PRISE DE PORT-MAHON
avec environ vingt bataillons, escortés d'une douzaine de vaisseaux de premier rang, et quelques frégates que les Anglais ne croyaient pas être sitôt prêtes : tout le fut à point nommé, et rien ne l'était du côté des Anglais. Us tentèrent au moins, mais trop tard, d'attaquer au mois de juin la flotte française commandée par le marquis de La Gallissonnière'. Cette bataille ne leur eût pas conservé l'Ile de Minorque, mais elle pouvait sauver leur gloire. L'entreprise fut infructueuse, le marquis de La Gallissonnière mit leur flotte en désordre, et la repoussa. Le ministère anglais vit quelque temps avec douleur qu'il avait forcé la France à établir une marine redoutable.
U restait aux Anglais l'espérance de défendre la citadelle de Port- Manon, qu'on regardait après Gibraltar comme la place de l'Europe la plus forte par sa situation, par la nature de son terrain, et par trente ans de soins qu'on avait mis à la fortifier : c'était partout un roc uni ; c'étaient des fossés profonds de vingt pieds, et en quelques endroits de trente, taillés dans ce roc ; c'étaient quatre-vingts mines sous des ouvrages devant lesquels il était imposssible d'ouvrir la tranchée ; tout était impénétrable au canon, et la citadelle était entourée partout de ces fortifications extérieures taillées dans le roc vif.
Le maréchal de Richelieu tenta une entreprise plus hardie que n'avait été celle de Berg-op-Zoom : ce fut de donner à la fois un assaut à tous ces ouvrages qui défendaient le corps de la place. U fut secondé dans cette entreprise audacieuse par le comte de ïaillebois, qui, dans cette guerre, déploya toujours de grands lalents, déjà exercés dans l'Italie.
On descendit dans les fossés3 malgré le feu de l'artillerie anglaise ; on planta des échelles hautes de treize pieds : les officiers et les soldats, parvenus au dernier échelon, s'élançaient sur le roc en montant sur les épaules les uns des autres. C'est par cette audace difficile à comprendre qu'ils se rendirent maîtres detous les ouvrages extérieurs. Les troupes s'y portèrent avec d'autant plus de courage qu'elles avaient à faire à près de trois mille Anglais secondés de tout ce que la nature et l'art avaient fait pour les défendre.
1. Ce fat le 20 mai 1756 que Roland-Michel Barrin, marquis de La Gallissonnière, dispersa la flotte anglaise. U mourut & Nemours le 26 octobre suivant.
S. L'assaut eut lieu dans la nuit du 27 au 28 juin 1756.
Le iettdanwn, la place se rendit (2S joie). Les Anglais ne pavaient comprendre comment les soldats français avaient escaladé ces fessés, dans lesquels ils n'était guère possible à un norme de sang-froid de descendre. Cette action donna une grande glaire an général et à la nation, mais ce fut le dernier de ses succès eo*tfe l'Angleterre.
On fut si indigné a Londres de n'avoir pu remporter sur mer contre les Français que l'amiral Byng, qui avait combattu, le marquis de La Gallissonniére, fut, d'après ses instructions qui lui ordonnaient de tout risquer pour faire entrer dans 1e port de Manon un convoi qu'il escortait, condamné par une cour martiale à être arquebuse, en vertu d'une ancienne loi portée du temps de Charles H. En vain le maréchal de Richelieu envoya à Fauteur de celle histoire une déclaration qui justifiait l'amiral Byng, déclaration parvenue bientôt au roi d'Angleterre; en vain les juges mêmes recommandèrent fortement le condamné a la démence du roi, crû a te droit de faire grâce : cet amiral fut exécuté1. Il était fils d'un autre amiral qui avait gagné la bataille de Messine en 1718. H mourut avec une grande fermeté ; et avant d'être trappe, il envoya son mémoire justificatif à l'auteur, et ses remerciements au maréchal de &ckt> lieu*.
GOBRBB EH ÂIXBIA6KE. UN ÉLBCTWJR DE BRâKBIBOUM RESISTE A LA «AI*» D'AUTRICHE, A ^EMPIRE ALLEMAND, A CELUI M ROSS», A LA FRAICE. ÉVÉNEMENTS MÉMORABLES.
On avait admiré Louis XIV d'avoir seul résisté A l'Allemagne, à l'Angleterre, à l'Italie, à la Hollande, réunies contre lui. Nous avons
1. Le 14 mars 1747. Voyez les lettres de Voltaire à Richelieu, du 20 décembre 1780, des 13 et 19 février 1757; « d'Argenté», du 12 septembre 1757; à Schomberg, du 31 octobre 1769.
2. Le jour qu'on investit le fort Saint-Philippe, le chevalier de Laurenci, Italien au service de France, trouva dans une maison de campagne appartenant à un commissaire de la marine anglaise, parmi ses papiers, la table des signaux de l'escadre anglaise. Le maréchal l'envoya & M. de La Gallissonniére, qui la reconnut pour très-exacte dés que l'amiral Byng eut (ait des signaux. Ainsi, 1. de La Gallissonniére acquit un grand avantage sur son ennemi. (Noie de Voltaire.)