en MU, est mort le 5 novembre 1798. (B.)
1 1 Toi étudié, dit-il, tout ce qui a été écrit mr les Indieu» depuis Arriaa Jwçi'à l'abbé Guyon même, et je n'ai trouvé qu'erreur et mensonge, » ffa* 5 de laPréfaee.) (Ketc de Voltaire.)
& Alexandre Don, mort dans llnde i la fin de 1710.
nies qui se sont conservées jusqu'à nos jours , ni de discuter le Shasiabad et le Veidam, ni de montrer à quel point les brames d'aujourd'hui ont dégénéré de leurs ancêtres; mais quoique leur asservissement aux Tartares, l'horrible cupidité et les débauches des Européans établis sur leurs côtes, les aient rendus pour la plupart fourbes et méchants, cependant l'auteur, qui a vécu si longtemps avec eux, dit que les brames qui n'ont point été corrompus par aucune fréquentation avec les commerçants d'Europe où par les intrigues des cours des nababs c sont le modèle le plus pur de la vraie piété qu'on puisse trouver sur la face de la terre1 ».
Le climat de l'Inde est sans contredit le plus favorable à la nature humaine. Il n'est pas rare d'y voir des vieillards de six-vingts ans. Les tristes mémoires de notre compagnie des Indes nous apprennent que, dans une bataille livrée par un vice-roi , tyran de ce pays, contre un autre tyran, l'un des deux, nommé Ànaverdikan, que nous fîmes assassiner1 dans le combat par un traître de ses suivants, était âgé de cent sept années, et qu'il avait ramené trois fois ses soldats à la charge. L'empereur Aurengzeb vécut plus de cent ans. Ntsam-Elmoluk, grand-chancelier de l'empire sous Mahomet- Sha, détrôné et rétabli par Sha-Nadir, est mort à l'âge de cent ans révolus. Quiconque est sobre dans ce pays jouit d'une vie longue et saine.
Les Indiens auraient été les peuples du monde les plus heureux s'ils avaient pu demeurer inconnus aux Tartares et à nous. L'ancienne coutume immémoriale de leurs philosophes, de finir leurs jours sur un bûcher dans l'espoir de recommencer une nouvelle carrière, et celle des femmes, de se brûler sur le corps de leurs maris pour renaître avec eux sous une forme différente» prouvent une grande superstition, mais aussi un grand courage dont nous
t. Le grand-prêtre de Plie Sheringhara, dans la province d'Arcate, qui justifia le chevalier Lass contre les accusations du gouverneur Dupleix, était un vieillard de cent années, respecté pour sa vertu incorruptible. Il savait le français, et rendit de grands services à la compagnie des Indes. Cest lui qui traduisit YÊxour-Veidam, dont j'ai remis le manuscrit à la Bibliothèque du roi. (Note de Voltaire.) — Le Lass dont il est question dans la note de Voltaire était neveu de Jean Lass.
2. Ànaverdikan ne fut point assassiné, mais tué d'un coup de canon à mitraille sur son éléphant, dans la bataille livrée, en 1749, à ce nabab parles troupes françaises et celles de Chandasaheb, au pied de la montagne d'Àmurt>aravaye, à trente-cinq lieues de Pondichéry. (Note de M. de Bourcet.) — Vojei FAvertissement de Beuchot.
n'approchons pas. Ces peuples, autrefois, avaient horreur de tuer leurs semblables, et ne craignaient pas de se tuer eux-mêmes. Les femmes, dans les castes des brames, se brûlent encore, mais plus rarement qu'autrefois. Nos dévotes affligent leur corps, celles-ci le détruisent ; et toutes vont contre le but de la nature, dans l'idée que ce corps sera plus heureux.
L'horreur de répandre le sang des bêtes augmenta chez cette antique nation celle de répandre le sang des hommes. La douceur de leurs mœurs en fît toujours de très-mauvais soldats. C'est une vertu qui a causé leurs malheurs, et qui les a faits esclaves. Le gouvernement tartare, qui est précisément celui de nos anciens grands fiefs, soumet presque tous ces peuples à de petits brigands nommés par des vice-rois, lesquels sont institués par l'empereur. Tous ces tyrans sont très-riches, et le peuple très-pauvre. C'est cette administration qui fut établie dans l'Europe, dans l'Asie, et dans l'Afrique, par les Golhs, les Vandales, les Francs, les Turcs, tous originaires de la Tartane, gouvernement entièrement contraire à celui des anciens Romains, et encore plus à celui des Chinois, le meilleur qui soit sur la terre après celui du petit nombre de peuplades policées qui ont conservé leur liberté1.
Les Marattes, dans ces vastes pays, sont presque les seuls qui soient libres. Ils habitent des montagnes derrière la côte de Malabar, entre Goa et Bombay, dans l'espace de plus de sept cents milles. Ce sont les Suisses de l'Inde, aussi guerriers, moins policés, mais plus nombreux, et par là plus redoutables. Les vice-rois, qui se font souvent la guerre, achètent leurs secours, les payent et les craignent.
La prodigieuse supériorité de génie et de force qu'ont les Euro* péans sur les Asiatiques orientaux est assez prouvée par les conquêtes que nos peuples ont faites chez ces nations, et qu'ils se disputent encore tous les jours. Les Portugais, établis les premiers sur les côtes de l'Inde, portèrent leurs armes et leur religion dans l'étendue de plus de deux mille lieues, depuis le cap de Bonne- Espérance jusqu'à Malaca, ayant des comptoirs et des forts qui se secouraient les uns les autres. Philippe II, maître du Portugal, aurait pu former dans l'Inde une domination aussi avantageuse pour le moins que celle du Pérou et du Mexique; et, sans le courage et