T KH
( 33 ) plies, avec les valeurs que je leur ai attribuées moi-^ même (voyei ma planche II en regard de cette page), il est difficile de comprendre , en jetant les yeux sur ces valeurs de signes comparées, comment M. le docteur Young, qui ne se rencontre évidemment avec moi que sur quatre ou cinq signes seuls (i), a pu s'en attribuer quinie dans mon alphabet qu'il vient de réimprimer, en l'abrégeant, dans son nouvel ouvrage (2). On voit au contraire que, sur les dix signes des noms propres Ptolémée et Bérénice qu'il a essayé de lire , l'hiéroglyphe qu'il prononce BIR n'est pour moi que B ; que son E est un R, son KE ou KEN une S, son MA un M pur, son OLE un L, son OS ou OSCH un S ; que les deux signes qu'il regarde comme inutiles et dont il n'a point fixé la valeur, sont l'un un K, et l'autre un Q; que , sur les trois signes qu'il a pris hors de ces noms propres, son OU est pour moi le Jb I<'héi copte, et son ENE un T. Ainsi, dans quinze signes, nous nous rencontrons sur la valeur de cinq seulement qui répondent aux lettres I, N, T, P et F.
Qtiant aux quatre autres nouveaux caractères numérotés 1 , 2, 3 , 4> ^u bas de ma planche II, et dont le savant Anglais prétendrait avoir reconnu la valeur avant moi , je ne crois point qu'il puisse ies réclamer légitimement , puisqu'il ne s'attribue le premier , qui est le N de mon alphabet , que pour avoir dit que
(i) Marqués d'un * sur la planche II.
(2) An Account ilfc, Alphabet ofChampollion , pag. i2r.
ce signe, qu'il croyait Uéogmph'hjue, était, dans les textes hiéroglyphiques, le signe équivalant aux prépositions coptes «t:e, et K, de; et le n.° 2 , parce qu'il avait remarqué, comme moi, que ce signe s'échangeait dans les textes avec cehii qu'il prononçait ailleurs OSCH ou OS : mais M. Young n'a dit nulle part que ce signe n.*» 2 fût un caractère phonétique.
Il réclamerait le n.° 3 , parce qu'il a d'abord cru que l'oiseau qui le figure répondait, à lui tout seul, à un (yroupe composé de la feuille et de la chouette , ou du fûrré et d'un oiseau, groupes qu'il regarde comme exprimant en hiéroglyphes l'idée respectable » vénérable (i) : en conséquence, ayant mis le mot copte w-TTcyz>. digne, comme équivalent parlé de ces groupes idéographiques selon lui, il mit aussi dans la planche la lettre jui initiale du mot ju^ttojx. , comme l'équivalent de la chouette seule, abrégé du prétendu groupe idéographique. Mais le savant Anglais ne dit nulle part que fa chouette soit un caractère phonétique , répondant à la lettre copte JW- (m). Aussi n'a-t-il donné le même oiseau (n.° 172, pi. 72, Encyclop. britannique) que comme le signe idéographique des prépositions coptes Jr^EW (khen ) et Èî^O'^n (ekhoun j dans.
(i) Encyclop. brîtan. , Suppl. , vol. IV, pag. 66 et 67. A mon avis, ces g-oupes n'ont jamais signifié vénérable ni respectable , en écriture hiéroglyphique. Le carré suivi de l'oiseau n'est qu'une abréviation d'un groupe tout phonétiqv.e, et qui se lit T{'X\ , TTÊS, T\'<\\ gardien, soutien , groupe dont on peut voir toutes les variations et les abréviations dans mon Tableau général , du n." 4'3 a^ "•" 4'^ ' «^ ^^ ^" ^^ cet ouv "âge : la chouette n'entre jamais dans ce groupe.
Enfin M. le docteur Young voudrait réclamer le n.° 4> parce qu'il aurait remarqué que, dans l'inscription de Rosette, par exemple , ce signe se montrait à ia place de la chouette, et cela dans des passages qu'il considérait toutefois comme idéographiques.
Il résulte donc de ces discussions, que M. le docteur Young n'a reconnu nulle part, à aucun de ces quatre signes, unevaleur proprement phonétique , et qu'il ne nous les a montrés dans aucun nom propre dont il ait même essayé la lecture; tandis que, de mon côté, j'ai déduit la valeur de chacun d'eux, de plusieurs noms propres grecs ou romains comparés , noms dont j'ai donné la lecture complète. Le savant Anglais ne peut donc point les revendiquer; aussi ne les avait-il point insérés dans son petit recueil de treize signes hiéroglyphiques exprimant des sons , qu'il fit graver dans Y Encyclopédie britannique , pi. yj * ^" "•" ^^^ ^ 218.
