DU RENVOI DES JÉSUITES
confesseur des rois, quand il sera ce que sont presque tous les hommes à la cour, ambitieux et intrigant, et qu'il dirigera un prince peu instruit, affaibli par la vieillesse1.
L'ordre des jésuites fut ensuite chassé de tous les États du ror a"Es;ag<:e en Europe, en Asie, en Amérique, chassé des Deux* Sicile*, chassé de Parme et de Malte: preuve évidente qu'ils n'étaient pas aussi grands politiques qu'on le croyait. Jamais les moines n'ont été puissants que par l'aveuglement des autres hommes, et le» yeux ont commencé à s'ouvrir dans ce siècle. Ce qu'il y eut d'assez étrange dans leur désastre presque universel, c'est qu'ils furent proscrits dans le Portugal pour avoir dégénéré de leur institut, et en France pour s'y être trop conformés. C'est qu'en Portugal on n'osait pas encore examiner un institut consacré par les papes, et on Posait en France. Il en résulte qu'un ordre religieux parvenu à se faire haïr de tant de nations est coupable de celte haine.
Cet ordre fut exterminé dans presque tous les pays qui avaient été les théâtres de sa puissance, en Espagne, aux Philippines, au Pérou, au Mexique, au Paraguayen Portugal, au Brésil, en France, dans les Deux-Siciles, dans le duché de Parme, à Malte ; mais il fut conservé (du moins pour quelque temps) en Hongrie, en Pologne, dans le tiers de l'Allemagne, en Flandre, et même à Venise, où il n'avait aucun crédit et dont il avait été autrefois chassé.
Il paratt raisonnable et juste que des souverains mécontents d'un ordre religieux s'en défassent, et que les puissances qui en sont satisfaites le conservent dans leurs États.
(1773) Enfin cette société a été abolie, après bien des négociations, par le pontife de Rome Ganganelli, successeur du pape Rezzonico. Tous les princes catholiques de l'Europe ont chassé les jésuites, et le roi de Prusse, prince protestant, les a conservés, au grand étonnementdes nations. C'est que ce monarque ne voyait en eux que des hommes capables d'élever chez lui la jeunesse, et d'enseigner les belles-lettres, peu cultivées dans ses États, excepté par lui-même. Il les croyait utiles, et ne les craignait pas ; il regardait
1. Celait ici qu'en 1765 finissait ce chapitre, alors le lx*. II était suivi de deux chapitre! dont il est darlé dans l'Avertissement de Beuchot Les trois alinéas qui suivent ont paru dans l'édition in-4* de 1769. Le dernier alinéa d« chapitre est de 1775.
du même œil les calvinistes, les luthériens, les papistes; ceux <qu'on appelle les ministres de l'Évangile, et ceux qu'on appelait les pères de la Société de Jésus, les dédaignant tous également, établissant la tolérance universelle comme le premier des dogmes, plus occupé de son armée que de ses collèges ; sachant très-bien qu'avec des soldats il contiendrait tous les théologiens, et se souciant fort peu que ce fût un jésuite ou un prédicant qui fH connaître Cicéron «et Virgile à la jeunesse.