Voyez le dernier chapitre du Siècle de LouU XIV
l'industrie des Hollandais, et ensuite des Anglais, le pape aurait donné plus d'évêchés réels dans ces vastes contrées qu'il n'en confère en Italie, et en aurait retiré plus d'argent qu'il n'en lève sur les peuples devenus ses sujets.
On n'ignore pas que les Hollandais sont ceux qui ont les plut grands établissements dans cette partie du monde, depuis les lies de la Sonde jusqu'à la cote de Malabar. Les Anglais viennent après eux. Ils sont puissants sur les deux côtes de la presqu'île de l'Inde 4t jusque dans le Bengale. Les Français, arrivés les derniers, ont été les plus mal partagés. C'est leur sort dans l'Inde orientale comme dans l'occidentale.
Leur compagnie, établie par Louis XIV, anéantie en 4 712, renaissante en 1720, dans Pondichéry, paraissait, ainsi qu'on l'a déjà dit4, très-florissante ; die avait beaucoup de vaisseaux, de commis, de directeurs, et même des canons et des soldats ; mais elle n'a jamais pu fournir le moindre dividende à ses actionnaires du produit de son commerce. C'est la seule compagnie commerçante de l'Europe qui soit dans ce cas; et, au fond, ses actionnaires et ses créanciers n'ont jamais été payés que de la concession faite par le roi d'une partie de la larme du tabac, absolument étrangère à son négoce. Par cela même eUe florissait à Pondichéry : car l'argent de ses retours était employé à augmenter ses fonds, à fortûier la ville, à l'embellir, à se ménager dans l'Inde des alliés utiles1.
Dupleix, homme aussi actif qu'intelligent, et aussi méditatif que laborieux, avait dirigé longtemps le comptoir deChandernagor, sur le Gange, dans la fertile et riche province de Bengale, à onze cent? milles de Pondichéry, y avait formé un vaste établissement, béti une fille, équipé quinze vaisseaux. C'était une conquête de génie et d'industrie, bien préférable à toutes les autres. La compagnie trouva bon que chaque particulier Ht alors le cammerce pour son propre avantage. L'adaainistrateur, eu la servant, acquit une immense fortune. Chacun s'enrichit. Il créa encore un autre établissement à
1. Cet ainsi qu'on Va déjà dit existe dans l'édition de 1768, et conséquemment ne peut se rapporter ni au chapitre cxi de l'Histoire du Parlement, qui est de 1169, nié l'orticte r* des Fragmente historiques sur l'Inde, fui sont ée 1773; en parlant delà compagnie des Indes, ci-dessus, page 19, Voltaire ne dit rien de son état florissant au milieu du xvin* siècle. (B.)
2. Les retours de 1742, année de la guerre, furent de vingt-quatre mil- , (G. A.)
Paftna, en remontant le Gange jusqu'à trente lieues de Bénarés, cette antique école des brachmanes
Tant de services lui méritèrent le gouvernement général des établissements français à Pondichéry, en 1742. Ce fut alors que la guerre s'alluma entre l'Angleterre et la France, On a déjà remarqué ' que le contre-coup de ces guerres se fait toujours sentir au* extrémités du monde, en Asie et en Amérique.
Les Anglais ont, à quatre-vingt-dix milles de Pondichéry, la ville de ladras, dans la province d'Arcate. Cet établissement est pour l'Angleterre ce que Pondichéry est pour la France. Ces deux villes sont rivales; mais le commerce est si vaste de ce monde au nôtre, l'industrie européane est si active, si supérieure à celle des Indiens, que ces deux colonies pouvaient s'enrichir sans se nuire.
Dupleix, gouverneur de Pondichéry, et chef de la nation française dans les Indes, avait proposé la neutralité à la compagnie anglaise. Rien n'était plus convenable à des commerçants, qui ne doivent point vendre des étoffes et du poivre à maifr armée. Le commerce est fait pour être le lien des nations, pour consoler la terre, et non paur la dévaster. L'humanité et la raison avaient fait ces offres ; la fierté et l'avarice les refusèrent. Les Anglais se flattaient, non sans vraisemblance, d'être aisément vainqueurs sur les mers de l'Inde comme ailleurs, et d'anéantir la compagnie de France.
Hahé de La Bourdonnaie était, comme les Duquesne, les Bart, les Du Guai-Trouin, capable de Caire beaucoup avec peu, et aussi intelligent dans le commerce qu'habile dans la marine. U était gouverneur des lies de Bourbon et de Maurice, nommé à ces emplois par le roi, et gérant au nom de la compagnie. Ces iles étaient devenues florissantes sous son administration : il sort enfin de l'île de Bourbon avec neuf vaisseaux armés par lui en guerre, chargés d'environ deux mille trois cents blancs et de huit cents noirs, qu'il a disciplinés lui-même, et dont il a fait de bons canonniers. Une escadre anglaise, sous l'amiral Barnet, croisait dans ces mers, défendait Madras, inquiétait Pondichéry, et faisait beaucoup de prises, n attaque cette escadre, il la disperse, et se hâte d'aller mettre le siège devant Madras.
(6 juillet 1746) Bes députés vinrent lui représenter qu'il n'était