Voyez l'Histoire du Parlement, chapitre un
voit dans un parlement que l'ennemi des impôts; il n'examine jamais si ces impôts sont nécessaires ; il ne fait pas même réflexion qu'il vend sa peine et ses denrées plus cher à proportion des taxes, et que le fardeau tombe sur les riches. Ceux-ci se plaignent euxmêmes, et encouragent les murmures de la populace '.
Les Anglais, dans cette guerre, ont été plus chargés que la Français ; mais, en Angleterre, la nation se taxe elle-même, elle sait sur quoi les emprunts seront remboursés. La France est taxée, et ne sait jamais sur quoi seront assignés les fonds destinés au payement des emprunts. Il n'y a point en Angleterre de particuliers qui traitent avec l'État des impôts publics, et qui s'enrichissent aux dépens de la nation; c'est le contraire en France. Les parlements de France ont toujours fait des remontrances aux rois contre ces abus ; mais il y a des temps où ces remontrances, et surtout les difficultés d'enregistrer, sont plus dangereuses que ces impôts mêmes, parce que la guerre exige des secours présents, et que l'abus de ces secours ne peut être corrigé qu'avec le temps.
Le roi vint au parlement faire lire un édit par lequel il supprimait deux chambres de ce corps et plusieurs officiers *. U ordonna qu'on respectât la bulle Unigenitus, défendit que les juges séculiers prescrivissent l'administration des sacrements, en leur permettant seulement de juger des abus et des délits commis dans cette administration, enjoignant aux évoques de prescrire à tous les curés la modération et la discrétion, et voulant que toutes les querelles passées fussent ensevelies dans V oubli (13 décembre 1756). Il ordonna que nul conseiller n'aurait voix délibérative avant l'âge de vingtcinq ans, et que personne ne pourrait opiner dans l'assemblée de»
1. n est très-vrai que toute taxe annuelle n'est payée en réalité que par les propriétaires de terres ; la petite partie qui peut l'être par les profits du commerce «franger ne mérite point d'être comptée ; mais il n'en est pas de même des taxes extraordinaires levées en temps de guerre. Celles qui portent sur les consommations du peuple ne font pas augmenter ses salaires, parce que les propriétaires alors font moins travailler. Le peuple souffre donc directement de ces taxes. Il souffre par la même raison de celles qui paraissent ne porter direc ement que sur les propriétaires. Celles-là ne seraient indifférentes an peuple que dans le cas où le produit de ces taxes serait employé en entier à lui procurer des salaires ; encore faudrait-il qu'elles ne fussent payées que par les propriétaires riches: le peuple, la populace même, souffrent donc réellement des impôts extraordinaires. (K.)
2. beux chambras des enquêtes, et plus de soixante conseillers. On mutilait le parlement dans sa partie active. (6. A.)
ATTENTAT COiNTRE LE ROI. 25T
chambres qu'après avoir servi dix années. Il fit enfin les plus expresses « inhibitions d'interrompre, sous quelque prétexte que ce pût être, le service ordinaire » .
Le chancelier alla aux avis pour la forme; le parlement garda un profond silence : le roi dit qu'il voulait être obéi, et « qu'il punirait quiconque oserait s'écarter de son devoir ».
Le lendemain quinze conseillers de la grand'chambre remirent leur démission sur le bureau. Cent quatre-vingts membres du parlement * se démirent bientôt de leurs charges. Les murmures furent grands dans toute la ville.
Parmi tant d'agitations qui troublaient tous les esprits au milieu d'une guerre funeste, dans le prodigieux dérangement des finances, qui rendait cette guerre plus dangereuse et qui irritait l'animosité des mécontents ; enfin parmi les épines des divisions semées de tous côtés entre les magistrats et le clergé, dans le bruit de toutes ces clameurs, il était très-difficile de faire le bien, et il ne s'agissait presque plus que d'empêcher qu'on ne fit beaucoup de mal.