Les prétentions de M. le docteur Young doivent donc se réduire à ce qui lui appartient réellement, à avoir indiqué la véritable valeur phonétique de cinq carac^ ières , valeur que mon travail seul a réellement démontrée.
On peut maintenant juger, avec pleine connaissance de cause , cette assertion au moins singulière du savant Anglais, qui affirme, page ^^ àç^ son dernier ouvrage, qu'il a découvert neuf lettres égyptiennes, auxquelles je n'ai fait qu'en ajouter trois autres, ou quatre à la ri-
gueur.
Et cette conclusion est fondée sur un bien étrange abus de mots : il ne s'agissait point en effet de découvrir si
{ 3M les Egyptiens eurent, dans leur langue et dans leurs écritures, les sons A, B, F, A, &c. ; mais ii s'agissait uniquement de savoir par quels signes ce peuple représenta ces mêmes sons. La découverte à faire consistait seulement à reconnaître, dans les textes hiéroglyphiques, les signes qui étaient affectés à l'expression de ces sons; et cette découverte devait être d'autant plus importante , qu'on aurait fixé la valeur d'un plus grand nombre de signes. Or, sous ce rapport, le travail du savant Anglais, comparé avec le mien, perd encore plus qu'il ne le laisse apercevoir, puisque mon alphabet hiéroglyphique publié dans la Lettre à M. Dacier, offre la détermination de la valeur positive , et appuyée sur des faits , de soixante caractères hiéroglyphiques au moins , et que les signes dont la valeur a été indiquée par le savant Anglais se réduisent à cinq.
En résumant cette longue discussion, en ce qui concerne la nature générale du système phonétique égyptien , il reste prouvé , ce me semble ,
i.° Que M. le docteur Young, en essayant d'analyser deux noms propres seulement, a cru et voulu établir que les anciens Egyptiens transcrivaient les noms propres étrangers, en employant simultanément, et dans la transcription du même nom , des caractères qui, quoique idéographiques de leur nature, exprimaient, dans ces occasions seules, les uns des syllabes ^ les BMtrQ?>dts dissyllabes, et quelques-uns même de simples lettres ;
(37) 2." Qljc, Je mon coté, j'ai le droit de croire avoir
Jemontre que le système phonétique des Egyptiens était
infiniment plus simple, et que ce peuple transcrivait
les noms propres et les mots étrangers, au moyen ii'un
véritable alpliabeî dont chaque signe équivalait À une sim-,
pie voyelle ou a une simple consonne.
Il serait facile maintenant , si l'on devait y revenir ; d'apprécier la justice et la bonne foi de l'anonyme du Quarterly Review, qui s'est hâté d'élever une question de priorité entœ M. le docteur Young et moi , avant d'avoir examiné d'abord s'il peut se trouver quelque parité entre un système imparfait, complexe, fondé sur un essai de lecture de deux noms propres seulement, et un système simple , homogène dans toutes ses parties ," fondé sur une foule d'applications qui s'enchaînent et se prouvent mutuellement; entre un système enfin qui ne s'applique i rien, et un système qui s'applique a tout.
On sera peut-être surpris de l'étendue de cette dernière expression; aussi dois-je me hâter de l'appuyer sur un développement de faits assez nombreux pour la légitimer. J'espère d'abord , que tous les anonymes trouveront dans les chapitres qui suivent celui-ci, une réponse péremptoire à cette assertion anglaise répétée dans le journal précité avec le plus de complaisance , savoir, que par mon alphabet « nous ne sommes pas avancés, même d'un iota, dans la connaissance du sens d'un seul de ces caractères sacrés , hors des noms propres étrangers ; » et de plus , que les mêmes faits prouveront
{ 38 ) jusqu'à quel point cet anonyme est Jans l'erreur , lorsqu'il déclare , et M. le docteur Young avec lui , ne pouvoir pejiser avec moi que les anciens Egyptiens aient fait usage d'un alphabet pour représenter les sons et les articulations de certains mots , avant la domination des Grecs et des Romains. Les résultats généraux de cet ouvrage vont répondre à ces propositions irréfléchies, et que l'étendue et la certitude de mon alphabet phonétique auraient pu prévenir. Du reste, je ne saurais me plaindre de ce qu'on m'a réservé le soin de donner au public tous mes travaux dans leur intégrité., et avec toutes leurs applications aux monumens et à l'histoire du peuple de l'antiquité le plus célèbre, jusqu'ici le moins bien connu , et peut-être le plus digne de l'être ; je puis espérer que la suite de cet ouvrage y contribuera sous des rapports du plus haut intérêt.