ATTENTAT CONTRE LA PERSONNE DU ROI
(1757) Ces émotions cru peuple furent bientôt ensevelies dans une consternation générale par l'accident le plus imprévu et le
1. Lorsqu'on 1763 ce morceau faisait partie du chapitre lu du Sièele de Louis XJK, Voltaire avait d'abord mis : « Cent quatre-vingts membres se* démirent de leurs charges ; les murmures furent grands dans la ville, et le roi fut assassiné, etc. » { Voyez le chapitre suivant.) Mais la fatale feuille qui contenait cette phrase ne fut point tirée ainsi : « Je sentis, écrit malignement Voltaire à d'Argental, que ces mots pourraient l'aire soupçonner à des grammairiens que cet assassinat fut le fruit immédiat du lit de justice, comme en effet Damiens l'avoua dans ses interrogatoires à Versailles et à Paris. Je sais bien qu'il est permis de dire une vérité que le parlement a fait imprimer lui-même ; mais j'ai bien senti aussi que le parlement serait fâché qu'on vît dans l'histoire ce qu'on voit dans le procés-verbal. » Et il annonce que, < malgré son juste ressentiment contre l'infâme condamnation de ta Loi naturelle, » il a mis à la place : « Ces émotions furent bientôt ensevelies, etc. » G est la phrase qui commence le chapitre xtvru. (G. A.)
2. Tout ce chapitre est fait contre les parlementaires. Voltaire présente Damiens comme ayant été fanatisé par le jansénisme de Menteurs. « Dans toute l'histoire de Damiens, écrivait-il pour se justifier, je me borne i citer les interrogatoires. »
258 CHAPITRE XXXVIL
plus effroyable. Le roi fat assassiné, le 5 janvier, dans la cour de Versailles, en présence de son fils, au milieu de ses gardes et des grands officiers de sa couronne. Voici comment cet étrange événement arriva.
Un misérable de la lie du peuple, nommé Robert-François Damiens, né * dans un village auprès d'Arras, avait été longtemps domestique à Paris dans plusieurs maisons : c'était un homme dont l'humeur sombre et ardente avait toujours ressemblé à la démence.
Les murmures généraux qu'il avait entendus dans les places publiques , dans la grand'salle du palais , et ailleurs , allumèrent son imagination. 11 alla à Versailles, comme un homme égaré; et, dans les agitations que lui donnait son dessein inconcevable, il demanda à se faire saigner dans son auberge. Le physique a une si grande influence sur les idées des hommes s qu'il protesta depuis, dans ses interrogatoires, que € s'il avait été saigné comme il le demandait, il n'aurait pas commis son crime ». '
Son dessein était le plus inoui qui fût jamais tombé dans la tétr d'un monstre de cette espèce ; il ne prétendait pas tuer le roi, comme en effet il le soutint depuis, et comme malheureusement il l'aurait pu; mais il voulait le blesser : c'est ce qu'il déclara dans son procès criminel devant le parlement.
€ Je n'ai point eu intention de tuer le roi; je l'aurais tué si j'avais voulu, je ne l'ai fait que pour que Dieu pût loucher le roi, et le porter à remettre toutes choses en place, et la tranquillité dans ses États ; et il n'y a que l'archevêque de Paris seul qui est cause de tous ces troubles. » (Interrogatoire du 18 janvier, art. 144, page 132, du procès de Damiens, in-4\)
Cette idée avait tellement échauffé sa tête que, dans un antre interrogatoire, il dit :
« J'ai nommé des conseillers au parlement, parce que j'en ai servi un, et parce que presque tous sont furieux de la conduite de M. l'archevêque. » (Interrogatoire du 6 mars, page 289.) En un mot, le fanatisme avait troublé l'esprit de ce malheureux au point que, dans les interrogatoires qu'il subit à Versailles, on trouve oes propres paroles :